Economie

Par Hadi Sraïeb- Le pays sombre lentement mais surement: Indignez-vous !

Par Hadi Sraïeb- Le pays sombre lentement mais surement: Indignez-vous !

Il est beaucoup question ces derniers jours de juguler la spirale récessive dans laquelle s’enfonce le pays. Certains suggèrent un plan de redressement, d’autres un plan d’urgence, d’autres encore insistent sur la nécessité d’une politique de rigueur !

Toute la gente technico-politique est en émoi face à la dégradation accélérée de la conjoncture économique et son cortège lancinant de conséquences sociales toujours plus dramatiques.

De proche en proche et sous l’effet amplificateur de la pandémie, des pans entiers de nos concitoyens basculent de la vulnérabilité dans une précarité insoutenable, quand ce n’est pas dans le dénuement le plus cruel !

Sur l’avant-scène politique délétère, marquée par les facéties des formations politiques et de l’Assemblée, l’irrésistible montée des mécontentements et des contestations, les atermoiements d’un gouvernement empêtré dans les legs empoisonnés de ces prédécesseurs (pertes abyssales), il apparait qu’une sortie de crise, -même provisoire-, ne soit possible que dans une nouvelle fuite en avant, sous-tendue par l’ineffable et immuable discours de culpabilisation !

Les signes avant-coureurs de cette manœuvre se font de plus en plus pressants: Le pays vit au-dessus de ses moyens, nous dit-on ! Il est grand temps de mettre fin aux gaspillages des deniers publics, engloutis dans des subventions indues et dans des entreprises publiques inefficaces et inaptes à se redresser par elles-mêmes !

Il faut que cessent les surenchères corporatistes et régionalistes ! Avertissent à l’unisson nombre d’experts courroucés, relayés en la circonstance par une presse nostalgique, obsédée par le retour à la Loi et l’Ordre…. la normalité d’antan.

Mais comme si tout cela ne suffisait pas, un pic de remboursement de dettes en devises s’invite dans ce contexte de confusion et de fébrilité !

Telle une « vague scélérate » culminant à une hauteur exceptionnelle, un remboursement de dettes se présente à l’horizon de l’année 2021: Un sommet estimé entre 1.5 et 2 fois supérieur au montant moyen remboursé annuellement durant la dernière période. Un niveau inouï, faramineux de l’ordre de 10 Mds DT, mais, -comble de duplicité perfide-, est connu de longue date !

L’apparent effet de surprise, masque en réalité la pusillanimité de ministres, comme du gouverneur restés silencieux tout au long des dernières années.

En clair, ce sont les différents gouvernements qui par leur vilénie, ont délibérément laissé courir les choses !

Ils ont systématiquement fait mine d’être afférés à d’autres priorités quitte à feindre leur affliction face à cet impondérable le moment venu !

Il est, de fait, regrettable que nos meilleurs économistes n’aient pas alerté avec la puissance de crédibilité qui est la leur, ce qu’ils savaient qui allait arriver: Ce tsunami d’échéances de dettes, identifié depuis plus de 5 ans !

Une dissimulation délibérée par le jeu des artifices de présentation des comptes qui, comme à l’accoutumé, aura échappé aux plus sensés de nos compatriotes, aveuglément confiants dans les « compétences » présumées des dirigeants !

Bêtise innommable d’une fraction de cette intelligentsia, toujours prête à soutenir, quoi qu’il arrive, ces « compétences nationales », qui rassurent leur éthos (croyances) mais en oublient leur logos (raison critique) !

Quoiqu’il en soit ce gouvernement est au pied du mur !

Fort des effets dévastateurs de la pandémie, les autorités du moment ont cru pouvoir cacher ce pic de remboursement en faisant passer la loi de finances complémentaire de 2020 comme celle prévue pour 2021 sans trop de difficultés, arguant du fait que les finances du pays étaient logées à la même enseigne que celles de tous ses voisins. Et qu’il lui fallait donc emprunter pour boucler les exercices, à l’instar des pays les plus développés !

Une tentative de banalisation-diversion mais qui n’aura toutefois pas échappé à quelques esprits sagaces et avisés, confortés, -il était temps ! -, par la prise de position ferme du gouverneur de la BCT.

