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Ajouter TN en tant que source préférée sur GoogleDeux cents jours après le déclenchement de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, et 91 jours après la signature du mémorandum censé ouvrir la voie à une sortie de crise, le conflit reste loin d’être réglé.
Le coût militaire américain atteint déjà environ 38 milliards de dollars, les stocks de missiles d’interception sont sous pression et le détroit d’Ormuz demeure au cœur d’une confrontation qui affecte désormais directement le commerce maritime, l’énergie et la politique intérieure américaine.
Un accord signé il y a trois mois, mais une guerre qui continue
La guerre a débuté le 28 février 2026 avec les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran. Le 17 juin, Washington et Téhéran ont signé le mémorandum d’Islamabad, un texte en 14 points qui proclamait la fin des opérations militaires et devait ouvrir une période de négociation de 60 jours.
Le document prévoyait notamment une désescalade militaire, la reprise progressive de la navigation commerciale dans le détroit d’Ormuz, des discussions sur le programme nucléaire iranien et la levée graduelle de certaines restrictions économiques. Il laissait cependant plusieurs questions essentielles à un futur accord définitif.
Trois mois plus tard, la réalité militaire a largement dépassé ce cadre. Les affrontements ont repris, le blocus naval américain a été rétabli et les attaques contre des installations militaires, des navires et des infrastructures énergétiques se poursuivent dans plusieurs zones de la région.
La facture américaine atteint 38 milliards de dollars
Le chiffre le plus important publié cette semaine vient du Congressional Budget Office, l’organisme non partisan chargé d’éclairer le Congrès américain sur les questions budgétaires.
Selon son rapport du 15 septembre, le conflit avait coûté au département américain de la Défense environ 38 milliards de dollars au 1er août. Ce montant englobe notamment le remplacement des munitions tirées, les équipements détruits, l’augmentation des heures de vol, les opérations logistiques et la hausse des dépenses de carburant.
La facture continue d’augmenter. Le CBO évalue à environ 2 milliards de dollars le coût d’un mois supplémentaire si les combats restent limités et sporadiques. En cas de retour à une intensité comparable à celle observée en juillet, ce coût atteindrait environ 3 milliards de dollars par mois, voire davantage en cas de nouvelle escalade.
Les missiles d’interception deviennent une ressource stratégique
Le coût financier n’est qu’une partie du problème. Le rapport de l’inspecteur général du Pentagone fait état de tensions sur plusieurs stocks de munitions et de goulets d’étranglement dans les chaînes de production américaines.
Entre le 28 février et le 30 juin, l’opération américaine aurait représenté environ 33,4 milliards de dollars de dépenses, dont 22,3 milliards pour les seules munitions. L’inspecteur général évoque des pénuries affectant certains inventaires stratégiques et des difficultés industrielles pour reconstituer rapidement les stocks.
Le CBO souligne notamment que l’importante consommation de missiles antimissiles laissera les États-Unis avec des stocks réduits pendant plusieurs années, ce qui pourrait devenir particulièrement problématique dans l’hypothèse d’une autre crise majeure impliquant un adversaire doté d’un grand nombre de missiles balistiques et de croisière.
Un épisode récent illustre cette consommation. Selon des responsables américains et régionaux cités par le Wall Street Journal, les forces américaines auraient tiré entre 60 et 70 missiles Patriot et plus de 12 intercepteurs THAAD pour faire face à une attaque iranienne contre la Jordanie comprenant environ 20 missiles balistiques.
L’attaque n’aurait pas causé de pertes humaines américaines, mais plusieurs aéronefs de la base aérienne Muwaffaq Salti auraient été endommagés. Les autorités américaines contestent cependant l’idée selon laquelle leurs stocks seraient épuisés.
Des dégâts désormais visibles sur les bases américaines
Les conséquences des frappes iraniennes sont également plus importantes que ce qui avait été rendu public au début du conflit.
Le rapport de l’inspecteur général du Pentagone fait état de centaines de bâtiments et structures endommagés ou détruits dans des installations américaines au Moyen-Orient. Les dégâts touchent plusieurs pays de la région et s’ajoutent aux pertes de matériels et d’aéronefs.
CBS News a parallèlement publié des photographies obtenues auprès de militaires américains en service montrant des destructions importantes sur plusieurs sites. Certaines images montrent notamment des bâtiments, des véhicules et un avion E-3 Sentry lourdement endommagés.
Ces éléments alimentent aux États-Unis le débat sur l’impact réel de la guerre sur les capacités militaires et sur la possibilité de maintenir durablement un rythme élevé d’opérations sur plusieurs théâtres simultanément.
Ormuz reste le centre de gravité économique du conflit
Le détroit d’Ormuz reste l’un des principaux points de tension. La dernière photographie disponible du trafic maritime montre à quel point la situation demeure éloignée de la normale.
Selon les données de suivi publiées mercredi 16 septembre, seuls quatre navires ont franchi le détroit mardi, deux dans chaque direction. La moyenne des dix jours précédents était de 18 passages. Avant la guerre, le trafic était de l’ordre de 125 navires par jour.
Les données doivent néanmoins être interprétées avec prudence, certains bâtiments pouvant naviguer avec leurs transpondeurs coupés et échapper aux systèmes de suivi classiques.
Le vice-président américain JD Vance a pour sa part affirmé que la navigation avait retrouvé plus de 50 % de son niveau habituel. Les indicateurs ne mesurent pas nécessairement le trafic selon les mêmes méthodes et les mêmes périodes, mais ils montrent surtout que la liberté de navigation reste un enjeu central de la confrontation.
