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Tunisie : 5 ans depuis l’assassinat de Chokri Belaid, le crime reste non élucidé.

On continue d’assassiner Chokri Belaid !

Depuis cinq longues et pénibles années, jour pour jour, la question demeure retentissante, mystérieuse et orpheline de réponse, enfouie dans un silence assourdissant. Six gouvernements se sont succédés sans qu’aucun n’ait fait avancer le dossier. Pire encore, l’omerta prévaut depuis des années. Personne ne sait où en est l’instruction. Juste des bribes d’informations, lancées par ci par là, au hasard des sources, des confidences tirées par les cheveux qu’on fuite pour calmer la meute et amuser la galerie. Le clan Belaid, parents, proches, camarades et avocats pointent un doigt accusateur et frondeur vers le parquet et dénoncent les manœuvres et autres magouilles d’ordre aussi bien politique que judiciaire pour diluer, sinon passer sous silence, comptant sur le temps pour tout oublier.

Depuis plus de trois ans au pouvoir, à Carthage, à la Kasbah et au Bardo, malgré les promesses répétées, rien ou presque n’a été fait. Jusqu’à présent, la justice n’est pas rendue et les meurtriers, les complices et les commanditaires n’ont pas été débusqués. Elucider l’assassinat de Chokri Belaid est resté un slogan de campagne destiné à la consommation interne beaucoup plus qu’un engagement politique ferme. L’affaire est vampirisée, phagocytée et de toute évidence coincée dans les sombres filets des enjeux politiques dont personnes ne connait les dessous. Il y a certainement un intérêt politique derrière l’inertie judiciaire.

Durant la campagne électorale, Béji Caid Essebsi (BCE) s’était engagé, devant toute la Tunisie, à mettre l’énigme au premier rang de ses priorités et à la résoudre en cas de victoire au scrutin. A leur investiture, aussi bien Habib Essid que Youssef Chahed, ont en dit de même. Alors comment comprendre qu’après bientôt quatre pénibles et longues années de règne de la coalition gouvernementale, le dossier reste encore figé à la case départ, suscitant les interrogations les plus virulentes (et les plus légitimes au demeurant). Tout laisse penser qu’il y a un agenda derrière cette mauvaise volonté à tout mettre en œuvre pour démêler l’écheveau et révéler les arcanes de l’assassinat de l’icône Chokri Belaïd. La situation tourne à la mauvaise farce. La mauvaise pièce de théâtre a suffisamment duré. La plume muette et la voix sourde en sont tout aussi complices. Il en est de même pour ceux qui savent et qui se taisent.

Il n’est pas interdit de penser que, dans les hautes sphères de l’Etat, un noyau dur, fort et influent bloque la procédure judiciaire et fait en sorte que la vérité ne jaillisse pas. Peut-être qu’un compromis a été scellé en haut lieu pour enterrer l’affaire, auquel cas ce serait un vrai crime d’Etat. A trop traîner le pas et à défoncer les portes ouvertes, il est dans l’ordre naturel des choses que l’opinion publique, nationale et internationale, se posent des questions et expriment des soupçons, des doutes et des incertitudes, voire même émettent  des accusations. La justice nationale semble battre de l’aile, perdre pied et avoir égaré sa science.

A qui profite le crime ? A qui profite la loi du silence ? A qui profite l’inertie judiciaire ?

Peut-être qu’aux yeux de la justice tunisienne, voire même de l’Exécutif tunisien,  l’élimination de Kamel Gadhgadhi et de ses compagnons, identifiés ou plutôt présentés comme les auteurs de l’assassinat, a clôt le chapitre et achevé le sombre épisode. Les coupables sont exécutés, il n’y a plus rien à voir, le rideau est tombé et le spectacle est terminé. Que veut la peuple ? La mise à mort des terroristes susmentionnés a engendré plus de problèmes qu’elle n’en a résolu et a ajouté une couche d’obscurité aux diverses zones d’ombre dont pâtit le dossier Chokri Belaid. Nul doute que l’opération de la Garde nationale, menée en Février 2014, a plutôt mis une chape de plomb sur l’enquête et  a enlisé encore plus la quête de la vérité.

En conclusion, l’élucidation de l’assassinat de Chokri Belaid, lâche et non moins traumatisant, est entre les mains de Nida Tounes et d’Ennahdha, alliés et compères au pouvoir. Qui protège qui ? Qui est l’otage de qui ? La soumission presque inconditionnelle d’Ennahdha, ces derniers temps, à toutes les décisions, sans compter les autres lubies, de Nida Tounes est trop flagrante pour être fortuite ou innocente. Cette posture d’obéissance aveugle que cache-t-elle en vérité ?! Le clan Belaid a accusé ouvertement Ennahdha mais la justice n’a pas jugé utile d’auditionner leurs leaders, à se demander pourquoi ?

L’appel continue de plus belle, toujours vivace et toujours meurtri. Le cri reste poignant et non moins révolté, même si l’écho ne rend rien jusqu’ici. Le devoir de mémoire est plus tenace, pas de place à l’oubli. Chokri Belaid aime la vie, toute la Tunisie lui doit la vérité et la justice. Faire la lumière sur ce sombre dossier n’est plus un choix mais bel et bien un impératif national. Il est temps plus que jamais de lever le voile. Il temps de permettre à toute la Tunisie de faire son deuil et de tourner la page. Il est temps que la justice tunisienne s’affranchisse des oukases politiques et des pesanteurs des contingences. La justice tunisienne doit la vérité à tout le monde, en particulier à la famille et au  cercle d’amis du valeureux défunt, Feu Chokri Belaid, martyr de la démocratie, de la liberté et de la république.

Une autre voix hurle, haut et fort: qui a assassiné Chokri Belaid?!

 

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