Societe

Comment traite-t-on les cas d’inceste et d’abus dont les enfants sont victimes en Tunisie ?

Selon le délégué général de la protection de l’enfance, une dizaine de cas d’inceste ont été enregistrée en Tunisie, un chiffre alarmant selon lui.

En effet, dans une intervention sur Shems FM, le délégué général de la protection Mehyar Hamadi a qualifié le chiffre de « très dangereux ». Il a par ailleurs critiqué le traitement médiatique qui a selon lui détaillé des informations sur la vie privée de l’enfant de Tozeur victime d’abus sexuels de la part de son frère et enceinte de lui.

Concernant les mesures prises, Hamadi a indiqué que les cas d’incestes dont les enfants sont victimes figurent parmi les cas qui exigent une intervention immédiate. Cette intervention tend à sauver dans certains cas les victimes de ce qu’il a qualifié de « double victimisation ». Il a expliqué que les familles ont parfois des réactions violentes envers les victimes et tendent à les accuser et à les culpabiliser, aggravant davantage l’état psychologique de l’enfant, profondément détérioré. Hamadi a souligné que dans ces cas, la prise en charge est obligatoire, avec éloignement de l’environnement familial et proche en plus de l’accompagnement et du traitement psychologique. Malheureusement, le suivi n’est pas assuré pour tous les enfants ni sur une longue durée et une partie des victimes finissent par faire des tentatives de suicide ou par arrêter les études à un niveau précoce.

Rappelons qu’à l’instar de “Femmes et Leadership”, certaines organisations tunisiennes essaient de travailler sur les cas d’abus, surtout dans le milieu scolaire. la députée et avocate Bochra Bel Hadj Hmida qui soutient les activités de “Femmes et Leadership” a dévoilé lors de l’une des réunions de l’association que les cas passés sous silence et que les familles étouffent craignant la honte sont en moins dix fois plus nombreux que les cas traités par la protection de l’enfance. Elle a attiré l’attention sur la nécessité de révolutionner les lois et de mobiliser plus de moyens également financiers pour protéger l’enfance et assurer un meilleur suivi pour les victimes. Le député et docteur Souhail Alouini, également militant et actif au sein du groupe OpenGovTN, a proposé d’alléger le processus de témoignage de la victime enfant, qui est un véritable calvaire en Tunisie. Il a expliqué que dans d’autres pays du monde, qui suivent le modèle anglo-saxon, l’enfant ne témoigne que dans un cadre médical spécialisé et en présence d’un pédopsychiatre, il ne passe jamais par le poste de police, ni les enquêteurs ni le tribunal. Par la suite, un rapport rédigé par les soins du docteur est transmis aux autorités concernées et une personne qualifiée est chargée d’expliquer le contenu du rapport au magistrat dans le tribunal. Cela épargne à l’enfant de revivre les abus en les répétant tour à tour aux enquêteurs, parfois indélicats, et devant le juge. Son initiative n’a malheureusement pas abouti, notamment à cause de l’attachement des députés au modèle français, largement dépassé dans ce domaine.

Dans ce contexte, le délégué général de protection de l’enfance a appelé à réviser la loi tunisienne 227 bis qui permet le mariage du violeur avec sa victime. De même, il a appelé à parler de ces sujets tabous mais dans le cadre des programmes scolaires, des clubs et des campagnes de sensibilisation. Il a insisté sur la nécessité d’être à la fois conscient et vigilant, et surtout ouvert à l’enfant et au dialogue permanent au sein de la famille.

Que se passe-t-il en Tunisie?
Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!

Commentaires

Haut