Economie

Par Rym Mourali : « Certains jeunes n’aiment pas travailler. » Quand le Ministre de l’Emploi et de la Formation cherche un alibi au fiasco d’un Ministère stérile

« Le Ministère de l’Emploi et de la Formation applique la politique du Gouvernement tunisien dans le domaine de l’emploi, facilite l’intégration des demandeurs de travail sur le marché national et mondial, encourage les initiatives des professions privées et promeut les ressources humaines. » Les déclarations irresponsables de M. le Ministre concernant la réticence d’une certaine jeunesse tunisienne à travailler, préférant les secteurs parallèles et la contrebande comme alternative et boudant le secteur économique structuré, soulèvent des questions sur la nature des responsabilités et des fonctions du Ministre de l’Emploi, sur ses réalisations durant les années précédentes, lui, qui était sous le monopole de la Troïka, au service d’une seule formation politique.

Les déclarations du Ministre soulèvent aussi des interrogations eut égard aux circonstances économiques suffocantes et à l’escalade de protestations des jeunes en colère. On se demande si l’homme mesure le sens de sa responsabilité quand il émet des déclarations incendiaires ridiculisant des jeunes qui se considèrent sans futurs. Le fait est que de telles annonces sont l’expression d’une politique de fuite en avant et d’une tactique pour se soustraire à la responsabilité. Il est utile de rappeler que la lutte contre le chômage fut pourtant le cheval de bataille du gouvernement d’union nationale, une priorité absolue comme stipulé dans le « Document de Carthage ». Mais le gouvernement est passé maître dans l’art de faire porter ses échecs par les autres : citoyens, climat, nature ou conjoncture internationale. Le chef du gouvernement et son équipe pléthorique de responsables, Ministres, Secrétaires d’Etat, Conseillers et Chargés de missions sont toujours irréprochables face à toutes les crises tout comme les Gouvernements qui se sont succédé, comme mus par une sorte d’esprit de solidarité pour occulter les conséquences de ce qui a été et de ce qui va venir.

À l’ombre de la crise économique et du bouleversement social que vit le pays, on est en droit de se demander si le miracle d’une croissance économique est envisageable ou si la baisse, même minime, du taux de chômage en 2017 présenté par le gouvernement comme la réalisation du siècle, en dépit de l’amère réalité qui montre exactement l’inverse.

Autrement, comment expliquez-vous M. le Ministre la hausse du nombre d’émigrants illégaux, le suicide des jeunes et les mouvements sociaux exigeant du travail? A se demander si les chiffres, les indicateurs et des taux sont totalement vidés de sens (sachant que 2010 est l’année de référence pour chaque statistique) Particulièrement quand on sait que le site du Ministère ne fournit pas de données mises à jour et dont la plupart sont fournies par les Bureaux d’Emploi qui relèvent de l’administration centrale. (Tout le monde connaît la nature des questions soulevées sur le rôle de ces bureaux et sur ses liens avec les demandeurs d’emploi pour ne pas se fier à leurs données inventoriées ou consignées). Quand on sait que les données ne sont pas mises à jour ou incomplètes, particulièrement concernant les mécanismes d’exploitation, les programmes et les résultats réalisés, en rapport avec les super objectifs établis, on voit de suite que tout s’arrête en 2015 sans aucune explication du Ministère.

Le ministère a mis neuf dispositifs au service des demandeurs d’emploi :

– L’intégration des détenteurs de diplômes de l’enseignement supérieur.

– Les stages de préparation à la vie professionnelle.

– Les instruments d’amélioration opérationnelle.

-Un programme de formation et d’accompagnement des micro-entreprises.

– Un programme de réintégration dans la vie active.

– Un programme de service civil bénévole pour lequel des dispositions ont été prises et des fonds alloués.

– L’accompagnement des grands investisseurs.

Sans compter l’existence du ” Fonds national pour l’emploi” datant des années précédentes.

Monsieur le Ministre est sensé fournir un inventaire détaillé et une évaluation objective de chaque programme et doit expliquer les raisons qui l’ont poussées à en abandonner cinq pour l’année 2018 et à en maintenir les quatre autres. Le Ministre, qui se dit impartial, non affilié à aucun parti politique à ce jour, est dans l’obligation de dévoiler le sort des 1476 milliards pris entre 2011 et 2014 du Fonds national de l’emploi pour la création de gagne-pains et pour combattre le chômage.

Où sont les bénéficiaires ? Où sont les emplois évalués théoriquement à 100.000 postes, censés être à l’actif du Ministre? Bien sûr, il n’en est rien dans les faits. Les statistiques seules suffisent à démontrer à Monsieur « l’impartial », qui a « préféré l’Etat à l’esprit partisan », à expliquer à ceux qui « qui n’aiment pas travailler », comment toutes les attributions aléatoires dans la fonction publique se sont faites sans respecter ni les normes ni les compétences ni les niveaux scientifiques.

