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Ajouter TN en tant que source préférée sur Google« Payé par le gouvernement américain » : les clips de Trump financés par le DHS font polémique avant les midterms
À un mois des élections américaines de mi-mandat, une série de spots télévisés mettant Donald Trump au premier plan provoque une controverse aux États-Unis. La nouveauté est désormais établie : leur financement provient du Department of Homeland Security (DHS), via des crédits de la Customs and Border Protection (CBP). Un contrat de 20 millions de dollars a été engagé pour cette campagne, alors qu’au moins 2,87 millions auraient déjà été consacrés à l’achat d’espaces publicitaires.
Un ancien clip de campagne recyclé
Le spot le plus controversé s’intitule « Final Battle ».
Pendant trente secondes, Donald Trump avance dans un couloir, en noir et blanc, tandis que sa voix annonce une « bataille finale » contre le « deep state », les globalistes, les communistes, les marxistes et d’autres adversaires politiques.
La séquence est presque identique à une publicité utilisée par Trump pendant sa campagne présidentielle de 2024. La principale différence se trouve à la fin : la signature de campagne a été remplacée par une mention indiquant que le message est financé par le gouvernement américain.
Deux autres spots ont également été diffusés. L’un, « The Country He Loves », présente Trump et son bilan sur fond de chanson « Love Me ». Un autre reprend des images d’un discours au mont Rushmore et célèbre ce que le président qualifie d’« âge d’or » des États-Unis.
Les publicités ont été diffusées à grande échelle, notamment pendant des matchs de NFL et de football universitaire, ainsi que lors de « Saturday Night Live ».
20 millions de dollars engagés par le DHS
Le financement est désormais mieux documenté.
Selon le Wall Street Journal, les fonds proviennent de la Customs and Border Protection, une agence dépendant du DHS. L’Associated Press rapporte que 20 millions de dollars ont été transférés le 19 septembre vers cette campagne. Le lendemain, la CBP a attribué à l’agence LMD Agency un contrat de 20 millions de dollars intitulé « National Media Campaign ».
Les données fédérales sur le contrat indiquent que les 20 millions de dollars ont été obligés lors de l’attribution. Cela ne signifie toutefois pas que toute cette somme a déjà été effectivement dépensée en achats publicitaires.
Au 30 septembre, AdImpact évaluait à au moins 2,87 millions de dollars les dépenses de diffusion des trois spots. L’entreprise précise qu’il s’agit d’une estimation modélisée, les messages étant classés comme « public service announcements » et non comme publicités politiques traditionnelles.
Selon l’AP, les crédits utilisés proviennent de l’enveloppe accordée au DHS dans la loi surnommée « One Big Beautiful Bill », notamment pour les activités de contrôle de l’immigration et de la frontière.
Le précédent Kristi Noem
Cette affaire rappelle directement une controverse survenue quelques mois auparavant au sein du même département.
Lorsqu’elle dirigeait le DHS, Kristi Noem avait supervisé une campagne publicitaire de 220 millions de dollars, principalement destinée à encourager les migrants en situation irrégulière à quitter volontairement les États-Unis et à promouvoir la politique migratoire de l’administration.
Les publicités mettaient toutefois Noem elle-même très en avant, notamment dans une séquence la montrant à cheval devant le mont Rushmore. Elles avaient suscité des critiques jusque dans les rangs républicains, à la fois sur leur coût, la mise en scène personnelle de la secrétaire et les conditions d’attribution des contrats.
La chronologie est importante.
Noem a été interrogée devant une commission du Sénat le 3 mars 2026, puis devant la Chambre des représentants le 4 mars. Interrogée sur l’approbation de la campagne, elle avait affirmé que le président avait donné son feu vert.
Le 5 mars, Trump déclarait pourtant à Reuters : « I never knew anything about it » — assurant n’avoir rien su de cette campagne.
Quelques instants après cet entretien, il annonçait que Noem serait remplacée à la tête du DHS par le sénateur Markwayne Mullin.
La campagne publicitaire n’était pas la seule controverse entourant Noem, qui faisait également face à des critiques sur sa gestion de la politique migratoire et plusieurs opérations du DHS. Elle a ensuite été réaffectée comme envoyée spéciale pour l’initiative « Shield of the Americas ».
Le contraste avec la campagne actuelle est néanmoins notable : en mars, Trump affirmait n’avoir pas été informé d’une coûteuse campagne publique mettant sa secrétaire en avant ; six mois plus tard, plusieurs médias rapportent qu’il intervient personnellement dans les nouveaux spots qui le mettent lui-même au premier plan.
Axios rapporte que Trump sélectionne personnellement certaines vidéos. CNN indique également, citant une source informée du processus, qu’il a participé au choix des images et des séquences utilisées. Les vidéos sont produites par l’équipe de la Maison-Blanche.
Le DHS est désormais dirigé par Markwayne Mullin, successeur de Noem.
