Ils l’avaient déjà « enterré » politiquement et dansaient déjà autour de sa « tombe ». Je parle du président de la République, Emmanuel Macron. Son ancien Premier ministre Edouard Philippe a crié avec les loups, c’est lui qui avait dit publiquement que le chef de l’Etat doit disparaître après les ratés consécutifs au fracas de la dissolution du Parlement. Philippe a fini par la mettre en sourdine face au déluge de critiques sur son ingratitude. L’ancien Premier ministre Gabriel Attal lui aussi ne pardonnera jamais à Macron d’avoir stoppé sa course vers 2027. Donc le président partira mais pas avant d’avoir balisé le terrain. Certains diraient miner le terrain.
Baliser comment et avec qui ou quoi ? Avec le successeur du gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. Ce dernier a fait savoir hier lundi 9 février qu’il partira plus tôt que prévu, au début du mois de juin prochain, alors que son mandat s’achève fin 2027. Pourquoi il s’éclipse avant l’heure ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Mystère. Ce qu’on sait c’est que ce départ surprise redonne la main au président Macron. C’est lui qui aura le privilège de fixer le cap de la Banque de France, donc de l’Hexagone tout entier, avant de quitter l’Élysée.
«Mes près de onze années à la tête de la Banque de France et au service de l’euro sont et resteront l’honneur de mon parcours public», a déclaré François Villeroy de Galhau dans un communiqué publié par la principale institution financière du pays. «Je mesure que cette décision peut constituer une surprise pour vous», explique-t-il dans un courrier adressé aux employés de l’organisme. «Le délai d’ici début juin est suffisant pour organiser paisiblement ma succession», argue le gouverneur démissionnaire, en place depuis novembre 2015.
Le mandat du responsable avait été renouvelé en 2021 pour 6 ans. Donc en principe son successeur devait être nommé fin 2027 par le ou la vainqueur de la prochaine présidentielle. Mais voilà, il a décidé de tirer sa révérence avant cette échéance. On parle tour de même du «banquier de l’État et des institutions», qui «assure pour le compte de l’État les versements à l’économie, les paiements des achats publics, le versement des salaires des fonctionnaires, ainsi que les prélèvements ou les crédits d’impôts».
Il n’y a pas que la politique monétaire, la Banque de France est également un acteur économique de premier plan, opérant partout dans le pays dans des dossiers clés tels que le combat contre le surendettement, la fixation du taux du Livret A ou l’émission des billets. Donc la désignation de son patron dépasse largement le cadre financier. A qui profite le départ de de Galhau, à quelques encablures des élections ? Certainement pas à l’extrême droite…
Les chefs de file du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen et Jordan Bardella, sont les grandissimes favoris dans les sondages pour 2027. Le départ du gouverneur n’est pas une bonne nouvelle pour eux. Cette démission «laisse le choix de son successeur à Emmanuel Macron plutôt qu’à un éventuel futur président issu de l’extrême droite», glisse le site spécialisé Bloomberg.
D’après les éléments recueillis par BFMBusiness, les mêmes bruits courent à Banque de France. Très certainement dans les rangs du RN on en est venu à la même conclusion, très amère pour Mme Le Pen et Bardella. Ça l’est d’autant plus que la rumeur enfle sur le nom que choisira Macron. D’après La Tribune Dimanche c’est Emmanuel Moulin, actuel secrétaire général de l’Élysée, qui est en pole position. Quand on vous parlait de terrain miné.
«Fou de rage à l’idée de ne pas pouvoir se représenter, Macron tente de garder la main par tous les moyens. Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, quitte son poste un an avant terme afin de laisser au président le soin de nommer son successeur. L’État profond à l’œuvre pour verrouiller les institutions», a fustigé sur X le député Frédéric Falcon.
Le Code monétaire stipule que «le gouverneur et les deux sous-gouverneurs sont nommés par décret en Conseil des ministres pour une durée de six ans renouvelable une fois». La personne choisie par le chef de l’État est ensuite auditionnée par les Commissions des Finances de l’Assemblée nationale et du Sénat. Mais l’avis des élus est facultatif. Le remplaçant de de Galhau débarquera d’ici cet été, et pratiquement rien ne pourra le bouger jusqu’en 2032, jusqu’à l’expiration du mandat du successeur de Macron.
Certains prêtent justement à ce dernier des desseins pour la présidentielle de 2032. Bon, à première vue le scénario paraît ubuesque et hautement improbable mais sait-on jamais en politique. Surtout quand on vient de prendre 3 à 4 points de plus dans les sondages juste en croisant le fer avec Donald Trump au Forum de Davos. L’appétit vient vite devant les dorures des palais de la République, surtout quand on voit le tableau en face, dans les rangs de l’extrême droite.
Mme Le Pen traverse un long tunnel judiciaire et pourrait ne pas en sortir. Bardella s’y voit déjà, que ce soit à Matignon ou à l’Elysée si sa patronne chute à la Cour d’appel. Mais le jeune homme – 30 ans à peine – a 3 problèmes : Son CV très maigrichon, trop (il n’a pratiquement rien fait de notable dans sa vie), ses déboires judiciaires (lui aussi pourrait trébucher pour cause de détournement de fonds européens) et l’état de l’économie nationale…
Il faut du muscle et de la matière grise pour relever le pays, il est de notoriété publique que Bardella est très peu outillé pour ça, et le mot est faible. D’ailleurs le dernier sondage a douché les ardeurs du jeune président du RN, la plupart des citoyens sont d’avis que Mme Le Pen est plus qualifiée pour le job.
En janvier dernier le gouverneur démissionnaire de la Banque de France a fait un diagnostic sans fard des forces mais surtout des faiblesses de l’Hexagone, alors que le voisinage – l’Espagne principalement – signe des prouesses. Les favoris de la prochaine présidentielle – l’extrême droite -, s’ils parviennent à sauter les obstacles judiciaires, devront se coltiner ce chantier titanesque. En ont-ils les moyens ? Rien n’est moins sûr.
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