A la une

Par Dr Moez Ben Ali-Cancer, innovation et équité: Pour une santé réellement universelle

     

     

    À l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer, il est temps de regarder la réalité en face, sans alarmisme mais sans complaisance. Oui, l’incidence du cancer est en augmentation constante à l’échelle mondiale. Chaque année, davantage de personnes reçoivent un diagnostic de cancer.

    Les raisons sont connues:

    Le vieillissement des populations, l’augmentation démographique, mais aussi l’évolution de nos modes de vie — tabagisme, alcool, sédentarité, obésité, alimentation industrielle, et certaines expositions environnementales. Mais réduire ce constat à une fatalité serait une erreur.

    Un autre phénomène, souvent moins médiatisé, mérite d’être souligné

    La mortalité par cancer diminue en pourcentage, notamment dans les pays occidentaux. Autrement dit, nous diagnostiquons plus, mais nous mourons moins du cancer. Ce paradoxe apparent est en réalité le reflet d’un progrès médical considérable. Ce progrès repose sur une transformation profonde de la prise en charge oncologique.

    Pendant des décennies, le traitement du cancer s’est appuyé essentiellement sur la chimiothérapie cytotoxique classique, efficace mais lourde, souvent au prix d’effets secondaires importants. Aujourd’hui, nous avons changé d’ère. Nous sommes entrés dans celle des traitements ciblés, de l’immunothérapie et, plus largement, de la médecine de précision. L’immunothérapie, sous ses différentes formes, ne vise plus à détruire aveuglément la tumeur, mais à mobiliser le système immunitaire du patient.

    Les traitements ciblés, eux, attaquent des anomalies moléculaires spécifiques de la cellule cancéreuse. Les outils de diagnostic génomique permettent désormais de comprendre le cancer à un niveau intime et d’adapter le traitement à chaque individu. Dans certains cancers, ces innovations ont transformé des maladies autrefois rapidement mortelles en maladies chroniques, et parfois même en maladies curables. Il faut le dire clairement : nous avons des raisons de nous réjouir.

    La science avance, et elle avance vite. Mais cette avancée s’accompagne d’une fracture majeure : celle de l’égalité et de l’équité en santé.

    Aujourd’hui, l’accès à l’innovation thérapeutique reste profondément inégal. Le continent africain, en particulier, demeure sous-diagnostiqué et sous-traité. Non par manque de compétences humaines ou scientifiques, mais parce que le coût de l’innovation médicale reste élevé, et que les infrastructures nécessaires sont insuffisantes ou inégalement réparties.

     Résultat : des millions de patients n’ont pas accès à des traitements qui existent déjà ailleurs. Cette situation n’est pas seulement injuste ; elle est contre-productive à l’échelle mondiale. L’innovation médicale repose de plus en plus sur l’intelligence artificielle et les données de santé. Or, l’Afrique, avec sa population jeune et nombreuse, représente un potentiel scientifique, clinique et humain considérable. L’exclure, c’est ralentir l’innovation pour tous. C’est de cette conviction qu’est né le projet CancerZero.

    Mon ambition est simple dans sa formulation, mais immense dans son exécution : ramener l’Afrique au même niveau d’accès aux soins et à l’innovation que le reste du monde. Cela passe par la création de hubs de recherche, de développement et de fabrication de traitements en Afrique, interconnectés avec leurs équivalents en Europe, en Amérique et ailleurs. 

    La Tunisie peut et doit être un point de départ stratégique de cette dynamique

    Au-delà de l’oncologie, je porte une vision plus large de la santé de demain. Une santé préventive plutôt que curative, décentralisée, et progressivement placée entre les mains du citoyen. Les hôpitaux et les blouses blanches ne disparaîtront pas demain, mais leur rôle va évoluer. Les médecins de demain seront avant tout des chercheurs et des scientifiques de haut niveau, chargés de définir les stratégies et la vision.

    Les soins de routine seront assurés par des professionnels hautement formés, puis, à terme, par des technologies intelligentes et des robots soignants. Nous devons désormais aller plus loin que l’objectif d’« ajouter des années à la vie ».

    Il est temps d’ajouter de la vie aux années

    En éradiquant certaines maladies, en retardant le vieillissement, en plaçant la prévention au cœur de nos sociétés, nous pouvons permettre à l’être humain de vivre plus longtemps, en bonne santé et en dignité. La santé est globale ou elle n’est pas. Le développement est partagé ou il échoue. Et l’innovation n’est véritablement une innovation que lorsqu’elle est accessible à tous. Peut-être alors, le vieux rêve de l’homme en bonne santé durable, certains diront de l’homme éternel cessera d’être un mythe pour devenir une réalité scientifique et humaine.

    Commentaires

    Que se passe-t-il en Tunisie?
    Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!

    Top 48h

    ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

    To Top
    SE CONNECTER