Economie

Politique monétaire en Tunisie : mutations et adaptions

    La Banque centrale de Tunisie (BCT) trace actuellement les contours de l’instrument politique monétaire dans un environnement macroéconomique complexe, caractérisé par plusieurs défis.

    Ceux-ci tiennent à l’évolution de la croissance, les enjeux de la désinflation et les pressions externes persistantes. Après une phase prolongée de resserrement, l’institut d’émission a amorcé un assouplissement, réduisant progressivement son taux directeur pour répondre à des contraintes structurelles tant internes qu’externes.

    Ajustements multidimensionnelles

    Lors de sa réunion du 11 février 2026, la BCT a confirmé le taux directeur à 7%, privilégiant une vision prudente de l’évolution de l’inflation et des risques externes, dans un contexte où les grandes banques centrales internationales maintiennent également un statu quo monétaire.

    Les ajustements du corridor monétaire (taux de facilité de prêt et de dépôt à 24 heures) suivent cette tendance pour assurer la cohérence du dispositif de transmission (lending à 8%, dépôt à 6%, rémunération minimale de l’épargne à 6%).

    Sous ce même angle, l’inflation globale continue de baisser, passant d’approximativement 7% en 2024 à environ 4,8-5,4% en 2025-2026, reflétant d’une part, une modération des prix administrés et des produits frais, mais aussi une lente progression de l’inflation sous-jacente.

    Ce profil d’inflation, bien qu’en baisse, présente une composante sous-jacente qui reste robuste ce qui représente un signal que la dynamique des prix n’est pas encore totalement désancrée, et que l’assouplissement monétaire demande un calibrage fin pour éviter un rebond inflationniste.

    Effets de transmission et économie réelle

    Les données macroéconomiques pour 2025 montrent une croissance modérée (2,4 % au troisième trimestre), en retrait par rapport aux trimestres précédents.

    Dans ce contexte, les décideurs monétaires doivent arbitrer entre le soutien à la croissance et le risque inflationniste, tout en tenant compte de l’efficacité limitée de la transmission monétaire dans une économie où les marges de manœuvre budgétaires et les capacités d’investissement privé restent relativement contraintes.

    Sur le plan extérieur, le déficit courant s’est élargi, bien que compensé partiellement par les flux des revenus migratoires et les recettes touristiques. Les réserves de change ont enregistré une amélioration modérée, couvrant désormais plus de 100 jours d’importations, renforçant légèrement la résilience externe.

    Cette configuration externe tempère l’espace monétaire disponible : une politique trop accommodante pourrait peser sur le dinar et accentuer le déséquilibre commercial, alors qu’un resserrement trop marqué risque de freiner davantage l’activité économique.

    Toutefois, un point technique est souvent souligné du fait de la marge de transmission limitée entre le taux directeur et les conditions financières réelles dans l’économie. Les écarts persistants entre le taux interbancaire, les taux de prêt effectifs et les conditions d’accès au crédit pour les entreprises et les ménages signalent des rigidités structurelles.

    Une réduction du taux directeur n’implique pas systématiquement une baisse proportionnelle des coûts de financement dans l’économie réelle constituant, ainsi, un frein principal à un redressement robuste de l’investissement privé.

    La BCT navigue entre plusieurs contraintes

    A cet effet, la BCT navigue entre plusieurs contraintes : l’ancrage de l’inflation, les besoins de croissance, la position externe et les rigidités structurelles du système financier. Dans ce cadre, le maintien d’un taux directeur accommodant mais prudent (7%) s’apparente à un arbitrage optimal compte tenu des données actuelles, tout en conservant la flexibilité nécessaire pour répondre à des chocs externes ou internes imprévus dans l’année à venir.

    L’enjeu principal reste la capacité à renforcer la transmission monétaire, à élargir l’accès au crédit productif et à renforcer la coordination entre politique monétaire, politique budgétaire et réformes structurelles constituant inéluctablement des aspects indispensables pour soutenir une reprise plus durable de l’économie nationale.

    Contextualisation de la politique monétaire tunisienne

    Pour mieux situer la politique monétaire tunisienne dans le contexte mondial des économies émergentes, il est instructif de comparer quelques taux directeurs récents en 2026 :

     Tunisie : 7% (taux directeur) après une réduction de 50 points en décembre 2025, avec ajustement du corridor monétaire (prêt à 8%, dépôt à 6%) pour assurer la cohérence de transmission ;
     Afrique du Sud : ≈ 6,75% (fin 2025) ;
     Mongolie : ≈ 12% (mars 2025) ;
     Pakistan : ≈ 10,50% (fin 2025) ;
     Turquie : ≈ 37% (taux officiel très élevé en raison d’une inflation structurellement forte).

    Cette comparaison illustre l’hétérogénéité des politiques monétaires dans les pays émergents : certaines économies maintiennent des taux élevés pour enrayer une inflation persistante ou protéger une devise fragile (Turquie), tandis que d’autres ont des niveaux intermédiaires reflétant des arbitrages différents sur croissance et inflation (Afrique du Sud, Pakistan). La Tunisie se positionne dans la moitié inférieure de cette gamme, reflétant sa stratégie de soutien à la croissance tout en cherchant à ancrer l’inflation.

    Les raisons de ces divergences sont multiples. Au fait, dans les pays avec inflation élevée ou désancrée (cas de la Turquie), les autorités monétaires mettent en place des taux directeurs très élevés pour restaurer la crédibilité et stabiliser la monnaie.

    Dans d’autres économies émergentes moins exposées à des pressions inflationnistes fortes ou avec des cadres institutionnels de ciblage d’inflation, les taux restent plus modérés ou ajustés progressivement selon l’évolution du cycle économique.

    Cette comparaison souligne l’importance du cadre institutionnel, du statut de la banque centrale, et des canaux de transmission monétaire pour déterminer à la fois le niveau et l’efficacité des taux directeurs adoptés.

    Commentaires

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