Economie

Moncef Chebbi : Le problème du chômage est avant tout un problème de coordination, de communication et d’orientation

1487417_1020909034603834_61574099308021288_n

L’inadéquation entre d’un côté les besoins du marché de l’emploi tunisien et de l’autre les profils des diplômés chercheurs d’emplois est l’une des problématiques  centrales qui ne cesse de faire augmenter le taux de chômage en Tunisie.

Moncef Chebbi, intellectuel tunisien, fondateur d’Arabesques Editions, nous a confié son avis précieux concernant la question.

Un problème ancien qui se renouvelle

« En Tunisie, ce n’est pas un problème récent, depuis l’indépendance, nous l’avons vécu à des degrés d’intensité différents, je cite en exemple une querelle qui a eu lieu vers la fin des années soixante et le début des années soixante-dix, entre le ministre de l’emploi qui était à l’époque Mr. Ahmed Ben Salah et le ministre de l’enseignement supérieur qui était Mr.Mahmoud Messadi, l’un disait qu’il produisait des cadres que l’autre n’est pas capable d’employer et l’autre disait qu’il créait des emplois mais que l’autre n’est pas en mesure d’envoyer les compétences adéquates susceptibles de les occuper, cela prouve que le problème est à la fois ancien et nouveau».

Nos universités sont narcissiques et notre enseignement est toujours trop théorique

« Malgré les soi-disant formations complémentaires et stages professionnels, notre enseignement verse trop dans le théorique, nous sommes bien loin du modèle allemand qui donne la même importance aux aspects techniques et pratiques de la formation qu’à son aspect théorique et académique ». Chebbi a assuré que cette politique permettait aux allemands d’intégrer de manière fluide le marché de l’emploi qui trouvait parfaitement les compétences nécessaires issus des universités allemandes. En Tunisie, par contre, le fondateur d’Arabesques a fait allusion à un certain narcissisme des universités tunisiennes traduit par une attitude dénigrante vis-à-vis  la technicité manuelle. Selon lui, elles sont incapables de cerner les véritables enjeux de la formation pratique et son rôle primordial dans l’économie d’aujourd’hui.

Incapacité flagrante à coordonner, communiquer avec et orienter le demandeur d’emploi

« Un autre problème de taille qui fait augmenter le chômage, c’est le manque de communication. En effet, les partis responsables des politiques d’emploi sont dans l’incapacité de gérer le flux des diplômés et de faire le travail de sélection et d’orientation afin que ces derniers se dirigent exactement là où on besoin d’eux. Par exemple, observez un peu ce qui se passe dans les bureaux d’emploi : les jeunes diplômés viennent continuellement se renseigner, lire les listes, attendre, relire les listes, ils ne trouvent aucune personne qualifié au sein du bureau, ayant fait une étude analytique des offres pour les conseiller et les orienter vers le poste adapté ».

Une politique « spécialiste du gaspillage des énergies et des possibilités »

L’intellectuel tunisien a qualifié la politique tunisienne non seulement en matière d’enseignement mais bien dans d’autres domaines de « spécialiste du gaspillage des énergies et des possibilités ». Il affirme : «  nous avons beaucoup de potentiel éparpillé et de ressources gaspillées, je ne dis pas dérobées, je dis bien gaspillées… car elles ne sont pas canalisées dans les voies susceptibles de nourrir le cycle économique… ». Il ajoute : « Vous m’avez dit qu’il y a 147.000 postes vacants qui ne trouvent pas les compétences adéquates, moi je dis que les compétences existent, le problème c’est l’absence d’outil capable d’élire et de conduire ces compétences à leurs places… ».

L’économie parallèle : véritable évier de la jeunesse

Vers la fin de notre interview, Moncef Chebbi n’a pas manqué d’évoquer un autre problème de taille qui amplifie la crise, celui relatif à l’économie parallèle. « Bien qu’il n’y a pas de statistiques claires à ce sujet, le marché parallèle est une réalité visible et plus qu’évidente. Des centaines voire des milliers de jeunes s’orientent vers ce marché poussés par le besoin. De ce fait, ils privent le cycle économique normal de leurs capacités… ».  

L’intellectuel tunisien a noté que d’après les discours, l’Etat tunisien est parfaitement conscient de ces problématiques, néanmoins, sur le plan pratique, des efforts sérieux restent à faire.

Que se passe-t-il en Tunisie?
Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!

Commentaires

Haut
Facebook Auto Publish Powered By : XYZScripts.com