Le CENTCOM affirme de son côté que les forces américaines ont réorienté 103 navires commerciaux depuis la reprise des opérations visant à faire respecter le blocus maritime contre l’Iran.
Trois drones MQ-1 revendiqués abattus par l’Iran en une journée
Sur le plan militaire, les Gardiens de la révolution ont annoncé avoir abattu mardi trois drones MQ-1 dans les espaces aériens situés autour du détroit d’Ormuz.
Selon la version iranienne, les appareils auraient été interceptés à l’est et à l’ouest du détroit par les systèmes de défense antiaérienne du Corps des Gardiens de la révolution. Washington n’avait pas confirmé ces pertes au moment des premières annonces.
Dans le même temps, les États-Unis ont déclaré avoir détruit deux petites embarcations iraniennes qui tentaient, selon eux, de s’emparer d’un drone naval américain. Les médias iraniens ont présenté une version différente de l’incident, évoquant des bateaux de pêche.
Le Congrès accroît la pression sur la Maison-Blanche
La durée de la guerre devient également un sujet politique majeur à Washington, à quelques semaines des élections de mi-mandat du 3 novembre.
Mardi soir, la Chambre des représentants a adopté pour la troisième fois une résolution sur les pouvoirs de guerre visant à demander le retrait des forces américaines des hostilités contre l’Iran.
Le texte présenté par le démocrate Seth Moulton a obtenu 220 voix contre 204. Sept élus républicains ont rejoint les démocrates, contre quatre lors d’un précédent vote.
La portée concrète du vote reste toutefois limitée : le texte doit encore franchir d’autres étapes institutionnelles et les précédentes tentatives n’ont pas mis fin aux opérations. Il traduit néanmoins l’élargissement du débat au sein même du Parti républicain sur la durée, le coût et le cadre juridique de l’intervention.
Washington affirme combattre pour ses propres intérêts
Dans ce contexte, l’ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee a défendu publiquement la stratégie de Washington. Il a insisté sur le fait que, selon lui, l’intervention américaine contre l’Iran devait être comprise comme une défense des intérêts des États-Unis et non comme une guerre menée uniquement au bénéfice d’Israël.
Il a également mis en avant l’étroitesse de la coopération militaire entre Washington et Tel-Aviv et estimé que les objectifs américains incluaient l’absence d’arme nucléaire iranienne, l’arrêt de l’enrichissement d’uranium, la réouverture du détroit d’Ormuz et éventuellement des restrictions sur certaines capacités balistiques iraniennes.
Téhéran présente au contraire les opérations américaines comme une atteinte à sa souveraineté. Des responsables militaires iraniens affirment que le pays poursuivra sa riposte tant qu’il considérera son territoire et sa sécurité menacés.
Le pouvoir iranien entretient le secret autour de son guide suprême
Un autre élément d’incertitude concerne le fonctionnement du pouvoir à Téhéran. Le Financial Times rapporte que peu de responsables disposent d’un accès direct au guide suprême Mojtaba Khamenei, qui n’a pas effectué d’apparition publique depuis sa désignation.
Des responsables iraniens assurent qu’il reste actif et impliqué dans les décisions. Des diplomates étrangers cités par le quotidien britannique considèrent également qu’il continue d’exercer le pouvoir, même si son autorité serait différente de celle de son père. Son absence publique alimente néanmoins des spéculations que les informations disponibles ne permettent pas de vérifier indépendamment.
Le Liban reste directement lié aux négociations régionales
La guerre continue également de peser sur le dossier libanais. Des représentants du Liban et d’Israël poursuivent leurs contacts sous médiation américaine, tandis qu’une nouvelle rencontre est annoncée à Rome en octobre.
Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a réaffirmé devant le Parlement que la décision de la guerre et de la paix devait relever exclusivement de l’État et de ses institutions. Il a présenté la négociation comme un moyen de rechercher le retrait israélien, le retour des déplacés et le rétablissement de la souveraineté libanaise.
La guerre s’étend aussi au cyberespace
La confrontation ne se limite plus aux missiles, aux avions et aux navires. Le Royaume-Uni, les États-Unis et les Pays-Bas ont publié mardi un avertissement commun concernant un logiciel espion baptisé Chosen Brick.
Selon les trois pays, des acteurs liés à l’État iranien utiliseraient ce logiciel dans des campagnes de hameçonnage ciblant notamment des opposants, des militants et des journalistes sur des services tels que WhatsApp et Telegram.
Le programme serait capable de dérober des courriels, des messages et d’autres informations sensibles, voire d’accéder à certaines fonctions des appareils compromis. Téhéran n’avait pas immédiatement répondu aux accusations rapportées par Reuters.
Le risque économique devient mondial
Après 200 jours de guerre, la principale évolution tient peut-être au passage d’une crise militaire régionale à une crise économique de plus en plus internationale.
Le pétrole évolue désormais au-dessus de 100 dollars le baril et le Brent s’est rapproché de 108 dollars cette semaine, alors que les attaques ont également touché certaines routes alternatives utilisées pour contourner Ormuz.
Les tensions sur les produits raffinés sont particulièrement surveillées. Des groupes pétroliers et des opérateurs du secteur mettent en garde contre une réduction des marges disponibles sur le diesel et l’essence si les perturbations maritimes se prolongent.
Pour les pays importateurs d’énergie, l’enjeu ne se limite donc plus au risque d’une nouvelle escalade militaire : la durée du conflit, le niveau du baril, le coût du transport maritime et les tensions sur les carburants deviennent à leur tour des variables économiques majeures.
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