Trump répond : « Ce sont des publicités pour le pays »
Donald Trump a directement répondu à la controverse le 30 septembre, depuis le Bureau ovale.
Il a insisté sur le fait qu’il ne se présente pas lui-même aux élections de mi-mandat et soutenu que les spots ne constituent donc pas des publicités électorales en sa faveur.
Selon lui, lorsqu’il parle de « rendre sa grandeur à l’Amérique », le message concerne le pays tout entier.
Trump a ajouté que si quelqu’un établissait que le financement était irrégulier, il paierait « volontiers » la somme concernée.
« Je ne fais pas la promotion d’un candidat. Je fais la promotion du pays », a-t-il déclaré en substance.
La Maison-Blanche développe le même argument : elle qualifie officiellement les vidéos de « public service announcements », des messages de service public, et souligne que Trump ne figure pas sur le bulletin de vote du 3 novembre.
Des critiques jusque chez les républicains
Cette défense ne convainc pas plusieurs responsables du Parti républicain.
Le chef de la majorité au Sénat, John Thune, a déclaré apprécier le message mais estimé qu’il ne devait pas être payé avec l’argent des contribuables.
Le sénateur de Louisiane John Kennedy considère pour sa part qu’aucun responsable public, qu’il s’agisse de Trump, de Kristi Noem ou de lui-même, ne devrait utiliser de l’argent public pour des publicités faisant sa propre promotion.
Le sénateur texan John Cornyn a également jugé l’opération inappropriée. Il a ensuite estimé que l’utilisation possible de l’argent des contribuables à des fins politiques donnait « une mauvaise impression » et que cette pratique devait cesser.
Autre critique républicaine, Thom Tillis a comparé cette méthode de communication aux campagnes financées par l’État utilisées par l’ancien Premier ministre hongrois Viktor Orbán. Il dit ne pas remettre en cause le message lui-même, mais le moyen utilisé pour le diffuser.
La Maison-Blanche invoque Bush, Obama et Biden
Pour défendre sa démarche, l’administration rappelle que d’autres présidents ont eux aussi participé à des campagnes financées par l’État.
George W. Bush est apparu dans des campagnes relatives à Medicare ou à la lutte contre la drogue. Sous Barack Obama, des fonds publics ont servi à promouvoir l’accès à l’Affordable Care Act. L’administration Biden a financé d’importantes campagnes d’information sur la vaccination contre le Covid-19.
Les critiques font cependant valoir une différence : ces messages portaient sur des programmes ou services publics identifiables, tandis que « Final Battle » reprend presque à l’identique un ancien spot électoral et vise principalement à mettre en avant Trump et son discours politique.
Des juristes interrogés par Reuters et FactCheck.org estiment que cette différence pourrait soulever des questions au regard des restrictions fédérales sur l’utilisation de crédits publics à des fins de « publicity or propaganda ».
À ce stade, aucune décision judiciaire n’a établi que ces spots étaient illégaux.
La polémique gagne les organismes de contrôle
Ce 1er octobre, les représentants démocrates Jamie Raskin et George Whitesides ont demandé l’ouverture d’enquêtes indépendantes.
Selon Reuters, ils ont saisi le Government Accountability Office (GAO) et l’Office of Special Counsel, afin qu’ils examinent notamment si l’utilisation de ces fonds publics respecte les règles fédérales encadrant les activités politiques de l’administration.
L’organisation Public Citizen a également saisi la Federal Communications Commission.
Le président de la FCC, Brendan Carr, considère pour sa part que les spots ne présentent rien qui justifie une enquête de son agence. La commissaire démocrate Anna Gomez estime au contraire qu’ils soulèvent un problème en raison de leur contenu et de leur diffusion à proximité des élections.
Une polémique à quelques semaines des midterms
Le calendrier explique pourquoi l’affaire prend une telle ampleur.
Les élections américaines de mi-mandat auront lieu le 3 novembre 2026. Donald Trump n’est pas candidat, mais il joue un rôle central dans la campagne républicaine pour conserver le contrôle du Congrès.
C’est ce qui nourrit le débat : pour la Maison-Blanche, les spots sont des messages patriotiques comparables à ceux d’administrations précédentes. Pour leurs détracteurs, leur contenu, leur origine — dont un ancien clip de campagne — et leur diffusion quelques semaines avant le scrutin brouillent la frontière entre communication gouvernementale et communication politique.
Et le précédent Noem donne à l’affaire une dimension supplémentaire.
En mars, Trump affirmait n’avoir jamais approuvé une campagne publique de 220 millions de dollars mettant en avant la patronne du DHS. En septembre, c’est le DHS, désormais dirigé par Markwayne Mullin, qui finance à hauteur de 20 millions de dollars une campagne dans laquelle le président occupe cette fois le premier rôle — et à laquelle il aurait personnellement participé.
La question juridique reste ouverte.
Mais une phrase inscrite à la fin des spots suffit désormais à résumer la controverse :
« Paid for by the U.S. Government » — « Payé par le gouvernement des États-Unis ».
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