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Saleh, le retour de l’enfant terrible

Le Yemen replonge dans l’horreur depuis le retour inattendu de son Président qui était obligé de fuir le pays il y a 3 mois pour se soigner en Arabie Saoudite, après une attaque contre sa résidence. Selon l’AFP, plus de 50 morts le week end de son arrivée, notamment le samedi dernier 24/9 où plusieurs milliers de manifestants s’étaient rassemblées dans et autour de la place du Changement. Depuis une semaine, on compte près de 173 morts.

Pourtant, son départ avait suscité l’espoir d’un arrêt des violences, et d’une sortie de crise « honorable » pour le Président Saleh et sa famille restés aux commandes. Mais, l’enfant terrible est revenu, rompant les perspectives d’une « transition pacifique et démocratique » proposée par le Conseil de Coopération du Golfe, sous la bénédiction des Etats-Unis et de l’Europe.

Un pays à feu et à sang, un Président condamnable non seulement pour avoir attisé et commandité des massacres depuis le début de l’année, mais aussi pour ses 33 ans de dictature et de catastrophe économique. Selon Rémy Leveau, dans son livre Le Yemen Contemporain, « l’économie officielle ne représente pas plus de 15% de l’économie nationale fondée sur la corruption, la contrebande et l’économie parallèle ».

Un diplomate yéménite en poste à Paris, parlait du Khat, cette herbe ancestrale « broutée » par 80% des hommes et 50% des femmes yéménites à la recherche d’effets euphoriques, comme « un phénomène désastreux pour anesthésier la société, mais grandement facilité par le laxisme volontaire du Président Abdallah Saleh ».

N’empêche que le réveil populaire des yéménites arrive à faire vaciller un régime despotique, prêt à être renversé, et surtout à faire trembler son grand voisin, l’Arabie Saoudite.

Ce pays est la clé du problème yéménite. Il a toujours cherché à appuyer les tribus sunnites contre le pouvoir central de la minorité zaydite dont est issu le Président Abdallah Saleh, et choisit l’alternative non souhaitable d’accompagner un processus démocratique qui risque de l’éclabousser. Alain Chouet, ancien directeur de la DGSE, le confirme : « A force de jouer avec les allumettes, les Saoudiens ont mis le feu en créant un pôle de contestation sunnite plus fondamentaliste qu’ils le sont eux-mêmes. La créature a complètement échappé à ses maîtres au point que maintenant, non contente de se révolter contre le pouvoir central du Yémen, elle se retourne contre les Saoudiens ». Aujourd’hui, l’Arabie Saoudite se trouve, malgré elle, dans une position « honorable », à côté de ses grands alliés démocratiques.

En attendant l’issue, le Yémen continue de saigner tous les jours devant l’impuissance du monde.

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