Société

Tunisie- Bac Sport: La croix gammée parade dans les rues de Djerba

Tunisie- Bac Sport: La croix gammée parade dans les rues de Djerba

Les désormais célèbres affiches brandies lors de la “dakhla” de l’épreuve du Bac Sport ont à nouveau illustré les antagonismes qui définissent toute société. Il suffit parfois d’un acte gratuit ou de la manifestation de l’anarchie régnant dans l’esprit d’un élève assoiffé de liberté d’expression pour exacerber à outrance un paradoxe.  Cruel paradoxe que celui s’exprimant chaque année à l’occasion des épreuves du Bac Sport où l’on découvre des expressions incarnant à juste titre l’exception tunisienne et d’autres agissant à son désavantage.

Cette année, c’est la croix gammée nazie qui s’est invitée dans les rues de la ville tunisienne qui accueille la plus importante communauté juive.  Déjà l’année dernière, des élèves déployaient des affiches géantes à la gloire de “Daech” et du troisième Reich.

C’est un miroir de la société. Chaque année à travers leurs “dakhlas”, rite clôturant les épreuves du Bac Sport, les élèves livrent un regard sur la société qui les entoure et définissent à travers cette manifestation une réponse à leurs interrogations.  Eux qui ont souvent faim de s’exprimer, de donner libre cours à leur élan créatif se trompent parfois de combat et révèlent la vision d’un idéal aux antipodes d’une certaine idée de la tolérance et de l’altérité.

Brandir une affiche célébrant la gloire du régime nazie dont les exactions abominables sont aujourd’hui le symbole de l’antisémitisme est un symbole.  Le symbole n’est pas un fait hasardeux. Il ne surgit pas d’un néant. Il revêt un sens et résonne souvent au delà des manifestations banales. Son écho dépasse la petite entité qu’il est supposé mettre en lumière. Il est “la représentation allégorique d’un principe sous une forme sensible” comme le définit Joris-Karl Huysmans.  La croix gammée est le symbole de l’antisémitisme et de la haine juive. L’afficher ostentatoirement dans la ville tunisienne où plusieurs juifs ont pris refuge et qui abrite chaque année le pèlerinage de la Ghriba fait sens.

Peut-être aujourd’hui, alors que des troubles agitent le front social et politique, il serait aisé de le considérer comme un fait insignifiant n’interpelant nullement notre inquiétude ou celle des autorités éducatives. Peut-être qu’il serait aisé de faire l’impasse sur un acte exprimant au meilleur la désinvolture et la témérité d’une jeunesse désabusée et au pire une volonté de provocation outrageuse. Il serait encore aisé de laisser passer ce clin d’œil haineux comme nous laissons souvent nos petits écrans se transformer en terreaux de propagande ou en lieux professant la haine comme valeur cardinale. Il serait aisé de ne pas ajouter de la confusion au trouble et de reléguer ces questions qui, somme toute, et comme le disent certains apparaissent dérisoires au regard des défis colossaux auxquels nous sommes confrontés surtout que d’autres affiches sont venues contrebalancer ce sentiment diffus de malaise ou d’inquiétude qui peut parfois nous saisir.  Toujours est-il que ce dérapage n’a rien d’insignifiant.

Le ministère de l’Education a érigé cette année l’ordre en maitre-mot des épreuves du Bac Sport. Ce fait ne doit pas lui échapper.

Photo: Yamina Thabet.

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