Par le polytechnicien Anis Marrakchi – Start-up Act : Voilà pourquoi c’est une fausse bonne idée !

Le polytechnicien tunisien, Anis Marrakchi qui a fait une très belle analyse sur l’économie de rente en Tunisie et ses conséquences, a réagi par rapport au projet « Fiérté » de l’actuel ministre des Technologies de l’information et des Communications : Start-up act

La Tunisie a un énorme problème : la culture des autorisations administratives arbitraires. Tout ou presque en Tunisie se cache derrière des autorisations ou des licences : le commerce des voitures, le commerce de l’alcool, vendre sur le marché de gros, créer une association, faire voler un drone dans son jardin, importer des médicaments de première nécessité à usage personnel, vendre et installer des panneaux solaires, financer les études de son enfant à l’étranger, posséder des euros, lancer une société de transport terrestre ou maritime, pêcher, exploiter une parcelle pour une activité industrielle ou artisanale, transports de marchandises (comme ce que fait Amazon) et des centaines (littéralement) d’autres activités.

Une très grande partie de ces autorisations n’ont pas d’équivalents quand on traverse la méditerranée ou l’atlantique.
Dans l’extrême majorité des cas, si les conditions à remplir pour déposer la demande sont citées (quoique …), les conditions pour que la demande soit acceptée restent mystérieuses et à la complète discrétion de l’administration.

A quoi servent ces autorisations ? Dans certains cas, elles peuvent être nécessaires (importation de matières explosives, armes, etc.), mais dans la plupart des cas, elles sont là pour créer des barrières à l’entrée. On met ces barrières, sous couvert de contrôle, pour empêcher des activités dérangeantes (une deuxième association Shams ne pourrait probablement plus être créée aujourd’hui) ou pour créer une rente en donnant des privilèges protégés de la concurrence (cf. concessionnaires automobiles).

Le startup act est un autre pas dans cette même direction. On prend un privilège indu (l’exemption d’impôts) ou qui devrait être accordé à tout le monde (la possibilité de payer et de se faire payer en devises, d’investir à l’étranger) et on le donne à quelques entreprises au dépend des autres.
Naturellement, il y a des accusations de népotisme et de favoritisme : comment cela pourrait être différent ? On distribue un privilège à quelques-uns sur la base du jugement d’une commission : ceux qui n’y auront pas accès se plaindront naturellement de l’iniquité de la procédure.

Mais le problème n’est pas là, il est dans le concept en lui-même : distribuer des privilèges à certains et les interdire aux autres. Si ces start-up sont meilleures que les autres entreprises, elles n’ont pas besoins de privilèges supplémentaires pour réussir. Si ces privilèges sont nécessaires à la réussite, alors il faut les donner à tout le monde.

Ce que fait le start-up act est simple au final : il crée une caste d’entreprises privilégiées. Dans quelques mois ou années, quand on se dira que ces privilèges coûtent trop chers, on ne les accordera plus aux nouveaux entrants (on ne fera d’exceptions que pour le neveu du président ou du ministre). Et ces start-up originelles deviendront les concessionnaires de demain, des entreprises qui ne font des bénéfices que pour une seule raison : elles ont un privilège spécifique protégé derrière une autorisation administrative arbitraire.

 

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