Situation inédite : réserves en devises en forte hausse et économie ruinée !‎

Les indicateurs monétaires et financiers mis à jour et publiés aujourd’hui mardi 19 mai 2020 par la Banque Centrale de Tunisie révèlent que les réserves en devises s’élèvent à 21.634,9 millions de dinars soit l’équivalent de 133 jours d’importations contre 13.256 millions de dinars au cours de la même période de l’année précédente, qui correspondait à 75 jours d’importations.

Pour mémoire et selon les statistiques rétrospectives, les réserves en devises, étaient de 13.003 millions de dinars à fin décembre 2010 soit 147 jours d’importation, largement au-dessus du seuil de sécurité et de stabilité monétaire.

Ces réserves ont subi de grandes fluctuations depuis cette date, suite à ce qu’a connu l’activité du secteur extérieur et de l’économie nationale en l’occurrence, la progression de l’endettement extérieur, la baisse de l’investissement étranger, le creusement des déficits commercial et courant, la chute de la valeur du dinar, l’élévation des taux bancaires et les restrictions d’octroi des crédits aux entreprises par les établissements financiers.

D’ailleurs et en raison de l’instabilité montante du secteur extérieur aggravée par un glissement continu du dinar face aux monnaies internationales de référence, l’institut d’émission n’a réagi qu’à une seule occasion en publiant en août 2017, une note sur les variables explicatives du niveau des réserves en Tunisie.

La note a souligné que le niveau des réserves en devises est resté jusqu’à 2003 globalement en deçà de la barre des 3 mois d’importations. La moyenne des jours d’importation sur la période 1987-2004, a été d’environ deux mois, avec par moments, au début des années 90, un stock des réserves en dessous d’un mois d’importations.

Aussi, il a été indiqué qu’à partir de 2004, ce ratio a sensiblement progressé pour atteindre plus de 186 jours d’importations en 2009, suite à la consolidation des avoirs en devises grâce à l’afflux massif des investissements directs étrangers.

Toutefois, le ratio a fortement baissé à partir de 2010, selon la note, sous l’effet de facteurs exogènes, d’une part, et suite aux événements sociopolitiques qu’a connus la Tunisie depuis janvier 2011 et qui ont pesé sur les secteurs pourvoyeurs de devises, d’autre part.

Par ailleurs, la BCT a constamment nié que l’évolution des réserves en devises sous l’effet de l’octroi au gouvernement de crédits extérieurs, mais lorsqu’il s’agit de baisse de celles-ci, elle l’impute au règlement de dettes extérieures !

Actuellement, la majorité des analystes financiers s’accordent sur le fait que le niveau des réserves ne reflète en aucun cas la situation du secteur extérieur.

Ils précisent que ceci revient à l’élargissement continu du déficit courant qui s’est établi, au terme du mois de novembre 2019, à 9 milliards de dinars ce qui équivaut à 7,9% du produit intérieur brut (PIB) provenant, largement, du déséquilibre des échanges commerciaux et financiers extérieures, devenu endémique depuis 2011.

Sous cet angle, le niveau actuel des réserves ne peut provenir que de la « thésaurisation » des crédits extérieurs qui ne sont utilisés ni pour équilibrer les finances publiques et encore moins pour réaliser les grands projets budgétisés durant de longues années, et ce, notamment dans le domaine de l’infrastructure.

La situation du déficit budgétaire (3,5% du PIB en 2019) et le blocage de milliers de projets de ce genre illustrent parfaitement, cette situation où les réserves en devises sont de plus en plus gonflées.

Autre justification de cette situation: Le gouvernement vient d’obtenir, récemment, pour faire face aux répercussions économiques et sanitaires du Covid-19, une enveloppe record de crédits extérieurs de différentes institutions financières internationales, mais aucune action de mise à niveau des établissements de santé n’a été concrétisée, en dehors de quelques œuvres caritatives.

De même, les petites et moyennes entreprises et les professionnels sinistrés par la crise n’ont reçu aucun sou, en dépit des promesses pour mettre à leur disposition des aides sous formes de crédits avantageux pour une enveloppe globale de 1,5 milliards de dinars.

Les crédits extérieurs, obtenus, se répartissent comme suit :

  • L’Union européenne : 250 et 600 millions d’euros, (2.7 milliards de dinars) ;
  • La Banque africaine de développement : 100 millions d’euros (315 millions de dinars) ;
  • La Banque mondiale : 13 millions d’euros (40 millions de dinars) ;
  • Le Fonds monétaire international : 745 et 400 millions de dollars (3.4 milliards de dinars) ;
  • Les Etats-Unis d’Amérique : 25 millions de dollars, (72 millions de dinars) ;
  • L’Italie : 50 millions d’euros (160 millions de dinars) ;
  • La Banque islamique du développement : 279 millions de dollars (810 millions de dinars).

Le total de ces crédits s’élève à près de 6,8 milliards de dinars, sans oublier les 455 millions d’euros (1,4 milliard de dinars) débloqués au profit du gouvernement par 17 banques locales en infraction flagrante aux dispositions de la loi N° 2016-48 du 11 juillet 2016, relative aux banques et aux établissements financiers qui interdit l’octroi de crédits sur les dépôts en devises des non-résidents.

Les banques tunisiennes ne sont pas à leur première manœuvre de ce genre, à ce titre.

Compte tenu de ces faits prêtant à équivoque et face aux innombrables incohérences précitées, un véritable audit des finances publiques s’impose, et pour cause, le Chef du gouvernement lui-même a insisté sur son importance au niveau de la circulaire qu’il vient de publier le 14 mai courant se rapportant à l’élaboration du budget de l’Etat pour l’exercice 2021.

En effet, plusieurs points d’interrogations se posent quant à la manière avec laquelle les finances de l’Etat sont gérées, depuis 2011.

D’après plusieurs experts, il y a de fortes probabilités que des décisions erronées aient été prises et que des fautes graves aient été commises, à ce niveau en particulier dans les enregistrements comptables.

Certes, des méthodes inadaptées ont été suivies, sachant que le système appliqué aujourd’hui laisse une large marge de manœuvre en matière d’interprétation, de telle sorte qu’il est possible d’une manière légale et conforme aux textes réglementaires, d’avoir un déficit budgétaire « raisonnable » en le limitant au maximum par de simples reports de paiements de dépenses, du fait que la comptabilité nationale obéit aux règles de décaissement et non aux normes internationales d’engagement.

Un travail sérieux doit être réalisé pour remédier aux insuffisances multiples de la comptabilité nationale afin de la mettre au niveau des normes internationales généralement admises, surtout en matière de fiabilité et de transparence.

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