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Ormuz : un pétrolier en feu, trafic au plus bas et Trump rouvre la porte aux négociations

Quatre-vingt-dix jours après la signature du mémorandum d’Islamabad entre Washington et Téhéran, et 199 jours après le déclenchement de la guerre, le détroit d’Ormuz reste au centre d’une confrontation militaire, énergétique et diplomatique.

Un pétrolier battant pavillon panaméen a été gravement endommagé dans des circonstances contestées, le trafic maritime est retombé à des niveaux extrêmement faibles et le coût du transport pétrolier atteint des records.

Dans le même temps, Donald Trump affirme rester ouvert à une négociation avec l’Iran.

Ce qu’il faut retenir

Le pétrolier El Gaia a été endommagé près d’Ormuz. L’Iran affirme qu’il a heurté une mine, une version immédiatement contestée par le Commandement central américain.

Selon Kpler, seuls quatre navires transportant des matières premières ont traversé le détroit lundi, contre dix dimanche.

Le coût d’affrètement d’un pétrolier sur la route de référence Golfe-Chine a dépassé 1 million de dollars par jour.

Le Brent évoluait mardi matin autour de 107 dollars le baril, tandis que le WTI dépassait 102 dollars.

Donald Trump affirme que l’Iran veut conclure rapidement un accord et assure que Washington reste ouvert à l’idée de reprendre les négociations.

El Gaia : deux versions opposées sur l’explosion

La nouvelle alerte maritime concerne le pétrolier El Gaia, battant pavillon panaméen.

Les Gardiens de la révolution iraniens affirment que le navire a tenté d’emprunter une zone interdite au sud du détroit d’Ormuz avant de heurter une mine navale. Selon leur version, une explosion s’est produite et les tentatives pour maîtriser l’incendie ont échoué.

Le Commandement central américain, le CENTCOM, conteste catégoriquement cette présentation. Selon Washington, le pétrolier avait déjà été frappé par un missile iranien le mois précédent et aurait de nouveau été touché par un drone au cours du week-end, alors qu’il se trouvait au large d’Oman.

L’Organisation maritime internationale a confirmé que l’El Gaia avait été endommagé samedi, sans attribuer publiquement la cause de l’incident. Elle a également signalé la disparition de deux marins.

Cette divergence illustre une difficulté devenue permanente dans le détroit : chaque incident donne lieu à des récits contradictoires de Washington et de Téhéran, alors même que l’accès indépendant à la zone reste limité.

Seulement quatre navires de matières premières lundi

Le nouvel incident intervient alors que la circulation maritime est de nouveau en forte baisse.

Selon les données de Kpler rapportées mardi, seulement quatre navires transportant des matières premières ont traversé le détroit lundi, contre dix la veille.

La comparaison avec la période d’avant-guerre donne la mesure de la perturbation, même si les catégories statistiques ne sont pas strictement identiques : avant le 28 février, environ 125 navires commerciaux de tous types franchissaient quotidiennement le détroit.

Une partie du trafic reste par ailleurs difficile à observer. Plusieurs pétroliers traversent la zone avec leur système AIS éteint afin de limiter leur exposition et leur identification. Ces passages dits « dark » expliquent en partie les écarts importants entre les chiffres américains et ceux des sociétés privées de suivi maritime.

Des passages sous protection américaine, mais des chiffres contestés

Le secrétaire américain à l’Énergie Chris Wright affirme depuis plusieurs semaines que l’appui militaire américain permet de maintenir une partie des flux à travers Ormuz.

Des pétroliers traversent notamment la zone de nuit, parfois transpondeurs éteints, avec un dispositif américain de surveillance et de protection le long d’un corridor proche des côtes omanaises.

Washington affirme que ces opérations ont permis de faire remonter fortement les volumes. Chris Wright évoquait récemment plus de 9 millions de barils par jour en moyenne, puis près de 11 millions sur une moyenne de sept jours.

