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Kaliningrad : Poutine brandit la menace nucléaire, l’OTAN « pas inquiète » mais sur ses gardes

Vladimir Poutine a averti que la Russie pourrait recourir à l’ensemble de son arsenal, y compris nucléaire, en cas d’attaque contre son territoire, citant explicitement Kaliningrad. L’OTAN appelle Moscou à mettre fin à ses menaces nucléaires, tandis que plusieurs pays européens, dont le Danemark et l’Allemagne, renforcent leur posture face au risque russe.

Vladimir Poutine a de nouveau placé la menace nucléaire au centre de son bras de fer avec l’Occident. Lors du forum de Valdaï à Moscou, jeudi 1er octobre, le président russe a affirmé que toute attaque directe contre la Russie pourrait conduire Moscou à utiliser « toutes les armes » dont elle dispose.

Le dirigeant russe faisait notamment référence à Kaliningrad, enclave russe hautement militarisée située sur la mer Baltique entre la Pologne et la Lituanie, deux pays membres de l’OTAN.

« S’il s’agit d’une attaque directe contre la Fédération de Russie — dans ce cas, nous parlons de Kaliningrad, et peut-être d’autres territoires — la question de l’utilisation de toutes les armes dont dispose notre pays sera inévitablement et immédiatement à l’ordre du jour », a déclaré Poutine.

Sa déclaration intervient après des exercices militaires menés par l’OTAN à proximité de Kaliningrad, que l’Alliance présente comme des manœuvres défensives destinées à renforcer sa dissuasion dans la région — mais que Moscou a dénoncés dès la fin septembre comme une provocation.

La menace nucléaire explicitement évoquée

Poutine n’a laissé que peu d’ambiguïté sur la nature de cet arsenal.

Évoquant un éventuel affrontement avec l’OTAN, il a reconnu que la France et le Royaume-Uni disposent eux aussi de l’arme nucléaire, tout en affirmant que la Russie bénéficie d’avantages dans certains systèmes militaires et possède des armes que les autres pays n’ont pas.

Il a également évoqué le risque que les armes nucléaires finissent un jour par être utilisées, comparant la situation à la célèbre règle théâtrale selon laquelle un fusil accroché au mur au début d’une pièce finit par tirer.

Dans le même temps, Poutine a assuré que Moscou « n’a l’intention d’attaquer personne » et souhaite, selon lui, coexister pacifiquement avec les pays européens.

Cette double argumentation — rejet d’un projet d’attaque russe contre l’Europe tout en rappelant la possibilité d’une riposte nucléaire — constitue désormais un élément récurrent du discours de Moscou.

Kaliningrad, nouveau point de tension

Les déclarations du président russe prolongent un avertissement officiel adressé à l’OTAN deux jours auparavant.

Dans une note diplomatique consultée par Reuters, Moscou accuse l’Alliance de suivre une trajectoire « dangereuse et irresponsable », porteuse selon elle d’un risque élevé de conflit armé direct, et affirme disposer d’informations selon lesquelles l’OTAN envisagerait d’isoler Kaliningrad par voie aérienne et maritime.

La Russie avertit qu’elle serait prête, dans cette hypothèse, à utiliser « l’ensemble de l’arsenal des forces et moyens à sa disposition, y compris les armes nucléaires ». Le document évoque également la possibilité de frappes contre des centres de décision situés dans des États membres de l’OTAN.

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a de son côté accusé plusieurs responsables de pays de l’OTAN de « russophobie » et d’une disposition à entrer en guerre contre Moscou.

L’OTAN affirme pour sa part qu’aucun de ses exercices ou de ses dispositifs militaires ne menace le territoire russe.

Kaliningrad occupe une position particulièrement sensible. Séparée du reste de la Russie, l’enclave abrite des installations navales, aériennes et des systèmes de missiles russes, dont des missiles Iskander capables d’emporter des charges nucléaires.

L’OTAN à Moscou : « Arrêtez les menaces nucléaires »

La réaction la plus directe est venue du secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte.

« Nous sommes une alliance défensive. Et arrêtez les menaces nucléaires. Ce n’est absolument pas nécessaire et ça n’aide en rien », a-t-il déclaré, avant d’appeler les Alliés à réagir avec calme.

Interrogé pour savoir si le risque d’un emploi d’armes nucléaires contre les pays baltes était désormais réel, Rutte a répondu sans détour : « Non, ce n’est pas le cas. » Il a ajouté que Vladimir Poutine savait qu’il ne pourrait jamais vaincre l’OTAN, et que c’est pour cette raison qu’il ne prenait pas cette menace « tellement au sérieux ».

