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Ajouter TN en tant que source préférée sur GoogleCombien de brut les raffineries russes traitent-elles encore après les frappes ukrainiennes ? Combien Moscou dépense-t-il vraiment pour sa guerre d’agression ? Combien de soldats russes y sont morts ? Le 28 septembre, Vladimir Poutine a signé un décret qui interdit de publier les données sur les raffineries et les exportations d’énergie. C’est la dernière pièce d’un verrouillage engagé dès 2022 : plus la guerre coûte cher à la Russie, moins le Kremlin laisse voir ce qu’elle coûte.
Un décret pour éteindre la lumière
Le texte interdit l’accès et la publication de tout détail des contrats d’export : volumes, prix, vendeurs, acheteurs, transporteurs, assureurs, terminaux de chargement, modalités de paiement, ainsi que l’usage des statistiques douanières. Il restreint aussi les volumes de pétrole traités et les produits fabriqués par chaque raffinerie. Seules les informations que les entreprises choisissent elles-mêmes de divulguer échappent à l’interdiction.
Moscou présente la mesure comme une riposte aux actions « inamicales » des États-Unis et de leurs alliés. L’objectif est de compliquer le contrôle du respect des sanctions. C’est la version officielle. Le calendrier en suggère une autre.
Un timing difficile à ignorer
L’Ukraine frappe méthodiquement les raffineries qui alimentent l’armée russe, au nom de la légitime défense. Le 21 septembre, son état-major affirmait avoir mis hors service plus de 45 % de la capacité nominale de raffinage russe. Ce chiffre n’a pas été vérifié de manière indépendante. Il reste une revendication de guerre, à traiter comme telle.
Mais d’autres signaux convergent. Une crise du carburant a éclaté en Russie en 2026, et le raffinage serait tombé à un plus bas de vingt ans selon diverses estimations. Le décret arrive à la fin du mois le plus dur pour le secteur depuis le début de la campagne. Coïncidence ? Les analystes ne se prononcent pas, et nous non plus. Mais quand un régime interdit de mesurer ses dégâts au moment précis où ils s’accumulent, la question se pose.
Quatre ans de verrouillage
Le décret n’invente rien, il prolonge.
- Mars 2022 : les banques sont autorisées à ne plus publier une partie de leurs comptes.
- Avril 2022 : le commerce extérieur détaillé disparaît des publications officielles.
- Mai-juin 2022 : l’exécution détaillée du budget n’est plus rendue publique.
- 2023 : Rosstat cesse de publier la production de pétrole.
- 2024 : la production de produits raffinés suit.
- 2025 : les statistiques démographiques mensuelles, précieuses pour estimer les pertes, se raréfient.
- 2026 : raffineries, exportations, prix, acheteurs et routes maritimes.
La guerre dont on cache la facture
Moscou affiche pourtant des ambitions record. Elle prévoit 17 100 milliards de roubles (environ 202 milliards de dollars) de dépenses de défense en 2027, soit 27 % de plus que prévu, et 50 000 milliards sur trois ans. Mais pour 2026, les 12 100 milliards initialement budgétés ne disent plus rien : la dépense réelle est classifiée et ne sera pas publiée.
Il y a une raison d’être discret. Le gouvernement a doublé sa prévision de déficit 2026 à 3,2 % du PIB, contre 1,6 % auparavant. Des hausses d’impôts sont annoncées pour 2027. Le secret protège contre les sanctions, mais il masque aussi une économie qui se tend.
Les morts, premier chiffre confisqué
Le silence le plus lourd est celui des pertes humaines. Moscou n’a plus annoncé de bilan depuis septembre 2022 : 5 937 morts.
Ce sont des journalistes qui ont pris le relais. La BBC en russe, Mediazona et des bénévoles avaient identifié au moins 258 989 militaires russes tués, noms vérifiés à l’appui. Entre le 11 et le 21 septembre, plus de 10 000 noms ont été ajoutés, notamment grâce à une liste fuitée de corps échangés entre les deux pays. Les auteurs rappellent que le bilan réel est sans doute nettement plus élevé. Chaque fermeture de série statistique rend ce travail de fourmi plus difficile.
Pour mémoire, l’Ukraine, elle, a publié un bilan de ses propres pertes, que chacun peut contester. Comme tout pays en guerre, elle garde secrètes certaines informations opérationnelles. La différence est de degré et de principe : Kyiv se défend et rend des comptes à ses alliés, Moscou attaque et ne rend de comptes à personne.
Ce que le décret change vraiment
Pour les Russes le décret ne prévoit aucune sanction en cas de violation. Cette zone d’ombre est elle-même un outil : médias, analystes et entreprises ne sauront pas ce qu’ils risquent, et beaucoup s’autocensureront. Le gouvernement a jusqu’au 8 octobre pour préciser la liste des produits concernés.
Pour le reste du monde ensuite. Il faudra reconstituer les flux sans Moscou : statistiques miroirs des pays partenaires, données de suivi maritime, imagerie satellite, chiffres de l’OPEP. C’est faisable, mais moins précis, et le doute profite à celui qui cache.
Une guerre aussi des chiffres
La Russie n’est pas une boîte noire totale : Rosstat, la Banque centrale et le ministère des Finances publient encore beaucoup. Mais la trajectoire est nette : banques, commerce, budget, pétrole, essence, démographie, raffineries. À chaque étape, le Kremlin retire un instrument de mesure du coût de la guerre qu’il a lui-même déclenchée.
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