Comment l’état de Droit et des institutions révolutionnaires démocratiques enfreigne la loi et abuse les jeunes en consacrant l’injustice et le favoritisme ? Comment se fait-il que tous les programmes, les mécanismes et les milliards mis en place n’accomplissent rien ? Comment se fait-il que 80 millions de dinars soient dépensés pour aboutir au lancement 76 projets et la signature de seulement 58 contrats de Travail ? Quelle est sa position en tant que membre du gouvernement et responsable de la lutte contre le chômage concernant la corruption et les attributions spéciales dans la fonction publique ?

Au lieu d’enflammer la situation et de poursuivre une politique de fuite en avant en cherchant un bouc émissaire pour se soustraire à la responsabilité du gouvernement des ministres et des officiels successifs, il devait répondre selon la logique de l’Etat qu’il a privilégié au détriment des partis politiques, pour révéler juste quelques faits, pas tous. Il aurait dû dire la vérité ou se taire à jamais par respect aux milliers de jeunes révoltés, face à l’injustice et au rejet des gouvernements successifs d’embaucheurs des parents, des ascendants et des descendants, des liés à la communauté ou au parti ou à la communauté ou faisant partie de l’arbre généalogique. Il devrait par exemple divulguer le taux de chômage dans les familles des hauts fonctionnaires, des responsables politiques et des ministres.

Coïncidant avec les déclarations irresponsables du Ministre de l’Emploi, l’Institut National des Statistiques a publié les résultats du rapport du troisième trimestre 2017 sur le chômage et l’emploi. Le taux des inactifs a été évalué à 15.3 %. Le nombre des sans-emplois a atteint 628.600 de la population totale active.

Sur cette base, le taux de chômage de 15.3 %, reste inchangé comparé au deuxième trimestre 2017 où on a recensé 626.100 personnes. Le taux de chômage a été estimé au troisième trimestre 2017 à 12.3 % pour des hommes et à 22.8 % pour les femmes. Le nombre de chômeurs diplômés a atteint environ 64.300 en 2017 au cours du 3ème trimestre 2017 par rapport à 250.600 au deuxième trimestre 2017.

Ainsi, le taux de chômage a été évalué respectivement à 30.6 % et 30.3 %. Le budget du Ministère a baissé par rapport à l’année passée, avec un total de 672.303 millions de dinars alloués au Ministère de l’Emploi et de la Formation pour l’année 2018 que le ministère devra partager entre les dépenses, le développement et la trésorerie comparés à 702.536 millions de dinars en 2017. Les revenus des comptes spéciaux de la trésorerie ont atteint 300,000 millions de dinars dont 25 millions de dinars consacrés au Fonds de développement de la formation professionnelle.

Il faut mentionner que le gouvernement a décidé d’arrêter les recrutements au cours de l’année 2018. Il a été décidé aussi de ne pas remplacer les retraités pendant l’année en cours, le gouvernement a limité les attributions spéciales dans une limite 3000 postes et s’est lancé dans un plan marketing et de nouveaux programmes dans ce qu’il appelle la stratégie nationale pour l’emploi.

Le gouvernement a présenté des concepts peu clairs comme «l’Economie solidaire et sociale» ou «l’adaptation de la formation au marché de l’emploi» ou «la nouvelle génération d’entrepreneurs» ou «les emplois de proximité» ou «l’auto-initiative indépendante», des concepts plagiés sur des expériences françaises ou inspirés d’une certaine base idéologique et qui demeurent surtout des projets incomplets et sans avenir.

Peut-être que la question brûlante est de savoir comment va-t-on financer les projets de « création d’entreprises » ou « d’auto initiative privée » à l’ombre d’une récession inflationniste sans précédent et à l’écroulement du pouvoir d’achat des citoyens, jusqu’à ce que soient divulgués  les détails du plan gouvernemental extraordinaire pour promouvoir l’emploi.

Monsieur le Ministre de tutelle doit soumettre un inventaire détaillé de tous les programmes et de toutes les politiques développées pendant la période passée ainsi que les résultats réalisés et les budgets dépensés. C’est alors et seulement qu’ il aura le droit de parler de la réticence des jeunes à la besogne et au labeur. Rappelons pour conclure que M. le Ministre a déclaré à plusieurs occasions qu’il dispose annuellement d’environ 300 millions de dinars pour financer et consolider des programmes et des mécanismes divers en faveur de l’emploi.

Rym Mourali, – Secrétaire générale du mouvement de l’indépendance tunisienne

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