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Suède : Les fonctionnaires refusent de participer à l’expulsion des migrants illégaux

Suède : Les fonctionnaires refusent de participer à l’expulsion des migrants illégaux

Le triomphe de l’extrême droite n’est pas une fatalité dans toute l’Europe en dépit de la lame de fond qui leur promet monts et merveilles, aux élections européennes de juin prochain pour commencer. La Suède fait de la résistance, ou plutôt les citoyens suédois. Ici aussi, comme un peu partout sur le vieux continent, il est question de se débarrasser au plus vite des immigrés en situation irrégulière. Le gouvernement suédois, qui doit au soutien de l’extrême droite la majorité qui lui permet de piloter depuis l’automne 2022, s’est mis en tête de transformer les fonctionnaires de l’État en délateurs. Ils vont recevoir pour instruction de balancer les sans-papiers pour faciliter les procédures d’expulsion, ils refusent catégoriquement.

C’est le branle-bas de combat chez les professionnels du secteur public. Les enseignants et le corps médical ont déjà décrété la «désobéissance civile» pour contrer cette proposition de loi qui provoque un tollé. La première mission d’information sur le projet de loi déposé par le gouvernement de droite a débuté le 29 mai au Parlement. Les fonctionnaires ne se laisseront pas faire.

«Aucun professeur, directeur d’école, médecin, infirmier, bibliothécaire ne s’est engagé dans son métier pour faire de la délation», a déclaré la présidente du syndicat des enseignants, citée par le journal La Croix. Droite dans ses bottes elle ajoute ceci : «il est important dans un État de droit comme la Suède que chacun garde son rôle : la police fait son travail, nous, le nôtre».

Idem pour le personnel médical, il dit “Niet” à toute dénonciation des patients sans-papiers. Rappelons qu’en décembre 2023 plus de 4000 professionnels de la santé avaient signé une tribune pour manifester leur ferme opposition à la proposition, refusant de livrer les noms de «leurs patients sans-papiers à la police ou aux services de l’immigration»…

Ils brandissent leur conscience professionnelle et le serment d’Hippocrate mais pas seulement, les professionnels du corps médical mettent aussi en avant des risques pour la santé publique, avec des clandestins qui se planqueraient par crainte d’être expulsés. Et des maladies infectieuses qui ne sont pas traitées à l’hôpital c’est un facteur de propagation d’épidémies.

C’est l’argument utilisé par la secrétaire générale de la section suédoise de Médecins du monde pour justifier le refus de toute collaboration avec la police et les services de l’immigration. La présidente d’une ONG de défense des droits des migrants clandestins avance un autre argumentaire : la catégorie de personnes que les autorités veulent frapper est déjà «assez marginalisée» ; aller dans le sens de cette proposition «équivaut à instaurer une espèce d’État policier»…

Et un État policier il n’en est pas question en Suède. C’est le pays de tous les droits, de toutes les libertés, même celle de brûler le Coran et tous les livres saints de la terre. Une permissivité qui a produit des débordements et de graves dérives, obligeant le gouvernement à serrer la vis. Mais le modèle sociétal suédois n’a pas fondamentalement changé. Et c’est lui que défendent les fonctionnaires face à leur gouvernement. La bataille sera épique.

 

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