Société

Tribune du lecteur : Pour une vulgarisation de la monnaie électronique

Tribune du lecteur : Pour une vulgarisation de la monnaie électronique

Par  Abdelhamid Trabelsi

Dans notre pays, une trop grande partie des échanges se fait en monnaie sonnante et trébuchante. Beaucoup de commerçants et même les recettes des finances et des douanes n’ont plus confiance dans les chèques bancaires, refusent de les accepter et ne sont pas équipés pour accepter les paiements par cartes bancaires. Même parmi les commerçants, rares sont ceux qui sont outillés pour accepter une carte de crédit. Or, nous avons tendance à oublier que nous vivons au XXIème siècle, celui de l’informatique et des technologies des communications.

Qu’est-ce que la monnaie électronique ? C’est tout simplement de la monnaie équivalente à de l’argent liquide, qui a le même pouvoir libératoire de paiement, mais au lieu d’avoir une forme papier elle est électronique. Elle ne nécessite pas nécessairement l’ouverture préalable d’un compte en banque et peut être stockée sous forme d’une puce téléphonique ou sur un serveur. On peut l’utiliser soit avec son téléphone portable, un porte-monnaie électronique ou une carte prépayée, que beaucoup de tunisiens ont déjà testée, depuis plus de dix ans sous l’appellation de carte e-dinar.

Enjeux :

Chacun doit s’imaginer le budget que doit consacrer la Banque Centrale, chaque année, pour le remplacement des billets usagés et Dieu seul sait combien le tunisien ne prend pas soin des billets de banques qu’il a entre les mains. On le constate, tous les jours, quand on voit l’état des billets qui passent entre nos mains.

Ensuite, les temps sont de plus en plus difficiles, en matière de sécurité et les risques encourus ne touchent plus seulement les agences bancaires et les commerçants, mais des braquages sont enregistrés quotidiennement sur des particuliers.

Néanmoins, l’intérêt principal est d’ordre fiscal. S’il existe un pays au monde qui se caractérise par une immense injustice devant l’impôt c’est bien malheureusement le nôtre. En Tunisie, le pauvre salarié se voit retirer ses impôts à la source par le patron et n’a jamais le choix. C’est lui qui est le principal pourvoyeur des contributions de toutes sortes au budget de l’État. Pour les commerçants, mis à part une minorité insignifiante, rares sont ceux qui paient leurs dus au Trésor Public. Voici quelques chiffres : sur le budget de l’État pour l’année en cours 2018,  je lis  (les chiffres sont en millions de dinars-M.D-) :

  • Recettes Fiscales : 23.484 M.D
  • Impôts Directs (36 %) : 8.385 M.D

C’est ce que paient les tunisiens sur ce qu’ils gagnent. Alors que normalement, ceux qui empochent le plus sont plus fortement taxés.                                  Impôts Indirects (64%) : 15.099 représente le montant de la taxe que supportent les gens sur ce qu’ils consomment. Le salarié n’est pas ménagé quand il veut acheter de quoi vivre.

Sur les 8.385 M.D d’impôts directs, la part des salariés est estimée à 3.501, c’est à dire qu’ils supportent 41,75 %, alors que les sociétés, qu’elles soient banques, compagnies d’assurances, industries, hôtels, grande distribution ou toutes autres sociétés de service ou de nouvelles technologies ne participent à l’effort national qu’à concurrence de 2.454 M.D, c’est à dire 29, 26% .                  Les personnes physiques, commerçants, agriculteurs, rentiers ou professions libérales supportent à peu près la même chose que les sociétés, enl’occurrence  2.430M.D,  soit un peu moins de 29%. Cela veut dire que les salariés sont en train de payer une fois et demi plus que les compagnies de toutes sortes.

Propositions :

Cela veut dire quoi ? Simplement que tout le monde est en train de voler le fisc, sauf l’honnête salarié dont on ampute une part conséquente des émoluments à la base.                                                                                                      Pour boucler leurs budgets, les différents gouvernements ont recours à la facilité : augmenter les taux des impôts et taxes existants et en créer de nouvelles, sans se soucier de faire payer équitablement les récalcitrants. Or, ce n’est évidemment pas la solution. Les classes faibles et moyennes sont en train de s’appauvrir et les riches sont en train de voir leur fortune flamber, pendant que l’État mène le pays à la ruine.

Ce que je préconise est très simple :

– Interdire le paiement des salaires, quels que soient leur montants, en espèces. Les salaires ne pourront plus se faire que par virement, soit sur un compte bancaire ou sur un support de monnaie électronique.

– Faciliter et banaliser l’obtention de la carte e-dinar, même pour les enfants à partir de 13 ans, ainsi que de la carte bancaire et en supprimer totalement les frais d’obtention, sauf pour les cartes de prestige.

– Réduire considérablement les déductions opérées sur les montants revenant aux commerçants.

– Placer un maximum d’obstacles pour les retraits massifs d’argent aux guichets des banques, comme cela se fait dans la plupart des pays occidentaux.

Je n’ai pas de chiffres exacts, mais j’estime qu’en Tunisie nous devons compter environ 3,5 millions de salariés qui doivent percevoir près de 35 milliards de dinars par an. Il y aurait parmi eux près de la moitié qui sont payés en espèces. Je ne compte pas la perte de temps et les risques de vols encourus, aussi bien par les employeurs que par les employés, mais imaginez que chaque mois on va tirer en un seul jour environ 1,5 milliards de dinars des guichets des banques pour assurer la paie et que les bénéficiaires les laissent au fond d’un tiroir qu’ils vont utiliser parcimonieusement le long du mois qui suit. Pourquoi ne pas les laisser là où ils sont et habituer les bénéficiaires à user des cartes sans aucun risque. Ainsi, le système bancaire pourrait bénéficier de capitaux qui serviraient à financer l’économie.

Conclusion :

Si nous arrivions à imposer cette règle et à obliger jusqu’au petit épicier du coin, chaque coiffeur, plombier, chauffeur de taxi, à accepter cette nouvelle monnaie, nous pourrions nous placer pleinement dans notre siècle.                  Au début du XXème siècle, on avait habitué les commerçants à accepter une monnaie en papier à la place de la prestigieuse monnaie en or. Cela impliquera, et c’est le but ultime, que toutes les recettes des commerçants, médecins, tout autre prestataire ou leur majorité, seront versées dans leur compte bancaire professionnel, que l’inspecteur des impôts pourra retracer en toute latitude et faire payer les contributions d’une manière équitable. Nous pourrons espérer alors voir notre administration disposer de plus de moyens pour nous fournir de meilleures prestations et peut être revoir les taux de taxation à la baisse.

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