Politique

Tataouine ou l’image instantanée de l’immaturité de la classe politique tunisienne !?!

Il faut vraiment accuser une myopie avancée ou faire preuve d’une mauvaise foi non moins aveugle pour affranchir certains partis politiques tunisiens, appuyés par un réseau de la société civile à leurs bottes, de la dégradation de la situation sévissant à Tataouine. Entre soutenir les mouvements pacifiques de protestation sociale, actions légitimes et garantie par la Constitution, et justifier la casse, l’interruption abusive et brutale de l’appareil de production, la mise à sac des établissements publics, existe une ligne qu’un noyau de partis politiques a franchie, et ce pour d’insondables raisons bassement politiques et partisanes. Souffler sur les foyers de la controverse.

Après un processus de négociation, tenu dans le calme et l’entente, à deux doigts d’aboutir à des alternatives de compromis, après une série de manifestations spontanées et pacifiques, la situation a sombré brusquement dans le chaos, la violence et la confrontation. Le processus est tout à coup rompu, à la grande satisfaction des activeurs de l’incendie. Est-ce fortuit que les partis appelant à faire tomber ou démissionner le gouvernement et à organiser, dans la foulée, des élections anticipées, sont ceux-là même qui sont accusés d’être derrière le pourrissement du climat politique et social à Tataouine. Maintenir la flamme de la controverse et, pire encore, saboter les manifestations, au départ sans incident majeur, en les détournant de leur voie, en infiltrant dans les rangs des protestataires des casseurs et des voyous à la solde de ce ramassis de partis en mal d’audience et de programme.

Ce carré de partis joue l’exacerbation de la crise, instrumentalise le mouvement de protestation, mise sur l’escalade et le dérapage pour faire avancer son agenda politique et lancer une compagne électorale avant terme. Dire, dans un communiqué officiel, que “le gouvernement déclare la guerre au peuple et tire à balles réelles” montre la posture outrancière et disproportionnée, frôlant le mensonge pur et simple, et l’esprit délétère et sulfureux de certains hommes politiques qui, au lieu de proposer des solutions de sortie de crise, n’ont de cesse que de brailler des invectives et des contre-vérités rien que pour ameuter la foule, cristalliser sa colère et les utiliser comme chair à canon dans leur bataille contre le gouvernement. Il ne s’agit pas là de défendre ou louanger le gouvernement mais de faire valoir une certaine idée de l’intérêt national.

Le contexte national de désordre et de crise serait-il en mesure, le cas échéant, d’encaisser une démission du gouvernement assortie d’un scrutin anticipé ?! Rien ne garantit que le tandem Nida Tounes/ Ennahdha ne soit pas reconduit. A en juger tout au moins par les sondages d’opinions, à défaut d’autres indicateurs, les deux partis restent en tête d’affiche. Auquel cas, il ne reste que le coup d’Etat ou bien une seconde révolution pour les en déloger. Et admettons, d’une manière dialectique et hypothétique, que l’opposition triomphe auxdites élections, il lui faudrait un temps fou pour composer un gouvernement et pour connaitre les dossiers avant de pouvoir mettre en œuvre son programme commun. D’aucuns estiment qu’il n’y a pas un problème de gouvernement mais de gouvernance, à la majorité comme à l’opposition.

Les frondeurs de l’opposition, qui se reconnaitront, mènent une cabale et une guerre d’usure contre le gouvernement, invoquant l’échec et la faillite de ce dernier. A la majorité comme à l’opposition, tout le monde ne jure que par l’intérêt national, développant, à l’occasion un discours à contre-pied de la pratique, mais sur le terrain, le déploiement est tout autre, la manœuvre est purement partisane. Le gouvernement trébuche et l’opposition boite. Le premier est livré à lui-même, sans bouclier politique de la part des membres de sa coalition, voire même désavoué par les partis supposés constituer sa première ligne de défense. Quant à l’opposition, du moins une frange bien connue, sa capacité de rupture est sans commune mesure avec sa force de proposition.

Sur un autre plan, Tataouine étant fief politique et creuset électoral d’Ennahdha, comment se fait-il que ce dernier, pourtant partie prenante à la coalition gouvernemental, n’ait rien fait pour peser de tout son poids, et il n’est pas des moindres dans la région, en vue d’apaiser le climat, en instruisant sa base de militants et de sympathisants d’agir dans ce sens ?! A moins qu’il s’agisse de double jeu et de double langage, chers à ce parti, dont il est passé maitre ?!

En tout cas, l’équation de Tataouine est trop complexe, composée de trop de paramètres dont certains sont masqués ou difficilement identifiables. Les objectifs se font et se défont au gré des enjeux ambiants et des pesanteurs politiques et partisans. Le cas de Tataouine est l’exemple type de l’immaturité de la classe politique tunisienne et de son incapacité à lire les contingences de l’histoire derrière la grille de l’intérêt national. Il n’est pas question ici de distribuer les certificats de patriotisme ou de hiérarchiser les hommes et les partis politiques tunisiens selon quelconque classement. C’est juste une divergence, souvent grave et même fatale, dans la conception et la définition de l’intérêt national.

En conclusion, un nouveau dialogue national, plus inclusif et mieux structuré, reste l’alternative, la seule peut-être, pour faire remonter la pente au pays, et ce en en vue de convenir d’un plan national de salut et de sauver les meubles ou de limiter les dégâts pendant qu’il est encore temps. Le paysage de division, de conflit à couteaux tirés et de fuite en avant, prévalant actuellement en Tunisie, ne fait que creuser les distances et démolir les opportunités de compromis. Revenir à la table de la discussion et de la négociation n’est plus un choix mais un impératif, pour peu que, le cas échéant, les parties prenantes en soient conscients, convaincues et animées par l’idéal consensuel.

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