Politique

Tunisie – A une année des élections : Qui sera avec qui et qui se risquera avec qui ?

En Tunisie, en ce moment, alors que la crise frappe de plein fouet toute la population, détruisant  pratiquement la classe moyenne et réduisant la classe déshéritée à la misère, les composantes de la classe politique semblent bien loin de tout çà. Ils n’ont d’yeux que pour les prochaines élections pour lesquelles il ne reste guère qu’une année. Sachant que l’issue de ces élections n’a jamais été aussi incertaine, de même que l’avenir du pays, avec le spectre des conflits entre les différentes factions en présence.

Dans ce tumulte, très peu de personnes savent de quel côté se positionner ou avec quelle partie s’allier. Toutes les autres oscillent entre les deux grands clans, avec pour toile de fond, une crise aiguë de confiance qui secoue tout ce beau monde, où plus personne ne peut se fier à personne et où chacun nourrit des doutes envers les autres.

Pour tenter de dépeindre un tant soit peu la scène politique, telle qu’elle se présente en ce moment, on peut dire qu’il y a deux parties essentielles qui font la course au pouvoir.

D’un côté, les islamistes d’Ennahdha qui n’ont, toujours pas le courage de gouverner en première ligne, surtout après leur déconfiture lors de l’expérience du pouvoir de 2011 à 2013. Ils essaient de toutes leurs forces de trouver une vitrine derrière laquelle ils pourraient gouverner à leur guise, bien que cette politique ne soit plus un secret pour personne, surtout depuis que leur chef suprême, le Cheikh Rached Ghannouchi s’est laissé aller à la joie de la victoire et a dévoilé à tout le monde que c’était lui qui tirait les ficelles de ce qui se passait dans les palais du gouvernement.

Ennahdha pense avoir trouvé en Youssef Chaheh la vitrine idéale, pour en faire le prête nom, derrière lequel le parti allait pouvoir continuer à régner et à diriger le pays vers un projet que désormais tout le monde connait. Mais Ennahdha n’est pas, tout à fait sûre de son allié, car celui-ci a montré, par le passé, des ambitions trop grandes aux yeux des islamistes dévoilant qu’il était, par ailleurs, un assez fin tacticien.

Par ailleurs, toujours dans ce même clan, on ne peut pas dire que la confiance règne, car l’entourage de Youssef Chahed ne cesse de regarder de biais son allié Mohsen Marzouk dont il redoute un nouveau renversement et un retour vers le bercail de BCE. Sans oublier qu’avec les dossiers épineux qui sont en train de pointer du nez, à la charge d’Ennahdha, de nombreux députés qui avaient laissé tomber leurs partis pour constituer un front pro-Chahed, n’ont plus, tout à fait le même enthousiasme, craignant de se retrouver embarqués avec un parti impliqué dans de gravissimes affaires.

Sur l’autre front de cette confrontation, on trouve BCE qui semble vouloir reprendre Nidaa Tounes en mains et qui multiplie, ces derniers jours, les entretiens avec des personnalités politiques du camp des modernistes, comme Mehdi Jomaâ et Yassine Brahim. BCE semble bien décidé à réunifier la famille progressiste pour en finir avec les islamistes, notamment en  acceptant de parrainer le collectif de défense des martyrs Belaïd et Brahmi.

Ce dossier risque d’aller trop loin en faisant exploser le parti Ennahdha. Toutefois, il pourrait aussi rapprocher, un tant soit peu, BCE du front populaire qui exige la tête du parti  Ennahdha voyant en lui un ennemi commun avec BCE. Le Front trouverait avec le Président de la République un allié de taille dans sa quête de la vérité concernant les assassinats politiques. Dans ce même ordre d’idées, BCE pourrait compter sur la toute puissante UGTT qui ne refuserait pas de s’allier avec quelqu’un qui l’aiderait à contrer la politique du gouvernement Youssef Chahed.

En bref, un scénario qui reste ouverte à toutes les possibilités, avec un éventuel retour à la « grande maison » de nombreuses personnalités, comme Mohsen Marzouk, Saïd El Aïdi etc. Et pourquoi  pas, Youssef Chahed qui aura compris que son accord avec Ennahdha constitue une sorte d’alliance avec le diable duquel il ne pourrait récolter que des ennuis ?

Une mise en scène qui pourrait commencer à faire grandir l’idée qu’il serait tout à fait possible, en s’unissant autour d’un ennemi commun, à défaut d’un projet commun, de faire éjecter Ennahdha de la scène politique, quitte à reprendre le combat entre les différentes factions ultérieurement !

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