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Pourquoi « Shérif » Trump a tiré sur Maduro, pourquoi pas Poutine, Xi, Kim Jong-Un…?

Pourquoi « Shérif » Trump a tiré sur Maduro, pourquoi pas Poutine, Xi, Kim Jong-Un…?

     

    L’ambassadeur d’Algérie au Liban a dit du président américain que c’est un «cowboy» et que sa place est dans «un hôpital psychiatrique», ça lui a coûté son poste. Kamel Bouchama a mis son pays dans l’embarras, certaines choses ne se disent pas quand on est un diplomate de son rang. Mais force est de constater que Son Excellence a raison. Peut-on appeler autrement un président qui va cueillir un autre président dans son lit, en compagnie de son épouse, à 3h du matin, pour l’extrader et le conduire directement à la case prison d’où il ne sortira que dans plusieurs décennies, dans le meilleur des cas ?

    « Nous ne verserons pas une larme sur Maduro », mais…

    Donald Trump est plus qu’un « cowboy« , dans le genre c’est un « Shérif« ,  un homme à qui l’étoile plantée sur son veston donnait tous les droits – de vie et mort – en matière d’application de la loi. Le « far west » où la seule assurance vie était de dégainer et tirer plus vite que son ombre est sous nos yeux, en 2026, ressuscité et revendiqué fièrement par le « gendarme du monde ». La force brute comme l’unique moyen de régler ses problèmes et ceux de la planète.

    Entendons-nous bien : comme l’a dit Premier ministre britannique, Keir Starmer, « nous ne verserons pas une larme » sur le sinistre ex-président vénézuélien, l’autocrate Nicolas Maduro, qui a truqué élection après élection, brimé sa population et martyrisé ses opposants, détourné massivement les recettes de son pays pour arroser son clan et les caciques de l’armée afin qu’ils l’aident à couper toutes les têtes qui dépassent, etc. Soit. Mais que fait-on du Droit international ? Que fait-on de la légalité internationale ?

    Vous me direz que toute cette tirade est un peu surannée, que toutes ces notions ont été enterrées par les USA quand ils sont allés déboulonner Saddam Hussein en Irak en 2003, alors que la communauté internationale disait Non et que partout dans le monde on protestait dans la rue, par millions. Le cataclysme qui a suivi cette opération – et qui n’est d’ailleurs pas terminé – n’a pas empêché le président Barack Obama de rééditer en Libye les erreurs tragiques de Georges W. Bush…

    Et maintenant Trump au Venezuela. En plus il menace déjà la Colombie et jette un oeil inquiétant sur celui qui tient tête aux tout-puissants Etats-Unis depuis le désastre du débarquement de la baie des Cochons, en 1961 : Cuba. Tout est dit dans les 33 pages très polémiques sur la « Stratégie de sécurité nationale » : Washington veut redevenir la seule voix qui compte en Amérique et Trump s’en donnera les moyens.

    Le fond du problème c’est ça : des enjeux géostratégiques couplés à de gros intérêts économiques. C’est aussi trivial que ça. Tout le reste n’est qu’habillage et enfumage pour faire face à une opposition, américaine d’abord, qui gronde déjà et demande des comptes. Trump avait clamé que son « opération spéciale » était une merveille militaire et technique, qu’elle n’a fait aucun mort ; il voulait peut-être parler des agents de la Delta force…

    Les mensonges éhontés de la Maison-Blanche

    Des victimes il y en a, une quarantaine, dont principalement les éléments de la garde rapprochée de Maduro, liquidés froidement dit-on après avoir paralysé tous les systèmes de communication et réduit en cendres le peu de systèmes défense aérienne. Tout ça sans doute avec des complicités internes. Une récompense de 50 millions de dollars pour la capture du Chef ça crée forcément beaucoup de vocations de traîtres et délateurs.

    Le secrétaire d’Etat Marco Rubio a défendu devant les médias que c’était une simple « opération de police« , une « arrestation« , avec l’armée en appui pour protéger la vie des agents, et que par conséquent il n’est pas nécessaire de solliciter l’aval du Congrès. A ce qu’on sache une opération de police ne se termine pas par la gestion directe d’un pays ou le choix de ses dirigeants. Trump est même allé jusqu’à dire qu’aucun membre du régime de Maduro n’assurerait l’intérim…

    Le républicain a dû reculer face à la réalité : à moins d’envoyer son armée pour occuper le Venezuela et imposer des dirigeants il est illusoire de tenter de gérer effectivement les affaires du pays. Donc il se contentera de menacer la vice-présidente Delcy Rodríguez d’un sort encore plus funeste – la mort ? – que celui de Maduro si elle ne file pas droit. Entendez par là si elle ne veille pas sur les intérêts de Washington.