Cette assurance affichée par Rutte tranche toutefois avec le ton employé en coulisses par certains responsables européens. Selon un haut responsable de la défense d’un pays européen, cité par la presse, c’est la première fois depuis la guerre froide que la Russie « nous menace de cette façon ».

Rutte estime par ailleurs qu’il n’existe actuellement pas de menace imminente d’une attaque russe contre le territoire de l’OTAN, et que cette évaluation n’a pas changé au cours des derniers mois. Il souligne cependant que l’Alliance continuera simultanément à soutenir l’Ukraine et à renforcer ses propres capacités militaires.

L’OTAN a parallèlement renforcé son flanc oriental. Neuf groupements multinationaux sont désormais déployés de la Finlande à la Bulgarie, et l’Alliance affirme avoir adopté ses plans de défense les plus importants depuis la fin de la guerre froide.

Danemark : le risque russe pris de plus en plus au sérieux

Le Danemark n’avait pas, au moment de notre vérification, publié de réponse spécifique à la phrase prononcée par Poutine à Valdaï.

Mais Copenhague vient de durcir fortement son évaluation de la menace russe.

Le 24 septembre, le renseignement militaire danois a estimé que la Russie devrait intensifier ses opérations hybrides contre l’OTAN et les pays occidentaux au cours des prochains mois. Les services danois évoquent notamment des cyberattaques destructrices, des actes de sabotage et même un risque « faible mais croissant » d’attaque militaire limitée contre un État de l’OTAN frontalier de la Russie.

Le ministre danois de la Défense, Jeppe Bruus, a alors averti que Moscou prenait « de plus en plus de risques » et pourrait chercher à tester la cohésion de l’Alliance.

La tension n’est pas seulement théorique.

Le 15 septembre, une frégate russe avait tiré deux fusées éclairantes à proximité d’un hélicoptère militaire danois qui la photographiait dans les eaux internationales. Selon Copenhague, l’une d’elles est passée à quelques mètres de l’appareil. Moscou a de son côté accusé le Danemark d’avoir effectué des manœuvres dangereuses.

Trois jours plus tard, le gouvernement danois annonçait l’accélération d’un paquet d’aide militaire à l’Ukraine d’environ 1,8 milliard de couronnes danoises, soit quelque 276 millions de dollars, en réponse notamment à cet incident.

Le 1er octobre, Mette Frederiksen a également défendu le développement au Danemark d’une usine du groupe ukrainien Fire Point, estimant que renforcer la production militaire ukrainienne revenait également à protéger le Danemark et l’Europe.

Allemagne : préparation à des attaques hybrides « graves »

En Allemagne aussi, le ton s’est durci.

Le chancelier Friedrich Merz a déclaré le 1er octobre que son pays se préparait à de nouvelles opérations hybrides russes, y compris potentiellement « graves ».

Berlin accuse notamment Moscou de mener ou de soutenir des opérations de sabotage, des cyberattaques et des actions impliquant des drones. La Russie rejette ces accusations.

Merz a affirmé vouloir, à terme, retrouver des relations « stables et prévisibles » avec Moscou, mais à condition que la Russie mette fin à la guerre en Ukraine et aux opérations hybrides visant l’Europe.

Une escalade verbale qui augmente le risque d’erreur de calcul

La confrontation ne signifie pas qu’une guerre directe Russie-OTAN soit considérée comme imminente.

Mark Rutte insiste précisément sur ce point : selon l’évaluation actuelle de l’Alliance, une attaque russe importante nécessiterait des préparatifs militaires visibles en amont.

Mais la multiplication des incidents en mer Baltique, des accusations de sabotage, des violations ou incursions aériennes et désormais des références répétées à l’arme nucléaire augmente le risque qu’un incident local provoque une escalade beaucoup plus importante.

Poutine a lui-même reconnu ce danger à Valdaï, avertissant que l’enchaînement de mesures et de représailles toujours plus dures pouvait conduire rapidement à un « point de non-retour ».

La différence fondamentale reste l’interprétation de l’origine de cette escalade : Moscou affirme répondre à une pression militaire occidentale croissante autour de la Russie, matérialisée selon elle par les exercices de l’OTAN près de Kaliningrad ; l’OTAN affirme au contraire que ses dispositifs sont défensifs et qu’ils ont été renforcés en réponse à la guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine et aux activités russes visant ses membres et partenaires.

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