C’est un coup de force qui lui avait donné les rênes du pays en 2009, après un soulèvement populaire qu’il avait attisé, c’est un coup d’Etat qui le déloge du pouvoir. Officiellement Andry Rajoelina n’est plus à la tête du Madagascar, il a été destitué par le Parlement ce mardi 14 octobre et l’armée s’installe.
L’unité militaire qui a pris fait et cause – de manière opportuniste – pour le mouvement de contestation s’est exprimée devant le palais présidentiel du centre d’Antananarivo, juste après le couperet de l’Assemblée nationale destituant le chef de l’État. «On va prendre le pouvoir à partir d’aujourd’hui et on dissout le Sénat et la Haute cour constitutionnelle. L’Assemblée nationale, on la laisse continuer à travailler», a déclaré le colonel Michael Randrianirina.
C’est dit, on verra si l’armée continuera de laisser les coudées franches aux élus de la nation. En tout cas pour Rajoelina c’est bien fini. Il a tenté un baroud d’honneur ce mardi en décrétant la fin du Parlement et en fustigeant une «réunion (…) dépourvue de toute base légale», le fait est que le président a perdu la main depuis des semaines. Sa disparition hier – on le disait à Dubaï, exfiltré par son ami le président français – a conforté les putschistes dans leur élan.
Andry Rajoelina avait été installé par les militaires pour présider la Transition en 2009. En 2014, après des crises politiques à répétition et un Dialogue national, il s’effaça pour revenir en force en 2018. Il est élu puis réélu en 2023 pour un mandat de 5 ans, un scrutin boycotté par l’opposition. Il ne se remettra pas du mécontentement populaire suite aux coupures intempestives de courant et d’eau.
«On va mettre en place un comité composé d’officiers venant de l’armée, de la gendarmerie, de la police nationale. Peut-être qu’il y aura des hauts conseillers civils là-dedans. C’est ce comité qui va assurer le travail de la présidence. En même temps, après quelques jours, on va mettre en place un gouvernement civil», a promis sur AFPTV le colonel Randrianirina.
La Constitution est également gelée, a annoncé ce haut gradé à la tête de la Capsat, la même unité qui avait scellé le sort des événements de 2009. Elle a senti que le vent a tourné et s’est ralliée samedi dernier aux manifestations qui agitent le pays depuis le 25 septembre dernier. Ses officiers ont invité les forces de sécurité à «refuser de tirer» sur les protestataires.
Les autres forces armées ont suivi, y compris la gendarmerie, pourtant en première ligne dans la répression sanglante, au moins 22 personnes tuées et plus d’une centaine de blessées, selon le bilan des Nations unies.
130 des 163 députés, soit plus de la majorité des deux tiers requise, ont acté ce mardi la destitution de Rajoelina, 51 ans. En principe la Haute cour constitutionnelle aurait dû se prononcer mais elle a été dissoute dans la foulée. L’armée commence déjà à faire le ménage autour d’elle. On sait comment ça commence… et comment ça se termine. Regardez du côté du Mali, du Burkina Faso, du Niger et de la Guinée Conakry…
Toutes ces juntes s’étaient drapées des idéaux de libération de leurs populations du joug « des suppôts de l’Occident », soit dit en passant des présidents démocratiquement élus, plus ou moins bien pour certains mais tout de même. Oublié tout ça, comme toutes les promesses des dites Révolutions ; les armées au pouvoir se servent et mettent sous le tapis les promesses d’élection et de cession du pouvoir aux civils.
Alors qu’on le disait aux Emirats arabes unis le président malgache déchu clame ce mardi qu’il a entamé «plusieurs visites officielles prévues chez les pays amis, membres de la SADC», l’organisation de coopération d’Afrique australe. De toute manière ses carottes sont cuites, le collectif Gen Z – surtout l’armée – l’a vaincu, rejoint par les fonctionnaires, les syndicats, etc.
«Tout est corrompu à Madagascar. On en a assez. On veut un réel changement de système (…) Enfin avoir un avenir durable et heureux», confie un manifestant. On le croit, effectivement au moins 80% des 32 millions d’habitants de Madagascar survivent avec moins de 15 000 ariary par jour (2,80 euros), le seuil de pauvreté fixé par la Banque mondiale. Mais il n’est pas du tout certain que les militaires aient les solutions. Là aussi regardez vers Bamako et son autoproclamé Général-Président.
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