Le président Joe Biden était allé jusqu’à Djeddah en 2022 pour le voir, son successeur Donald Trump a pris la route de Riyad lors de sa tournée dans le Golfe en mai 2025. C’est dire le poids du Prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salmane (MBS). Son poids diplomatique au Proche et au Moyen-Orient, où il décide de tout ou presque, mais également son poids en milliards de dollars. Le tout premier coup de fil du républicain dès son retour à la Maison Blanche a été réservé à MBS. Il était question d’un méga investissement de 600 milliards de dollars, une première enveloppe. L’homme fort de l’Arabie saoudite est attendu à Washington ce lundi 18 novembre.
C’est son premier voyage aux USA depuis 2018, année où l’atroce assassinat du journaliste dissident Jamal Khashoggi lui avait fermé les portes de l’Occident. Mais beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis, l’homme fort du Golfe a été lavé à grande eau par Biden dès 2022. La femme de Khashoggi avait éructé, dénoncé, on ne l’entend pas beaucoup depuis…
Après l’annonce de la visite de MBS elle a confié à CNN qu’elle compte sur Trump pour sceller un règlement financier avec Riyad et rendre justice à son époux. Un voeu pieux au regard des développements depuis 2018. MBS on l’entend et on le voit surtout dans toutes les grandes rencontres qui comptent pour les intérêts supérieurs de son royaume, mais jamais pour évoquer l’affaire de Khashoggi.
Ce lundi à la Maison Blanche on parlera Pacte de défense et programme nucléaire civil appuyé par Washington. Théoriquement Riyad n’a plus besoin de pactiser sur le nucléaire militaire, puisqu’il s’est mis sous le parapluie atomique pakistanais. Mais sait-on jamais…
Par contre ce qu’on sait c’est que peu avant l’attaque du 7 octobre 2023 MBS envisageait sérieusement de normaliser avec Israël en échange d’un transfert de technologie pour se doter de l’arme nucléaire. L’ogre iranien à ses frontières terrifiait tellement les Wahhabites qu’ils étaient disposés à tous les compromis et compromissions, même avec Benjamin Netanyahu. Le soufflet est retombé grâce au Pakistan mais également parce que les Saoudiens ont fait la Paix, formellement du moins, avec l’Iran.
Tout cela permet à Riyad de dégonfler la pression américaine pour obtenir des concessions majeures. Trump voulait tordre le bras à MBS pour enjamber la question palestinienne et parapher les Accords d’Abraham, après le Maroc, les Émirats arabes unis et Bahreïn. Mais après le cataclysme du 7-Octobre et les dizaines de milliers de morts gazaouis Riyad est contraint de scruter ce que Washington fera de l’enclave et surtout ce qu’il fera après : la création d’un Etat palestinien ou d’autres agendas.
L’Arabie saoudite avait rappelé en 2021 les résolutions fermes de 2002 ; peut-être que MBS était prêt à revoir à la baisse ces exigences et même à se renier, mais maintenant il ne peut plus le faire. Trop de morts, trop de destructions à Gaza. C’est le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu qui s’est tiré une balle dans le pied avec ses crimes de guerre massifs et indiscriminés. Maintenant tout le monde – en Israël et ailleurs – attend qu’il soit emporté par ses casseroles judiciaires.
Après la disparition de Netanyahu et l’avènement d’un Etat palestinien, même embryonnaire, Riyad et les autres chancelleries arabes aviseront pour les Accords d’Abraham. Même le « tout-puissant » Trump, qui se démène par ailleurs pour sauver la tête de « Bibi », ne pourra pas leur forcer la main sans des résultats tangibles en Palestine.
Par contre sur le dossier syrien l’entente sera totale entre Trump et son hôte saoudien. En effet le président américain s’est auto-proclamé parrain du processus enclenché à Damas depuis la fuite de Bachar al-Assad. Depuis décembre 2024 Washington multiplie les signaux positifs en direction du président Ahmed al-Charaa, qui a renvoyé l’ascenseur en tournant le dos à son passé de chef djihadiste.
Tout cela convient parfaitement à Riyad, qui a des liens très solides avec le président syrien, né en Arabie saoudite et de confession sunnite. Rappelons que les Saoudiens étaient au premier rang des soutiens militaires et financiers des djihadistes qui guerroyaient depuis 2011 contre le clan al-Assad, les Alaouites (une variante du chiisme). Donc la victoire de Hayat Tahrir al-Cham (HTC) en décembre 2024 est aussi celle de MBS…
Certes ce dernier, par pragmatisme, avait fini par ramener al-Assad dans la « Grande famille » arabe, puisqu’il avait survécu à tout, mais de toute évidence Riyad préfère nettement un des siens, al-Charaa.
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