Retour donc à la case départ, mais sans véritable solution alternative crédible, autre que des ajustements à la marge, mais qui laissent le problème entier ! Les options retenues par les gouvernements post élections de 2019 apparaissent pour ce qu’elles sont véritablement: des expédients sans réelle portée !

Jusqu’ici l’actuel gouvernement à la légitimité plus qu’incertaine, se garde bien de mettre en œuvre les fameuses « réformes structurelles », à l’exception d’une seule, silencieuse, -appréciée comme il se doit par la communauté du monde des affaires- : Celle de la baisse continue de la taxation des entreprises.

Il est vrai qu’il s’agit là d’une constante à tous ces gouvernements…. Mesure récurrente qui pourrait nous conduire, avec un peu de chance, vers un futur paradis fiscal !

A contrario, ce même gouvernement fait mine d’intimider les fraudeurs en proposant une énième amnistie fiscale et de change et par là espérer engranger un montant substantiel.

Foi dans cette opération ou simple écran de fumée à usage de l’opinion !

La seconde option est bien plus vraisemblable au regard des maigres résultats récurrents obtenus lors des précédentes opérations du même type, tout en octroyant une nouvelle virginité à des « redevables », possiblement utiles ultérieurement. Dispositions sans effet réel, il faut alors combler le trou béant par de nouveaux emprunts !

Lever de la dette intérieure ! Mais d’emblée la BCT semble vouloir fixer un plafond auquel elle ne dérogerait pas, même si elle se veut malgré tout accommodante dans cette conjoncture extraordinaire et n’envisage pas de désespérer ce gouvernement.

Nul besoin de solliciter le moindre chiffre, il change tous les jours ! Nous ne sommes plus à une approximation près !

L’Etat peut donc espérer récupérer deux à trois milliards auprès de la BCT en contrepartie du manque de recettes fiscales, à charge pour lui, par ailleurs, de tailler dans ses dépenses de façon à réduire son déficit primaire (déficit net des charges financières) et honorer ses engagements internationaux ! Mais comme à l’évidence cela ne suffira pas, il faut bien se tourner vers l’extérieur !

Il va, -comme ces devanciers-, se lancer dans une fuite éperdue en quête de nouveaux emprunts (plus d’une dizaine de milliards DT) de sorte que le taux d’endettement de l’Etat (hors entreprises) viendra probablement tutoyer les 100 % en fin d’année 2021 !

Face à de tels choix désinvoltes, aventureux et hautement risqués, les réactions, -plus incantatoires que réalistes-, ne se sont pas fait attendre !

Qui d’affirmer qu’il sera difficile de s’aventurer sur les marchés financiers sans parapluie d’une garantie d’un référent-tiers (pays ou institution) !

Qui d’autre, de proposer un report des échéances de remboursement prévues pour 2021, tout en proclamant qu’il ne s’agirait pas d’une restructuration (sic) !

Qui encore de recommander une discussion avec le FMI autour d’une nouvelle facilité (Short-Term Liquidity Line (SLL) !

A l’évidence le désarroi est à son comble !

Toutes ces suggestions ressemblent de plus en plus à un énième souhait obstiné de sauver ce qui peut l’être encore, à se demander qui sont les véritables dogmatiques !

Si l’on devait extraire de toutes les péripéties auxquelles nous assistons, une seule ressortirait avec force: les gouvernements successifs et leurs affidés ont menti ! Il est grand temps que cela cesse : Indignez-vous !

Le pays est désormais dans une voie sans issue ! Le risque majeur qui guette est bien celui de la tentation d’un gouvernement pris à la gorge qui chercherait à passer en force (réduction drastique des dépenses sociales et d’investissement) dont on ne peut qu’imaginer les conséquences dramatiques qui s’en suivraient !

Il n’y a pour l’heure aucune fatalité ! Encore faut-il cesser de suggérer des recettes chimériques et autres placébos sans lendemain ! Une véritable transition vers un nouveau régime économique et social plus viable et plus équitable est encore possible….encore faut-il s’en convaincre et explorer cette autre voie !

Hadi Sraieb, Docteur d’Etat en économie du développement.

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