Qu’est devenu le Pacte de paix entre la République démocratique du Congo (RDC) et son encombrant voisin, le Rwanda, accusé par la RDC et l’ONU d’armer les rebelles sanguinaires du M23 ? L’insurrection continue de semer l’insécurité dans des pans entiers de cet immense pays (la 2e superficie en Afrique, 2 345 409 km²). Le président rwandais, le très populaire – chez lui – Paul Kagame, a mis la main dans ce conflit pour s’emparer de ressources minières qu’il n’a pas. Le président américain, Donald Trump, avait réuni à Washington Kagame et son homologue congolais, Félix Tshisekedi, au nom de la paix.
Formellement le document avait été signé, en décembre dernier ; aussitôt Trump l’avait qualifié de «grand miracle» et classé parmi les 8 guerres qu’il prétend avoir stoppé. Un argument de plus pour faire valoir ses droits au Prix Nobel de la paix (d’après lui il mérite même un prix pour chaque conflit arrêté). Mais tout le monde savait que l’accord était factice, d’ailleurs quelques jours après sa signature les rebelles ont conquis une ville stratégique en RDC.
Le département d’État américain (ministère des Affaires étrangères) en est convaincu – et il n’est pas le seul : Kigali a encore une fois appuyé les éléments du M23 pour humilier le pouvoir central. Il faut croire que les agissements de Kagame ont fini par arriver aux oreilles du président Trump, même s’il est immergé dans sa guerre en Iran. Le Rwanda ne peut pas, ne doit pas ruiner sa communication sur la Paix qu’il apporte dans le monde. Alors la punition tombe.
Washington a fait savoir hier lundi 2 mars qu’il impose des sanctions à l’armée rwandaise, accusée d’avoir foulé au pied l’accord signé avec la RDC. C’est une décision spectaculaire au regard du statut de partenaire clé accordé à Kagame par les USA. Ces derniers ciblent la Force de défense rwandaise (RDF) et 4 officiers, dont le chef d’état-major de l’armée, Vincent Nyakarundi…
Ils sont accusés d’être le principal moteur des conquêtes territoriales de la rébellion. «Le M23, une entité sanctionnée par les États-Unis et l’ONU, est responsable d’horribles violations des droits de l’homme, notamment d’exécutions sommaires et de violences contre des civils, y compris des femmes et des enfants», a asséné le porte-parole du département d’État, Tommy Pigott.
«Le soutien continu des RDF et de leurs hauts responsables a permis au M23 de s’emparer du territoire souverain de la RDC et de poursuivre ces graves violations», a-t-il martelé dans un communiqué. «Comme l’a clairement indiqué le président Trump, les États-Unis sont prêts à utiliser tous les moyens à leur disposition pour veiller à ce que la RDC et le Rwanda respectent les promesses de cet accord historique», ajoute le document.
Pourtant le président américain ne tarissait pas d’éloges en direction de son homologue rwandais, un homme à poigne et dirigeant éclairé d’après la Maison Blanche. Ce qui le rendait encore plus sympathique aux yeux du républicain c’est qu’il ouvre la porte aux migrants expulsés par les États-Unis, comme Kagame voulait le faire pour le Royaume-Uni, un projet mort-né (la Cour suprême l’a tué dans l’oeuf).
Si Trump a aidé Kinshasa à calmer les prédateurs à ses portes c’était aussi pour sécuriser les intérêts américains (minerais essentiels et métaux critiques). Washington, qui a perdu beaucoup de terrain face à la Chine, ne peut pas se permettre de perdre ses positions dans un des pays les plus riches du continent. Les sanctions gèleront tous les avoirs que la RDF ou les 4 officiers planquent aux USA, toute transaction financière avec eux sera également criminalisée.
Kigali encaisse mal le coup et clame, comme à son habitude, qu’il n’a pas soutenu directement le M23. Pourtant il demande au gouvernement congolais de punir les militants hutus qui ont trempé dans le génocide de 1994 au Rwanda. Tout cela pour dire que sanctions américaines ou pas, ce conflit aux motivations très complexes n’est pas près de s’arrêter.
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