L’universitaire et expert en économie Amine Ben Gamra a affirmé, ce mercredi 11 février 2026, dans une déclaration à Tunisie Numérique, que le citoyen tunisien fait face à des difficultés croissantes en raison de la hausse du coût de la vie. Il a souligné que le pouvoir d’achat continue de s’éroder depuis le début de l’année, précisant que plus des deux tiers des familles tunisiennes rencontrent aujourd’hui d’importantes contraintes financières, et ce malgré un taux d’inflation officiel jugé encore modéré.
Une perte de pouvoir d’achat alimentée par l’inflation et la faiblesse du dinar
Selon l’économiste, cette dégradation s’explique notamment par la hausse des prix, la dépréciation du dinar, qui renchérit le coût des produits importés, ainsi que par la stagnation des salaires et le retard dans le versement des augmentations. Autant de facteurs qui accentuent la pression sur les ménages.
Amine Ben Gamra indique que, d’après les analystes, le revenu annuel moyen par habitant ne dépasse pas 10.000 dinars, alors qu’une famille de quatre personnes aurait besoin d’environ 5.000 dinars par mois pour couvrir ses dépenses. Dans ce contexte, de nombreux foyers ne parviennent plus à satisfaire leurs besoins essentiels, ce qui les contraint parfois à sacrifier des postes fondamentaux comme la santé ou l’éducation.
Un pouvoir d’achat en recul à l’échelle africaine
Comparant la situation tunisienne à celle de la France, l’expert souligne que si le coût de la vie en Tunisie est inférieur de 56 %, le pouvoir d’achat local reste plus faible de 68 %. Une réalité qui limite fortement la capacité des ménages à absorber la hausse des prix.
Il ajoute que le pouvoir d’achat tunisien occupe désormais la neuvième position en Afrique, avec un indice estimé à 25,7 %, plaçant le pays derrière le Maroc et la Libye, autrefois proches de la Tunisie sur ce plan, selon plusieurs rapports officiels.
Pour Ben Gamra, ces indicateurs témoignent clairement de l’ampleur de la cherté de la vie et de l’érosion du revenu réel. Il appelle ainsi les autorités à faire preuve de transparence quant aux données économiques, notamment celles liées à l’inflation, et à agir rapidement pour faire face à cette situation.
Des mesures urgentes pour freiner l’inflation
L’économiste propose, en priorité, le gel des prix de certains produits alimentaires, comme la pomme de terre, sur la base d’études menées par l’Institut national de la statistique afin de permettre au ministère du Commerce de prendre les décisions appropriées. Il préconise également un renforcement du soutien aux produits de base et une intervention accrue de l’État pour réguler les prix et limiter les hausses excessives.
Par ailleurs, Ben Gamra insiste sur la nécessité d’augmenter les salaires, conformément aux dispositions de la loi de finances 2026, tout en relevant que ni les taux ni le calendrier de ces augmentations n’ont encore été définis. Cette incertitude s’explique notamment par les difficultés de financement, aggravées par l’arrêt des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI), ce qui rend indispensable la mobilisation de nouvelles ressources.
Relancer l’investissement pour soutenir la croissance
L’universitaire appelle également les banques à faciliter l’accès des citoyens aux crédits à la consommation et plaide pour un meilleur contrôle de la liquidité circulant en dehors des circuits officiels.
En conclusion, Amine Ben Gamra estime que la priorité actuelle consiste à encourager l’investissement privé, moteur potentiel de croissance, de création d’emplois et de richesse, susceptible à terme de réduire l’inflation. Il invite aussi l’État à redynamiser l’investissement public et à rechercher des financements extérieurs afin de soutenir le secteur privé et de renforcer la production nationale.
Que se passe-t-il en Tunisie?
Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!