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Royaume-Uni : vers la fin du “ticket en or” pour les réfugiés

    Le gouvernement britannique a annoncé ce week-end une série de mesures présentées comme « historiques » pour freiner les arrivées de migrants et réformer en profondeur le droit d’asile.

    Une décision hautement politique, alors que l’exécutif de Keir Starmer subit une pression croissante face à la montée fulgurante du parti anti-immigration de Nigel Farage.

    Un virage assumé : fin annoncée du « ticket en or »

    Shabana Mahmood, ministre de l’Intérieur, a expliqué que la générosité du système actuel « attire les migrants illégaux à travers la Manche ». Elle a promis de mettre fin à ce qu’elle appelle le « ticket en or », un dispositif qui permet aujourd’hui à un réfugié de s’installer définitivement au Royaume-Uni au terme de cinq ans, sans frais, et sans obligation d’avoir contribué auparavant au pays.

    Le gouvernement prévoit une réforme profonde :

    • la durée de protection sera réduite de cinq ans à 30 mois,

    • le délai pour demander la résidence permanente passera de cinq à 20 ans,

    • ceux qui souhaitent obtenir ce statut plus rapidement devront travailler ou étudier.

    Il s’agit d’un changement radical dans la philosophie de l’accueil des réfugiés au Royaume-Uni, où plus de 400.000 demandes d’asile ont été déposées depuis 2021, contre 150.000 sur la période 2011-2015.

    Restriction des aides sociales pour les demandeurs d’asile

    Autre mesure phare : la suppression de l’accès automatique aux aides sociales pour les demandeurs d’asile ayant le droit de travailler. Le gouvernement souhaite mettre fin à l’hébergement financé par l’État et aux allocations pour ceux qui, selon lui, « peuvent subvenir à leurs besoins, mais choisissent de ne pas le faire » ou enfreignent la loi.

    Cette réforme intervient alors que les demandes d’asile ont augmenté de 18 % en 2024 au Royaume-Uni, tandis qu’elles diminuaient de 13 % dans l’Union européenne sur la même période.

    Une pression politique et sociale de plus en plus forte

    Depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2024, Keir Starmer peine à endiguer les traversées de la Manche. Plus de 39.292 personnes ont déjà atteint les côtes anglaises depuis le début de l’année, un chiffre supérieur au total de 2024 (36.816).

    Le sujet attise les tensions sociales. Plusieurs manifestations ont eu lieu devant des hôtels accueillant des demandeurs d’asile, et une mobilisation de l’extrême droite a rassemblé jusqu’à 150.000 personnes à Londres en septembre.

    Face à cette atmosphère électrique, le gouvernement travailliste veut afficher une fermeté visible, au risque d’alimenter les critiques internes. L’aile gauche du Labour juge ces mesures contraires à l’esprit du parti et craint une fuite de son électorat traditionnel.

    Un modèle inspiré du Danemark

    Le ministère de l’Intérieur assume s’inspirer du modèle danois, considéré comme l’un des plus stricts d’Europe. Au Danemark, les réfugiés reçoivent un permis de séjour de deux ans renouvelable, et le retour au pays d’origine devient obligatoire dès que cesse le besoin de protection. Le regroupement familial, quant à lui, est soumis à des exigences strictes, notamment linguistiques.

    En reprenant ces lignes directrices, Londres espère envoyer un signal fort : plus de droits automatiques, davantage de conditions, et un accès plus limité au statut de résident permanent.

    Un pari politique sous haute tension

    La fin du « ticket en or » marque un tournant pour le Royaume-Uni. Mais ce virage intervient dans un contexte où Nigel Farage et son parti Reform dominent les sondages grâce à un discours sans concessions sur l’immigration. L’exécutif cherche désormais à reprendre la main, sans garantie de succès.

    Reste à savoir si ces mesures seront suffisantes pour freiner les arrivées et rassurer un électorat de plus en plus polarisé, ou si elles ouvriront la voie à un débat encore plus vif sur l’identité, l’accueil et la place des migrants dans la société britannique.

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