    Officiellement Trump a frappé pour décapiter le réseau de narcotrafic qui décime la jeunesse américaine. Mais à ce qu’on sache le Venezuela n’est que le passeur, le producteur c’est la Colombie. La logique voudrait que l’US Army tape d’abord sur les cartels en Colombie. Ça viendra peut-être mais le moins qu’on puisse dire est que l’argumentaire est plus que suspect. Par ailleurs 70% de la drogue qui inonde les quartiers américains, le fentanyl, est produit en Chine. Quand est-ce que Trump frappera chez Xi Jinping ?

    Le président américain et ses ministres nous serinent qu’ils ont débarrassé les Vénézuéliens de leur affreux dictateur, de celui qui confisquait leurs libertés et leur bouchait tous les horizons. Mais en la matière le président russe, Vladimir Poutine, n’est pas mal non plus. Idem pour le président chinois, Xi Jinping. Et que dire du bouillant leader nord-coréen, Kim Jong-Un. Pourquoi Trump ne libère pas tous ces pays ?

    Si Maduro avait la bombe atomique il ne serait jamais tombé

    Le président américain ne bougera pas le petit doigt chez ses vrais adversaires parce que tous ces Messieurs sont assis sur des arsenaux nucléaires. Si l’ancien président yougoslave Slobodan Milosevic avait la bombe atomique Bill Clinton ne serait pas allé le cueillir pour qu’il paye ses crimes contre l’humanité devant le Tribunal pénal international. Si Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi avaient l’arme nucléaire ils ne seraient jamais tombés. Même chose pour Maduro.

    Ce que Trump a fait dans la nuit du 2 janvier est le pire qui pouvait arriver à l’Humanité. Poutine, Xi et Kim Jong-Un savent qu’ils sont définitivement à l’abri de toute intervention extérieure pour les déloger, mais ça ne les empêchera pas de s’armer davantage – des armes atomiques. Tous les autocrates de la planète, terrifiés par le sort de Maduro, se crisperont davantage et serreront encore plus les sangles autour de leurs populations…

    Les idéaux démocratiques que claironnent Trump et ses sbires n’ont rien à gagner dans ce qui ce qui s’est passé au Venezuela, bien au contraire. L’enterrement en première classe du Droit international est la première funeste nouvelle de 2026, il y en aura beaucoup d’autres, en Ukraine, à Taïwan et ailleurs dans le monde. Après ce qu’elle a fait la Maison-Blanche ne peut plus rien professer en termes de respect de la légalité internationale.

    C’est peut-être pour ça que Moscou et Pékin ont fait le service minimum sur la condamnation de l’enlèvement de Maduro, leur solide allié. Certes le Kremlin perd encore la face, après la débâcle en Syrie ; mais après le front que Trump a ouvert en Amérique latine il y a des chances qu’il mette moins de pression sur Poutine sur le dossier ukrainien.

    Les Chinois aussi perdent gros, avec 80% des exportations vénézuéliennes – principalement du pétrole – qui filaient chez eux. Mais Pékin aussi prépare sa revanche du côté de Taïwan et les USA pourront difficilement moufter après ce qu’ils ont fait à Maduro.

    Le pétrole, les premières réserves mondiales… C’est finalement tout ce qu’on retiendra de l’intervention de Trump devant les médias. Il n’a même pas pu se retenir devant la presse. S’il a laissé le régime de Maduro en place c’est aussi pour ça : assurer la stabilité politique pour que les compagnies américaines viennent pomper en toute sécurité. Eloigner le spectre de la nationalisation, comme en 2001, c’est cela le boulot de Mme Rodríguez…

    C’est la condition pour convaincre les ténors américains d’investir un paquet de milliards de dollars dans les hydrocarbures vénézuéliens. C’est le bruit de fond de tout ce tintamarre autour de Maduro : Une affaire de gros sous. De toute évidence Trump n’en sort pas grandi , les Etats-Unis d’Amérique n’en sortent pas grandis.

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