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Plus « costaud » que Trump, Poutine, Erdogan… : à 81 ans Museveni s’offre un 7e mandat, après lui le fils régnera

    Les mandats de trop des potentats africains : En Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Djibouti, en République du Congo, en Guinée équatoriale, etc. À ajouter aux successions dynastiques puisque le pouvoir est verrouillé, et parfois on installe carrément toute la famille dans le gouvernement – comme en Tanzanie. Mais dans le genre l’autocrate à la tête de l’Ouganda, Yoweri Museveni, les bat tous. À 81 ans ans il file droit vers un 7e mandat, ce jeudi 15 janvier. Il est bien décidé à titiller les records de longévité de ses pairs sur le continent. Dommage pour son pays, qui pourtant ne manque pas d’atouts.

    Le fils du président assume tout publiquement

    C’est le fils, le général 4 étoiles Muhoozi Kainerugaba, chef d’état-major de l’armée, qui était censé le remplacer. C’était sans compter sur l’appétit insatiable du papa. Ce dernier avait fait du général le plus haut gradé du pays il y a près de 2 ans, il avait même déclaré lors d’un meeting politique que le rejeton était fin prêt pour piloter l’Ouganda. Museveni a tourné casaque, il rempile.

    Kainerugaba devra ronger son frein, son heure n’a pas sonné. Quant aux Ougandais, écrasés par le poids de l’armée et des forces de l’ordre, ils se sont résolus au passage de témoin entre père et fils, comme dans les monarchies. Pourtant les responsables gouvernementaux juraient leurs grands dieux que le « Projet Muhoozi » – succession dynastique – prêté au président de la République était une pure calomnie.

    Le général Kainerugaba ne s’en cache pas depuis au moins 2023 et dit ouvertement « je serai président de l’Ouganda après mon père (…) Ceux qui combattent la vérité seront très déçus« . Et l’homme s’est bien préparé à la magistrature suprême : il a installé ses pions dans les postes stratégiques, dans tous les services de sécurité. Le dauphin du chef de l’Etat étant désigné, tous les responsables qui lorgnent des maroquins ont fait allégeance.

    Pourtant Kainerugaba n’a intégré l’armée qu’à la fin des années 1990, le moins qu’on puisse dire est que son ascension jusqu’au sommet a été rapide. Il le fallait pour s’assurer que les militaires lui obéiraient au doigt et à l’oeil après la disparition du papa. En février 2024, un mois avant sa désignation comme patron de l’armée, le président a officiellement cédé à son fils une partie de son pouvoir de commandant en chef.

    Kainerugaba est vite devenu plus puissant et redouté que tous ses prédécesseurs. Tout passe par le successeur attitré ; l’an dernier la présidente du Parlement, Anita Among, est allée jusqu’à le qualifier de « Dieu le Fils« . Comme culte de la personnalité on n’a pas vu pire. Le parti présidentiel, le Mouvement de résistance nationale, tient fermement le pays, manifestement il en sera ainsi pour des décennies…

    A moins d’un miracle il est illusoire de rêver à une transition par la voie constitutionnelle et encore moins démocratique.

    Un seul opposant de l’intérieur, qui est devenu ministre de l’Intérieur

    Les fidèles de Kainerugaba disent de lui qu’il est humble en privé et qu’il a la dent dure avec la corruption qui a gangrené le gouvernement de son papa. Ils soutiennent qu’il est l’homme de la situation pour un transfert pacifique du pouvoir politique, un événement que la nation n’a pas connu depuis son indépendance, en 1962. L’Ouganda n’est pas le pays du terrible dictateur Idi Amin Dada pour rien. Un règne de plomb, de 1971 à 1979, ça laisse forcément des traces.

    Le futur président dont ses partisans disent beaucoup de bien est le même qui a menacé publiquement de décapiter Bobi Wine, candidat à la présidence et principal opposant. C’est le même qui a déclaré que l’opposant Kizza Besigye, derrière les barreaux pour des accusations fallacieuses de trahison, devrait être pendu « en plein jour » pour avoir comploté contre Museveni.

    Le chef de l’armée est tellement impétueux que son père a dû l’écarter de ses fonctions militaires en 2022 quand il menaça sur X de s’emparer en 2 semaines de la capitale kényane, Nairobi,  C’est cet homme qui prendra les rênes de l’Ouganda prochainement. Un seul haut responsable du parti présidentiel a osé s’y opposer publiquement…

    Kahinda Otafiire, général de division à la retraite et compagnon de lutte de Museveni lors du coup d’Etat de 1986, a demandé à Kainerugaba de conquérir le pouvoir par ses succès politiques et non par népotisme. « Si vous dites que le fils d’un tel doit succéder à son père, son propre fils voudra aussi succéder à son grand-père. On aura alors le Sultan n° 1, le Sultan n° 2, et toute l’essence de la démocratie, pour laquelle nous avons combattu, sera perdue« , a dit Otafiire.

    « Qu’il y ait une concurrence loyale, y compris du général Muhoozi. Qu’il prouve aux Ougandais qu’il est capable, non pas en tant que fils de Museveni, mais en tant que Muhoozi, compétent pour diriger le pays« , a-t-il ajouté. Ces propos ont été tenus il y a quelques mois sur la chaîne NBS, entre temps l’homme a été nommé ministre de l’Intérieur. Nul doute que le discours a changé, pour le général à la retraite aussi le vent a tourné, dans le bon sens.

     

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