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Perquisition chez Me Kattan, l’avocat de Belhassen Trabelsi

Les choses se corsent pour Belhassen Trabelsi, ancien «parrain» du clan mafieux qui a dirigé la Tunisie pendant près d’un quart de siècle avant d’en être chassé par la Révolution de jasmin.

Le 6 décembre, des enquêteurs de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ont fait une perquisition à Westmount dans les bureaux de l’avocat Donald Kattan, soupçonné de gérer les affaires de M. Trabelsi depuis l’arrivée de ce dernier au Canada, le 20 janvier.

En vertu de la nouvelle Loi sur le blocage des biens de dirigeants étrangers corrompus, Me Kattan risque jusqu’à cinq ans de prison s’il s’avère qu’il a effectivement administré les avoirs de M. Trabelsi, beau-frère honni de l’ancien président Zine el-Abidine Ben Ali.

Après enquête, la GRC a conclu que Me Kattan agissait à titre d’intermédiaire pour les transferts et la conservation des fonds et des biens de M. Trabelsi au Canada. Or, l’avocat a volontairement omis de communiquer cette information à la GRC, comme l’exige la nouvelle loi.

Lors d’une rencontre, le 30 novembre, avec les enquêteurs de la GRC, M. Trabelsi «n’a pas cessé de se demander comment il allait vivre s’il déclare ses biens», lit-on dans le mandat de perquisition soumis par la GRC et consulté par La Presse.

Le milliardaire savait pertinemment que, s’il les déclaraient, ses avoirs seraient immédiatement saisis pour être restitués au nouveau gouvernement tunisien.

Belhassen Trabelsi est considéré comme le parrain du clan Ben Ali-Trabelsi, qui a fait main basse sur l’économie tunisienne avant d’être chassé du pouvoir par la révolte populaire. L’immense fortune du clan a été évaluée à 7 à 10 milliards de dollars.

En septembre, la justice tunisienne a condamné M. Trabelsi à 15 ans de prison par contumace. Cette condamnation risque d’ailleurs de lui compliquer la tâche auprès de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié, qui étudie actuellement sa demande d’asile au Canada.

Un dépôt de 1,4 million

Quand M. Trabelsi, sa femme et leurs quatre enfants sont arrivés à Montréal, ils étaient attendus à l’aéroport Trudeau par Me Kattan, le promoteur immobilier Élias Noujaim et Claude Sarrazin, président de la firme de sécurité Sirco. Cette société assure la sécurité de la famille.

Les Trabelsi se sont rendus à l’hôtel Château Vaudreuil. Leurs chambres avaient été réservées par Me Kattan. Ils ont quitté l’hôtel une semaine plus tard, laissant un solde impayé de 620,87$… et une facture de 7267,08$ pour les frais de sécurité engendrés par leur présence. Des membres de la communauté tunisienne manifestaient alors devant l’hôtel de luxe.

Me Kattan a fini par payer la facture

Le 24 janvier, le compte bancaire du bureau d’avocats Péloquin Kattan a reçu un dépôt par virement de 1 389 118$US, pour Belhassen Trabelsi. L’argent provenait de la Banque Libano-Française et le dépôt faisait mention de l’acquisition d’une propriété au Canada.

C’est le bureau de Me Kattan qui s’occupe de régler le loyer de la famille Trabelsi, au coût de 5000$ par mois. La firme de sécurité Sirco est aussi payée par Me Kattan.

Le président de Sirco, Claude Sarrazin, a refusé de commenter la nature de son contrat avec les Trabelsi. «On protège toutes sortes de personnes, et pas nécessairement des gens que j’inviterais chez moi. Notre rôle, c’est de protéger. On ne porte pas de jugement.»

La principale entreprise de Belhassen Trabelsi au Canada, Gestion Tucan inc., a été enregistrée en 2000. Il en était le PDG, alors que le secrétaire général était Élias Noujaim, un promoteur immobilier de L’Île-Bizard qui possède notamment des terrains à Vaudreuil.

Le 23 juin, l’adresse de Gestion Tuscan a été changée pour celle des bureaux de Me Kattan, au 1, square Westmount. Des traites bancaires ont été faites entre les deux entreprises.

Quand le compte bancaire personnel de M. Trabelsi à la Banque Nationale a été fermé, son contenu (près de 230 000$) a été versé dans un compte en fidéicommis chez Me Kattan.

En vertu de la Loi sur le blocage des biens de dirigeants étrangers corrompus, toutes ces transactions étaient strictement interdites. Mais quand un enquêteur de la GRC a demandé à Me Kattan, le 2 décembre, s’il avait quelque chose à déclarer concernant son client, il a été catégorique: «Non, non, non.»

Les documents saisis le 6 décembre ont été mis sous scellés. Me Kattan a encore quelques jours pour s’opposer à l’ouverture des scellés – ce qu’il pourrait faire, par exemple, en évoquant le secret professionnel.

Dans ce contexte, le dossier se poursuivra fort probablement après la période des Fêtes.

Source: cyberpresse.ca

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