Mais les sociétés indépendantes de suivi des navires publient régulièrement des estimations inférieures. La quantité exacte de pétrole qui traverse actuellement Ormuz reste donc l’une des grandes inconnues du marché énergétique mondial.

Plus d’un million de dollars par jour pour louer un pétrolier

Le risque maritime se traduit désormais directement dans le coût du transport.

Selon les données du Baltic Exchange rapportées par Bloomberg, le coût d’affrètement d’un pétrolier sur la grande route de référence reliant le Golfe à la Chine a atteint lundi 1,035 million de dollars par jour.

C’est la première fois que ce seuil symbolique d’un million de dollars par jour est dépassé sur cet itinéraire.

Cette envolée s’explique principalement par la baisse du nombre de navires disposés à entrer dans le Golfe et à franchir Ormuz. Le risque de missile, de drone, de mine ou d’immobilisation du navire est désormais directement intégré dans les tarifs.

Le coût caché de la crise d’Ormuz

La hausse du pétrole n’est qu’une partie du choc. Les armateurs doivent également intégrer des primes de risque, des assurances plus coûteuses, des délais plus longs et des tarifs d’affrètement records. Ces coûts finissent par se transmettre aux raffineurs, aux industriels et aux consommateurs.

Le Brent autour de 107 dollars

Les marchés pétroliers restent sous forte pression.

Mardi matin, les contrats à terme sur le Brent progressaient à environ 106,93 dollars le baril, tandis que le brut américain WTI évoluait autour de 102,65 dollars.

Les cours sont également soutenus par l’arrêt de l’oléoduc saoudien Est-Ouest après des attaques récentes contre les infrastructures du royaume.

Cette conduite constitue l’une des principales voies permettant à l’Arabie saoudite de contourner Ormuz et d’acheminer du pétrole jusqu’au port de Yanbu, sur la mer Rouge.

Elle transportait récemment environ 4 millions de barils par jour. Une fermeture durable pourrait donc affecter l’équivalent d’environ 4 % de l’offre pétrolière mondiale.

Chevron prévient : les amortisseurs du marché s’épuisent

Les inquiétudes ne viennent plus seulement des gouvernements.

Mike Wirth, directeur général de Chevron, a averti que plusieurs mécanismes ayant permis d’amortir le choc depuis le début de la guerre ont été largement utilisés.

Stocks disponibles, capacités alternatives et marges logistiques sont désormais plus limitées qu’au début de la crise.

Le dirigeant du groupe américain estime dans ce contexte qu’il existe peu de raisons d’anticiper une baisse rapide des prix du pétrole si les perturbations actuelles se prolongent.

Trump entrouvre de nouveau la porte aux négociations

Sur le plan diplomatique, Donald Trump a toutefois envoyé un signal différent.

Le président américain affirme que l’Iran souhaite désormais parvenir rapidement à un accord avec Washington. Il a indiqué qu’il déciderait si les États-Unis choisissent ou non de reprendre formellement les discussions, tout en précisant que l’idée d’un engagement diplomatique reste ouverte.

La position iranienne est beaucoup plus réservée. Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, a répondu qu’il n’y aurait pas de négociations tant que les conditions iraniennes ne seraient pas satisfaites.

Cette nouvelle ouverture américaine intervient alors que le mémorandum d’Islamabad, signé le 17 juin, prévoyait justement un arrêt des opérations militaires, la levée du blocus naval américain dans un délai de 30 jours et la conclusion d’un accord définitif sous 60 jours.

Quatre-vingt-dix jours plus tard, aucun de ces objectifs n’a durablement mis fin aux combats.

Une guerre à au moins 33,4 milliards de dollars sur quatre mois

La publication d’un nouveau rapport de l’inspecteur général du Pentagone permet également de mieux mesurer le coût militaire de la guerre.

