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Prix des œufs : la Tunisie parmi les moins chers, mais une souveraineté à sécuriser

    Dans un contexte où le pouvoir d’achat et les prix alimentaires sont scrutés à la loupe, l’œuf reste l’un des produits de base les plus sensibles. Riche en protéines et présent dans l’alimentation quotidienne, il est un bon indicateur du coût de la vie.

    En comparant le prix moyen d’une douzaine d’œufs en Tunisie avec plusieurs pays (France, Maroc, Allemagne, Canada, Royaume-Uni, États-Unis), la Tunisie apparaît parmi les marchés les moins chers au monde – mais cette apparente “bonne nouvelle” cache un enjeu stratégique : la souveraineté de toute la filière avicole.

    Combien coûte une douzaine d’œufs selon les pays ?

    Les chiffres ci-dessous proviennent de bases de données internationales sur le coût de la vie, de statistiques publiques et de sites spécialisés actualisés fin 2025. Ils restent des moyennes indicatives, mais permettent de situer l’ordre de grandeur.

    Les prix sont exprimés en monnaie locale, avec l’équivalent approximatif en euros, puis classés par ordre croissant selon le prix en euros.

    Pays Prix moyen pour 12 œufs (monnaie locale) Prix estimé pour 12 œufs (en €)
    Tunisie 5,61 TND 1,64 €
    Maroc 17,82 MAD 1,66 €
    Royaume-Uni 1,48 GBP 1,69 €
    Allemagne 1,82 € 1,82 €
    États-Unis 3,49 USD 3,00 €
    Canada 4,94 CAD 3,07 €
    France 4,25 USD (≈ 12 œufs) 3,65 €

    Ces montants montrent qu’en prix “brut” converti en euros, la Tunisie, le Maroc, le Royaume-Uni et l’Allemagne restent dans une même zone de prix (entre 1,6 et 1,8 € la douzaine), alors que les États-Unis, le Canada et surtout la France se situent nettement plus haut, autour de 3 à 3,6 €.

    Si l’on reconvertit ces montants en dinar tunisien, une douzaine d’œufs équivaut en moyenne à environ 5,6 TND en Tunisie, contre autour de 5,6–5,8 TND au Maroc et au Royaume-Uni, près de 6,2 TND en Allemagne, plus de 10 TND au Canada et aux États-Unis, et plus de 12 TND en France pour une douzaine standard.

    Pouvoir d’achat : un prix bas… mais à relativiser

    Vu de loin, ces chiffres peuvent donner l’impression que la Tunisie est “gagnante” : les œufs y sont parmi les moins chers du panel étudié. Mais ce constat doit être relativisé :

    • Les salaires moyens restent beaucoup plus faibles en Tunisie que dans les pays du Nord.

    • La part de l’alimentation dans le budget des ménages tunisiens est beaucoup plus élevée.

    • Le moindre choc sur les prix (alimentation du bétail, énergie, transport, maladie aviaire) se répercute rapidement sur les consommateurs.

    Autrement dit, le Tunisien paie ses œufs moins cher en valeur absolue, mais reste plus exposé aux variations et aux tensions de la filière. Cela renforce la question centrale : qui contrôle réellement la chaîne de production ?

    La filière avicole, un enjeu de souveraineté alimentaire

    Derrière le prix d’un œuf se cache une industrie complexe : élevages, couvoirs, alimentation animale, génétique, transport, transformation, distribution. La Tunisie dispose d’une filière avicole structurée et relativement performante, qui a permis de maintenir un prix accessible pour les ménages, malgré les chocs internationaux.

    Mais un maillon reste particulièrement sensible : celui des “poulets grands-parents” – c’est-à-dire les lignées génétiques importées qui servent de base pour produire les reproducteurs, puis les poules pondeuses et les poulets de chair.

    Lorsque ces “grands-parents” sont entièrement importés, le pays dépend :

    • des décisions commerciales et sanitaires des grands groupes mondiaux,

    • de l’évolution des devises et des coûts de transport,

    • des aléas géopolitiques (embargos, restrictions, crises sanitaires, etc.).

    Un blocage sur ce segment peut, en quelques mois, désorganiser toute la filière, avec à la clé une hausse brutale des prix, voire des pénuries.

    Pourquoi la Tunisie doit investir dans les “poulets grands-parents”

    Pour garantir sa souveraineté alimentaire et sécuriser des produits de base comme l’œuf, la Tunisie a tout intérêt à :

    • Renforcer l’investissement dans la filière avicole locale, de l’amont génétique jusqu’à la commercialisation.

    • Travailler à la mise en place ou au développement de capacités nationales autour des lignées de “poulets grands-parents”, en partenariat avec des acteurs internationaux mais avec un vrai contrôle local.

    • Diversifier les sources d’approvisionnement génétique, afin de ne pas dépendre d’un seul pays ou d’un seul fournisseur.

    • Soutenir les couvoirs, les éleveurs et les industriels par des politiques de financement, de formation et de recherche (santé animale, nutrition, productivité, bien-être).

    En sécurisant ce maillon stratégique, la Tunisie se donne les moyens de :

    • stabiliser les prix intérieurs des œufs et de la volaille,

    • protéger les consommateurs contre les chocs extérieurs,

    • préserver des milliers d’emplois ruraux et industriels,

    • et renforcer sa souveraineté alimentaire, qui devient un enjeu sécuritaire autant qu’économique.

    Au-delà du comparatif : un choix de modèle

    Que le prix d’une douzaine d’œufs soit de 5,6 dinars à Tunis ou de l’équivalent de 12 dinars à Paris est une information intéressante pour la comparaison internationale. Mais pour la Tunisie, le vrai sujet est ailleurs : assurer dans la durée un œuf accessible, sûr et produit localement, sans dépendance critique à l’importation de génétique avicole.

    Investir dans la filière, intégrer le maillon des “poulets grands-parents” et sécuriser la chaîne de valeur ne sont pas de simples choix techniques. Ce sont des décisions de politique publique et de souveraineté, qui conditionneront le pouvoir d’achat, la sécurité alimentaire et la résilience du pays face aux crises à venir.

    Commentaires

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