L’Iran (et il a promis de recommencer si les Mollahs tirent trop sur les manifestants), le Yémen, la Syrie, le Nigéria, le Venezuela (avec là aussi le spectre d’une réédition), peut-être le Groenland prochainement… Pour un leader qui s’autoproclame «Président de la Paix» et qui se targue d’avoir stoppé 8 guerres (l’Ukraine sera la 9e), Donald Trump a la gâchette très facile, trop. Pourtant il s’était engagé auprès de ses électeurs à se focaliser sur les problèmes des USA. Mais ne dit-on pas qu’en politique « les promesses n’engagent que ceux qui y croient » ? (dixit feus le président Jacques Chirac et Charles Pasqua).
La mauvaise nouvelle (pour l’Union européenne et la tête de Turc de Washington, le président Emmanuel Macron ; pour la Russie ; pour la Chine ; pour le monde entier) c’est que le républicain n’a pas l’intention de réduire la voilure en 2026, bien au contraire. Et il a choisi le New York Times pour le dire haut et fort, le même journal à qui il réclame 15 milliards de dollars au motif qu’il l’aurait diffamé. Trump n’est pas à une contradiction près et c’est cette versatilité qui le rend éminemment dangereux.
À ceux qui espèrent des garde-fous pour le ramener à la raison dans sa politique étrangère et qui lui opposent l’ordre international, le président américain leur rétorque que sa seule limite est sa propre «moralité», il suffit à lui-même, il n’a «pas besoin» du Droit international. Les sénateurs américains qui ont posé des verrous sur une éventuelle « deuxième couche » de bombes au Venezuela apprécieront.
Dans ce long entretien réalisé le mercredi 7 janvier dans la soirée et qui a été publié hier jeudi l’occupant de la Maison Blanche dit ceci, droit dans ses bottes : «Ouais, il y a une chose. Ma propre moralité. Mon propre esprit. C’est la seule chose qui peut m’arrêter (…) Je n’ai pas besoin du droit international (…) Je ne cherche pas à faire de mal à qui que ce soit»…
Et quand on tente de le pousser dans ses retranchements sur le respect du droit international, que les Américains ont co-bâti après deux guerres mondiales, Trump répond : «Oui», mais «ça dépend de ce qu’est votre définition du droit international».
Vous l’aurez compris, il n’y a pas moyen de lester cet homme à la tête de la première puissance de la planète, ceux qui voudront qu’il s’arrête devront monter au front pour l’arrêter eux-mêmes. Les candidats ne se bousculent pas. Il ne s’arrêtera jamais de son propre chef. À moins que ses électeurs s’en chargent lors du scrutin à mi-mandat (midterms) de novembre 2026, un rendez-vous qui terrifie le républicain.
Sa culture du « cowboy » n’est pas née ex nihilo, il l’a héritée d’une longue tradition américaine. En Amérique on réglait ses problèmes soi-même, par les armes, et ça continue d’ailleurs. C’est ce legs historique qui explique que les USA n’aient pas adhéré à la Cour pénale internationale (CPI), qui juge les criminels de guerre. L’ancien président Georges W. Bush y avait sa place, pour les horreurs commises en Afghanistan et en Irak…
Quant à la Cour internationale de justice (CIJ), la plus haute juridiction de l’ONU, il n’est pas rare que Washington la flingue pour les décisions qu’elle rend.
Il y a ce lourd passif américain mais il y a surtout cette « moralité » dont parle Trump. Il n’en a aucune, ou du moins elle n’est pas la même que pour le commun des mortels. Dans l’histoire des Etats-Unis c’est le seul président qui a été mis en accusation à deux reprises devant le Congrès, durant son premier mandat. Il a même été condamné au pénal pour des versements dissimulés à l’actrice de films X Stormy Daniels, en échange de son silence…
On peut aussi évoquer les tentatives pour effacer ces histoires scabreuses, les fraudes comptables du président, les documents Top secret qu’il avait embarqués après son premier mandat et qu’il conservait jusque dans ses toilettes, les poursuites fédérales pour son projet d’inversion des résultats de l’élection de 2020, etc. Il est revenu à la Maison Blanche avec un statut de condamné et c’est la fonction présidentielle qui lui a évité la prison ferme.
Quant un homme de cet acabit parle de « moralité » ça ne peut provoquer que l’effroi. L’ultime preuve : quand on lui demande s’il préfère conserver l’intégrité de l’OTAN ou s’emparer du Groenland pour les caisses publiques et celle de la dynastie Trump, il n’a rien de mieux à dire que «ça pourrait être un choix»…
La vérité crue sortira de la bouche de son conseiller attitré, Stephen Miller, qui a asséné lundi dernier : «l’on peut parler autant qu’on veut des subtilités de l’international», «on vit dans un monde (…) qui est gouverné par la puissance, par la force». Tout est dit.
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