Pour la période allant du 28 février au 30 juin, le coût estimé de l’opération atteint environ 33,4 milliards de dollars.

Sur cette somme, 22,3 milliards de dollars correspondent aux munitions utilisées, 3,7 milliards aux pertes d’équipements et environ 7,4 milliards à d’autres dépenses liées aux opérations.

Ces montants ne comprennent pas l’ensemble des coûts de réparation des bases et infrastructures américaines endommagées.

Le rapport évoque également des pénuries de certaines munitions avancées et des tensions sur les chaînes d’approvisionnement, poussant le Pentagone à accélérer ses achats, à réduire les délais de production et à constituer des stocks de composants stratégiques.

Une estimation plus récente présentée en juillet par le secrétaire à la Défense Pete Hegseth portait le coût de la guerre à 37,5 milliards de dollars. Les deux chiffres ne couvrent pas exactement la même période ni les mêmes dépenses.

Washington vise aussi les réseaux financiers de Téhéran

La pression américaine se poursuit parallèlement sur le terrain financier.

Le département américain du Trésor a imposé de nouvelles sanctions liées à l’Iran contre la banque russe VTB, accusée d’avoir aidé Téhéran à contourner les restrictions financières occidentales.

Washington affirme notamment que VTB a développé des relations avec des banques iraniennes déjà sanctionnées et mis en place des canaux financiers destinés à faciliter le commerce entre la Russie et l’Iran.

Le ministère américain de la Justice a parallèlement engagé une procédure visant à confisquer environ 61 millions de dollars en cryptomonnaies.

Selon l’accusation américaine, deux sociétés chinoises, Blessed Trust et Hexa Whale, auraient utilisé notamment des comptes sur Binance pour participer au blanchiment de revenus issus de ventes clandestines de pétrole iranien.

Les procureurs affirment qu’un réseau d’adresses cryptographiques liées entre elles aurait reçu et transféré plus de 1,5 milliard de dollars provenant de ventes de pétrole iranien. Ces affirmations figurent dans une plainte civile et doivent donc être distinguées de faits judiciairement établis.

Le Congrès continue lui aussi de contester la guerre

La durée du conflit alimente parallèlement le débat politique à Washington.

Une nouvelle résolution de la Chambre des représentants, la H. Con. Res. 93, vise à imposer le retrait des forces américaines des hostilités contre l’Iran en vertu de la War Powers Resolution.

Le texte figure parmi les mesures susceptibles d’être examinées durant la semaine du 14 septembre. À ce stade, aucun nouveau vote définitif n’était encore enregistré sur cette résolution.

Le sujet est politiquement sensible à quelques semaines des élections de mi-mandat. Un sondage Reuters/Ipsos publié cette semaine situe l’approbation de Donald Trump à 35 %, contre un plus bas récent de 33 %. Dans les intentions de vote génériques pour le Congrès, les démocrates obtiennent 44 % contre 37 % pour les républicains.

Une ouverture diplomatique, mais une crise toujours plus coûteuse

La déclaration de Donald Trump sur une éventuelle reprise des discussions apporte donc un signal de détente, mais elle intervient dans un environnement beaucoup plus dégradé qu’au moment de la signature du mémorandum de juin.

Le trafic maritime reste très perturbé, les tarifs d’affrètement atteignent des niveaux records, les infrastructures pétrolières saoudiennes sont sous pression et le coût militaire américain continue de progresser.

Surtout, l’incident de l’El Gaia montre que le contrôle réel des routes maritimes reste contesté et que chaque nouveau navire touché peut immédiatement provoquer une nouvelle hausse des primes de risque.

Dans ces conditions, l’ouverture américaine à des négociations constitue un changement de ton à surveiller. Mais tant que Washington et Téhéran ne s’accordent pas sur les conditions de navigation et sur l’application du mémorandum d’Islamabad, Ormuz restera l’un des principaux foyers de risque pour l’économie mondiale.

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