Environnement

Montée inquiétante des eaux marines en Tunisie : un géologue explique le phénomène et identifie les zones menacées [Vidéo]

    De fortes rafales de vent ayant dépassé les 100 km/h dans certaines régions ont marqué la fin du week-end dernier en Tunisie, provoquant une montée inhabituelle des eaux marines qui ont débordé sur la terre ferme. Des zones comme le vieux port de Bizerte et La Goulette, dans la capitale, ont été particulièrement touchées, une situation largement relayée en vidéo par des habitants et qui a suscité de nombreuses interrogations quant aux territoires susceptibles d’être submergés à l’avenir.

    Pour éclairer l’opinion publique sur les causes de ce phénomène et son niveau de dangerosité, Tunisie Numérique a recueilli le témoignage du professeur universitaire en géologie et sciences de la Terre, docteur d’État en sciences de la Terre et de l’environnement, Chokri Yaïch.

    Un phénomène lié avant tout aux perturbations météorologiques

    Contrairement à certaines idées reçues, l’élévation récente du niveau de la mer n’est pas directement imputable au réchauffement climatique, affirme le spécialiste. Elle s’explique principalement par les fortes perturbations atmosphériques enregistrées ces derniers jours, qui ont accéléré la formation de tempêtes.

    Le géologue rappelle toutefois que le niveau des mers augmente progressivement depuis près de 10 000 ans. Il y a environ 20 000 ans, à l’époque glaciaire, le niveau marin était inférieur d’environ 120 mètres à celui d’aujourd’hui, ce qui prolongeait la carte géographique de la Tunisie jusqu’aux abords de l’île italienne de Lampedusa. Depuis la fin de cette période de froid intense, il y a environ 11 600 ans, les eaux continuent de monter sous l’effet du réchauffement global.

    Ce processus est également influencé par l’inclinaison de l’axe terrestre vers l’est et par la fonte des glaces aux pôles Nord et Sud, entraînant une hausse de quelques millimètres par an — un phénomène jugé naturel par le chercheur.

    Tempêtes plus fréquentes et période climatique difficile

    Selon Chokri Yaïch, la multiplication des tempêtes et des cyclones est étroitement liée à cette montée progressive des eaux. La période à venir pourrait ainsi être marquée par des épisodes météorologiques plus intenses, ce qui constitue un signal clair pour les décideurs appelés à anticiper et à mettre en place des mesures de protection.

    Le spécialiste évoque également un facteur astronomique : le Soleil aurait atteint un pic d’activité qui devrait se poursuivre entre 2026 et 2028. Après plusieurs années de relative accalmie, la Tunisie entrerait désormais dans une phase plus exigeante sur le plan climatique, qui aurait nécessité une préparation depuis une à deux décennies.

    Des plages fragilisées par les tempêtes

    Les récentes intempéries ont aussi provoqué un important déplacement de sable sur plusieurs plages tunisiennes, notamment à Hammamet. La municipalité avait auparavant tenté de compenser le recul du littoral en apportant du sable depuis Kairouan, mais celui-ci a été emporté vers le large lors de la dernière tempête, rendant son retour très improbable.

    Le géologue distingue deux types de tempêtes : les modérées, qui entraînent une érosion côtière temporaire avant que le sable ne se redépose naturellement durant les périodes calmes, et les tempêtes violentes — à l’image de celle du 19 janvier — capables d’aspirer le sable vers les profondeurs marines de manière irréversible.

    L’intensité de ces phénomènes dépend notamment de la vitesse des vents, des dépressions atmosphériques ainsi que des marées, autant de facteurs qui favorisent des vagues particulièrement élevées. À Bizerte, celles-ci ont atteint près de 4 mètres, alors qu’au cœur de la Méditerranée elles avoisinaient les 7 mètres.

    Quelles zones tunisiennes sont les plus menacées ?

    D’après Chokri Yaïch, plusieurs sites apparaissent particulièrement vulnérables. Les îles-barrières de Bizerte, connues notamment sous l’appellation « Coco Beach », ont déjà subi une érosion partielle, en grande partie en raison des interventions humaines. Une autre île située entre Djerba et Zarzis est également considérée comme très fragile.

    S’appuyant sur une étude qu’il a menée, le chercheur estime que le niveau de la mer pourrait s’élever d’environ un mètre d’ici 2100. Toutes les zones situées à moins d’un mètre d’altitude seraient alors exposées à une submersion permanente.

    Parmi les territoires menacés figurent Ghar El Melh, certaines zones proches de l’embouchure de la Medjerda, Utique, des secteurs autour d’Ichkeul, ainsi que plusieurs régions du littoral oriental, notamment des parties importantes des îles Kerkennah et Djerba.

    Le spécialiste nuance toutefois que les inondations observées actuellement sur certaines routes ou à proximité de zones habitées restent temporaires. Mais la répétition des tempêtes — désormais susceptibles de survenir tous les un à deux ans au lieu d’une fois par décennie — pourrait accélérer l’érosion des côtes.

    Prévenir plutôt que subir

    En conclusion, Chokri Yaïch souligne que l’activité humaine joue un rôle central dans la vulnérabilité du littoral. L’absence de mesures préventives, telles que l’installation de brise-lames sous-marins ou la restauration régulière des plages à l’aide de recharges en sable, a contribué à aggraver la situation.

    Face à ces signaux, l’expert appelle à une stratégie proactive pour protéger les côtes tunisiennes et limiter les impacts futurs de la montée des eaux.

    Commentaires

    Que se passe-t-il en Tunisie?
    Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!

    Top 48h

    ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

    To Top
    SE CONNECTER