La question revient avec insistance dans le débat public suédois : la Suède doit-elle abandonner la couronne et rejoindre la zone euro ? Longtemps marginale, l’hypothèse d’une adoption de la monnaie unique européenne gagne du terrain, dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques liées à la Russie, à la Chine et aux relations commerciales avec les États-Unis sous l’administration du président Donald Trump.
Selon un rapport de l’agence Bloomberg, l’adoption de l’euro apparaît aujourd’hui comme une option plus attractive pour de nombreux responsables politiques suédois, qui y voient un facteur de stabilité et de protection face aux mutations de l’environnement international.
Une économie majeure hors de la zone euro
Membre de l’Union européenne depuis 1995, la Suède est juridiquement éligible à l’adhésion à la zone euro, qui compte actuellement 21 États membres. Pourtant, Stockholm a choisi de conserver sa monnaie nationale, la couronne suédoise.
Avec un produit intérieur brut de près de 603 milliards de dollars en 2024, selon les dernières données de la Banque mondiale, la Suède représente la plus grande économie parmi les pays nordiques. Son éventuelle entrée dans la zone euro renforcerait mécaniquement la crédibilité et le poids de la monnaie unique.
Aujourd’hui, la Suède fait partie des six pays de l’Union européenne – sur 27 – qui conservent leur propre monnaie. Outre la Suède, il s’agit de la République tchèque, du Danemark, de la Hongrie, de la Pologne et de la Roumanie. À l’inverse, la Bulgarie est devenue le dernier pays à rejoindre la zone euro, en adoptant officiellement la monnaie unique en janvier 2026.
Pourquoi la Suède a refusé l’euro
Lorsque l’euro a été lancé en 1999, Stockholm a choisi de ne pas intégrer la zone euro, pour des raisons à la fois politiques et économiques.
Un référendum consultatif organisé en 2003 a vu environ 56 % des Suédois rejeter l’adoption de l’euro. Les gouvernements successifs ont respecté ce choix populaire.
Parmi les principales préoccupations figuraient la perte de souveraineté monétaire et la crainte de ne plus pouvoir protéger efficacement l’économie nationale. La Suède a ainsi préféré conserver le contrôle de sa politique monétaire, notamment la fixation de ses taux d’intérêt, et maintenir un taux de change flexible pour sa devise.
Ce choix permet notamment d’ajuster la valeur de la couronne en cas de ralentissement économique, un atout pour une économie largement tournée vers l’exportation.
Un contexte radicalement transformé
Depuis 2003, le paysage géopolitique et économique a profondément évolué. Plusieurs facteurs expliquent le regain d’intérêt pour l’euro.
La guerre entre la Russie et l’Ukraine a poussé la Suède à rompre avec sa tradition de neutralité militaire pour rejoindre l’OTAN. Les inquiétudes liées à l’influence russe en Europe ont également renforcé l’ancrage européen de Stockholm.
Par ailleurs, la montée en puissance de la Chine et les tensions commerciales entre les États-Unis et leurs partenaires européens incitent certains responsables suédois à privilégier un cadre monétaire plus intégré avec l’Europe.
Le Premier ministre suédois Ulf Kristersson, à la tête de la coalition gouvernementale, soutient officiellement l’adhésion à la zone euro. Toutefois, il adopte une approche prudente, compte tenu des divisions persistantes au sein de l’opinion publique.
Les avantages économiques avancés
L’économiste suédois Lars Calmfors, qui avait dirigé la commission gouvernementale chargée d’évaluer le passage à l’euro avant le référendum de 2003, a récemment livré une analyse plus favorable à l’adhésion.
Il souligne plusieurs avantages potentiels :
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Plus de 60 % des échanges commerciaux suédois de biens s’effectuent avec les autres pays de l’Union européenne, ce qui rendrait la monnaie unique plus cohérente avec la structure du commerce extérieur.
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L’élimination des fluctuations du taux de change réduirait l’incertitude pour les importateurs et exportateurs.
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L’intégration à une zone monétaire plus vaste offrirait une protection accrue en période de crise géopolitique.
La Suède satisfait déjà à la plupart des critères économiques requis pour adopter l’euro. L’inflation s’est établie à 2,8 % en 2024, selon les données de la Banque mondiale, un niveau compatible avec les exigences européennes.
Selon Lars Calmfors, un processus complet d’adoption de l’euro prendrait au moins quatre ans.
Sur le plan pratique, la transition pourrait être facilitée par la faible utilisation des espèces en Suède. La majorité des transactions s’effectue via cartes bancaires ou systèmes de paiement électroniques, ce qui simplifierait le basculement vers la monnaie unique.
Les risques d’un abandon de la couronne
L’adhésion à l’euro implique cependant la perte de l’indépendance monétaire. En rejoignant la zone euro, la Suède serait soumise aux décisions de la Banque centrale européenne en matière de taux d’intérêt, sans pouvoir adapter sa politique monétaire aux spécificités de son économie.
Le régime de change flexible de la couronne constitue aujourd’hui un outil d’ajustement précieux pour soutenir les exportations suédoises.
La question est donc autant politique qu’économique : faut-il privilégier la souveraineté monétaire ou la stabilité offerte par une zone monétaire plus large ?
À ce stade, aucun calendrier officiel n’a été annoncé. Mais le débat, relancé par les mutations géopolitiques et économiques, pourrait redessiner l’avenir monétaire de la Suède dans les années à venir.
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