Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a été très pédagogue le 2 novembre 2025, après le vote du Conseil de sécurité de l’ONU sur le Sahara occidental. Le chef de la diplomatie algérienne avait expliqué pourquoi le triomphalisme marocain autour de la résolution américaine était largement exagéré et qu’on est passé à côté du rendez-vous de l’Histoire. Il est revenu à la charge sur la chaîne publique algérienne AL24 News, dimanche dernier dans la soirée. Cette fois le ton est plus incisif et l’argumentaire plus détonnant. Une sortie coup de poing qui ne plaira pas à Rabat…
Attaf a asséné que le «plan d’autonomie» sous «souveraineté marocaine» brandi par le royaume depuis 2007 comme le seul destin possible pour les Sahraouis n’a pas l’épaisseur et la solidité que lui prête Rabat. Ledit «plan» ne comporte que «quatre pages légères et un paragraphe», s’est gaussé le ministre algérien en exposant les feuilles…
«Ça ne peut pas être décemment appelé un plan. Il n’y a absolument aucun contenu politique, aucun contenu juridique. Ce sont des pétitions de principe, des affirmations d’intention», a-t-il ajouté.
Mises à part les remarques sur la forme, ce document censé régenter le Sahara occidental a été présenté aux 193 États membres de la communauté internationale mais on a oublié les premiers concernés, les Sahraouis. «Il n’a jamais été soumis aux Sahraouis, jamais», a glissé le chef de la diplomatie algérienne.
Il a lâché que le texte «manque tellement de consistance» et de «substance» qu’aucun des quatre représentants personnels du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental «ne l’a estimé suffisamment sérieux pour le soumettre à discussion (…) Il n’a jamais été soumis à discussion et tous les envoyés personnels qui se sont succédé ces dernières décennies ont rapidement vu que ce n’était pas sérieux», a martelé Attaf.
Lors des deux réunions à huis clos du Conseil de sécurité, en avril et octobre 2025, l’émissaire personnel du SG de l’ONU pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, a interpellé directement le représentant du Maroc pour lui signifier ceci : «Votre plan manque de sérieux, nous avons besoin de plus de consistance, nous avons besoin de plus de substance pour porter un jugement parce que, tel quel, il ne représente pas une base sérieuse de discussion», a déballé le ministre.
Puis il a fait une confidence sur les motivations profondes des autorités marocaines derrière ce plan proposé par le roi Mohammed VI en 2007. «Ce soi-disant plan d’autonomie n’a jamais été conçu par le royaume du Maroc comme la base d’une solution possible au conflit du Sahara occidental. Il a été conçu pour gagner du temps. Il a été conçu pour imposer un fait accompli. Et pour essayer quand même de le démarcher et d’obtenir des ralliements à ce plan»…
C’est «la véritable raison d’être de ce plan», insiste le chef de la diplomatie algérienne. Quant au fait de savoir si ce plan est à même de trancher définitivement le contentieux vieux de 50 ans, Attaf douche l’euphorie de Rabat en concluant en ces termes : «Et je peux vous dire qu’il n’est pas considéré comme l’ultima ratio en matière de règlement pacifique de la question du Sahara occidental».
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