De plus en plus d’Américains, et en particulier des familles, envisagent sérieusement de quitter les États-Unis pour s’installer à l’étranger. En cause, un sentiment d’insécurité grandissant, alimenté par la multiplication des violences armées, y compris celles impliquant des agents chargés de faire respecter la loi, dans un contexte de recul perçu de certains droits sociaux et civiques.
Dans une tribune publiée par le New York Times, la journaliste et écrivaine américaine Jessica Gross s’est penchée sur ce phénomène en donnant la parole à des citoyens qui envisagent l’exil. Elle souligne notamment que les femmes américaines âgées de 15 à 44 ans constituent aujourd’hui la catégorie la plus encline à vouloir quitter durablement les États-Unis. Selon un sondage de l’institut Gallup cité dans l’article, 40 % des femmes de cette tranche d’âge disent souhaiter émigrer.
Interrogeant directement ses lecteurs, la journaliste relève que les motivations évoquées vont bien au-delà d’un simple désir de changement de vie. Si le recul des droits des femmes, des migrants et d’autres groupes sociaux est régulièrement mentionné, c’est surtout la banalisation de la violence armée qui revient comme facteur déclencheur majeur. De nombreux témoignages font état d’une peur quotidienne, nourrie aussi bien par les fusillades commises par des civils que par celles impliquant des forces de l’ordre.
Les chiffres cités sont particulièrement marquants. En 2025, les États-Unis ont enregistré un nombre de fusillades de masse supérieur au nombre de jours dans l’année. La même année, 75 fusillades ont eu lieu dans des établissements scolaires, faisant des dizaines de morts. Le pays affiche par ailleurs l’un des taux de mortalité par arme à feu les plus élevés au monde, y compris parmi les pays à revenu élevé. Cette surmortalité touche de manière disproportionnée les enfants, les adolescents et les femmes, mais aussi les citoyens afro-américains et les Amérindiens, identifiés comme les groupes les plus exposés au risque de décès par violence armée.
Jessica Gross revient également sur une vague de violences survenue en décembre dernier, qu’elle qualifie de particulièrement choquante. Parmi les faits marquants figurent une fusillade à l’université Brown, dans l’État de Rhode Island, ainsi que la mort de Renée Nicole Goud, mère de trois enfants, tuée par des agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) à Minneapolis, dans le Minnesota.
La journaliste critique vivement l’attitude de certains responsables politiques élus, visant sans les nommer le président Donald Trump et plusieurs membres de son administration. Elle leur reproche de privilégier la diffusion d’informations trompeuses, la minimisation des faits et la stigmatisation des victimes, plutôt que de s’attaquer aux causes profondes de la violence armée.
L’article relate également des parcours individuels. Celui d’Imani Bashir, écrivaine américaine, qui a décidé avec son mari de quitter les États-Unis afin de protéger leur fils noir et de l’élever dans un environnement qu’ils jugent plus sûr. Ou encore celui d’un ancien militaire travaillant pour le gouvernement fédéral et de son épouse, professeure d’université, qui ont passé plusieurs mois en Europe avec leur enfant dans le cadre d’une année sabbatique. Tous décrivent un apaisement immédiat, affirmant que l’angoisse permanente liée à la violence, omniprésente aux États-Unis, s’est totalement dissipée durant leur séjour à l’étranger.
De nombreux lecteurs interrogés confient ainsi avoir le sentiment d’être encerclés par la violence et de ne plus avoir d’autre choix que de partir pour préserver leur sécurité et celle de leurs proches.
Jessica Gross nuance toutefois ce constat par une réflexion personnelle. Elle reconnaît comprendre les raisons qui poussent certains Américains à envisager l’exil, tout en rappelant que, statistiquement, le risque de mourir dans un accident de la route reste supérieur à celui de succomber à une fusillade aléatoire ou à une attaque armée dans une école. Mais elle admet aussi que l’accumulation des drames rend cet argument de plus en plus difficile à intégrer émotionnellement.
Elle confie enfin qu’après avoir appris la fusillade sur le campus de l’université Brown, où elle a étudié, elle a elle-même passé l’heure suivante à rechercher des informations sur les études universitaires en Europe. Pendant quelques jours, elle s’est convaincue que l’avenir de ses filles serait peut-être plus sûr ailleurs qu’aux États-Unis, illustrant ainsi un malaise devenu profondément ancré dans la société américaine.
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