Economie

Rym Mourali : Quand la mauvaise gestion finit par avoir raison de la crédibilité de l’État

Le pouvoir d’achat du citoyen tunisien a chuté de 42% au cours des trois dernières années. Les gouvernements successifs ont toujours avancé la perturbation des circuits de distribution, le monopole, la contrebande et le marché parallèle comme premiers responsables, alors que l’observateur averti du déclin de l’économie tunisienne se rend compte que les prix élevés sont le résultat direct de l’accumulation des mauvaises politiques qui ont lamentablement échoué à faire face à la crise économique.

En effet, ces politiques désastreuses découlent principalement de la mauvaise gestion des affaires publiques et des choix actuels du gouvernement qui signe et persiste malgré l’absence de faisabilité de son programme économique et de ses conséquences négatives sur l’économie nationale et le citoyen.

Force est de constater que la valeur du dinar tunisien, fortement dévalorisée face aux autres devises, a lourdement impacté le coût des matières premières importées ainsi que celui des biens de consommation. Un impact qui s’exprime totalement sur le coût de la production dans divers secteurs, en particulier celui de l’agriculture.

En effet, l’agriculteur tunisien importe pratiquement tous les moyens de production, allant des traitements, aux engrais, aux semences et aux machines il est tout aussi important de rappeler la hausse du coût de la main d’œuvre (une augmentation de 6% chaque année 2016-2017) sans omettre de tenir compte de l’augmentation de l’électricité et du carburant.

Il en est de même pour le reste des secteurs de production avec des caractérisations différentes. Ainsi, la dévalorisation du dinar progressive et accélérée augmente la valeur de l’inflation automatiquement ainsi que les coûts d’approvisionnement et de production, et donc des prix.

Cet accroissement vertigineux des coûts a fait que le producteur tunisien a perdu progressivement de sa compétitivité aussi bien à l’export que sur le marché local. C’est de cette manière que l’industrie et l’agriculture ont été acculées. La productivité a diminué quantitativement et qualitativement et pourrait même s’amenuiser jusqu’à voir disparaître de nombreuses activités.

La dévaluation systématique du dinar, sous le joug d’un déficit commercial astronomique a atteint des records, au cours des dix derniers mois, atteignant jusqu’à 9.889 milliards de dinars (4.086 milliards de dollars). L’augmentation du volume des importations à 31.654 milliards de dinars (13.080 milliards de dollars), a élevé automatiquement l’inflation aussi bien sur le plan naturel que sur le plan induit.

Les importations ont grandement influé sur la hausse des prix et sur le coût de la vie et par conséquent sur l’effondrement du pouvoir d’achat du citoyen. La situation s’est aggravée avec les importations aléatoires, appuyées par la disparition de licences et l’absence de tout protectionnisme ou révision des accords d’un libre-échange offensif.

Le gouvernement a toujours fourni des justifications superficielles et des arguments creux concernant les prix élevés des biens de consommation, arguant que les causes de l’inflation seraient dues à des facteurs climatiques, à la sécheresse, aux grèves, aux mauvais circuits de distribution, à la contrebande, à l’incapacité de la caisse de compensation à faire face et à d’autres raisons vaines.

Des phrases toujours répétées, alors que les principales raisons de la crise actuelle sont d’ordre structurel, relevant principalement de la nature des choix du gouvernement et de ses membres ainsi que de l’absence de stratégies rigoureuses. Sans compter son entière docilité aux institutions financières et monétaires étrangères et son incapacité totale à lutter contre la corruption malgré la mise en scène d’un pseudo affrontement qu’il mènerait contre ce fléau.

Le laxisme dans le traitement des causes fondamentales de la crise, conjuguée au manque de compétence, ainsi que les mauvaises décisions politiques dans les dossiers économiques empêchent toute issue pratique dans la recherche des solutions requises pour l’intérêt du citoyen et du pays.

Les décisions politiques sont fondamentales dans l’appauvrissement continu du citoyen tunisien et dans l’affaiblissement de son pouvoir d’achat ainsi que dans la chute de la valeur du dinar d’une part et l’effondrement de la crédibilité du gouvernement d’autre part.

Ceci étant, les solutions existent pour le redressement de l’économie et afin que le dinar tunisien puisse récupérer rapidement sauf qu’elles restent tributaires d’une véritable volonté politique !

Rym Mourali,

Secrétaire générale du mouvement de l’indépendance tunisienne

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