Une nouvelle vague de documents rendus publics par le département de la Justice américain dans le cadre des « fichiers Epstein » a mis au jour un enregistrement audio qualifié de sensible, réunissant l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak et le milliardaire américain Jeffrey Epstein, condamné pour crimes sexuels. Le contenu de cet échange, non daté, évoque des discussions autour d’un projet visant à faire venir un million de personnes issues des pays russophones vers Israël, dans l’objectif assumé de transformer en profondeur la structure de l’État.
Selon l’enregistrement, Ehud Barak affirme explicitement qu’Israël aurait besoin de « un million de Russes supplémentaires » pour provoquer un changement « extrêmement dramatique », non seulement sur le plan démographique, mais aussi dans les équilibres économiques et culturels du pays. L’ancien chef du gouvernement y soutient que la capacité d’absorption de l’État hébreu permettrait une telle opération « sans difficulté majeure », tout en soulignant que les conditions actuelles autoriseraient une sélection bien plus stricte que lors des vagues migratoires précédentes.
Le discours tranche nettement avec la rhétorique historique de l’accueil, centrée sur le sauvetage des populations juives en détresse. Dans cet échange, Barak insiste sur la possibilité pour Israël d’exercer une « sélectivité » accrue et de contrôler ce qu’il qualifie de « qualité » des nouveaux arrivants, arguant que le contexte géopolitique et socioéconomique n’est plus celui des décennies fondatrices.
L’enregistrement suggère également une volonté d’élargir les critères d’appartenance religieuse. Ehud Barak y évoque une certaine « flexibilité » dans la définition de l’identité juive, estimant que la pression sociale favoriserait l’intégration rapide des nouveaux migrants. Il va jusqu’à envisager un assouplissement des normes religieuses traditionnelles, y compris par la conversion, s’appuyant sur des références bibliques pour légitimer cette approche. L’ancien Premier ministre rappelle par ailleurs ses échanges passés avec le président russe Vladimir Poutine, soulignant que l’expérience de la grande vague migratoire des années 1990 — près d’un million de personnes issues de l’ex-URSS — avait déjà profondément remodelé l’économie et le paysage culturel israéliens.
La révélation a suscité des réactions immédiates. L’ancien grand rabbin de Moscou, Pinhas Goldschmidt, a ainsi déclaré sur la plateforme X se féliciter d’avoir contribué, lorsqu’il exerçait ses fonctions, à l’abandon de ce qu’il a qualifié de « projet insensé ».
Pour de nombreux observateurs, ce document risque de raviver des fractures internes majeures en Israël. D’un côté, il relance le débat sensible sur la définition de l’identité juive et sur la légitimité religieuse d’une partie des immigrés venus de l’ex-Union soviétique, laissant entendre que des considérations démographiques et politiques pourraient primer sur les critères spirituels. De l’autre, il accentue le malaise autour des tensions historiques entre les élites ashkénazes, d’origine européenne, et les communautés séfarades et mizrahim issues du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, dont l’exil forcé après la création de l’État s’est souvent déroulé dans des conditions précaires.
Le vocabulaire employé par Ehud Barak, notamment autour de la « qualité » des migrants, est perçu par certains analystes comme une dévalorisation implicite des vagues migratoires en provenance des pays arabes. Cette lecture alimente un sentiment ancien de marginalisation et renforce les récits dénonçant une hiérarchie culturelle et sociale au sein de la société israélienne.
Ces révélations s’inscrivent dans un contexte plus large : la publication, annoncée la semaine dernière par le vice-ministre américain de la Justice Todd Blanche, de plus de trois millions de nouveaux documents liés à l’affaire Epstein. Ce dernier, accusé d’avoir dirigé un réseau d’exploitation sexuelle de mineures, a été retrouvé mort dans sa cellule à New York en 2019, avant son procès, un décès qui continue d’alimenter de nombreuses spéculations. Les dossiers citent plusieurs figures internationales, dont Donald Trump, le prince britannique Andrew, Bill Clinton, Michael Jackson ou encore l’ancien gouverneur du Nouveau-Mexique Bill Richardson, ravivant un scandale aux répercussions politiques et symboliques mondiales.
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