Tunisie : Bienvenue au pays de la soif…

Récemment, le président-directeur général de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (SONEDE), Mesbah Hilali a déclaré, lors d’une visite à Médenine, l’un des gouvernorats les plus sinistrés sur le plan hydrique, où il accompagnait le Ministre de l’Agriculture, que l’Aïd El-Idha a coïncidé ces dernières années avec le pic estival de la consommation d’eau.

Il a précisé qu’à cela s’ajoutait des températures élevées et une demande croissante en eau, comme c’est le cas pour cette année.
Cela entraînera, selon ses dires, des difficultés au niveau de l’approvisionnement en eau dans plusieurs régions, celles où l’équilibre de l’eau entre l’offre et la demande augmente et même dans d’autres régions où l’équilibre est assuré. A cet effet, les citoyens sont appelés à rationaliser leur consommation d’eau du fait que des pannes provoquant des coupures d’eau pourraient survenir.

Il s’agit là d’un « bon » travail pour préparer psychologiquement les tunisiens aux coupures d’eau et à la soif, en particulier les jours de l’Aïd El-Idha…Une situation surréaliste.

Néanmoins, les coupures récurrentes de l’eau sur tout le territoire du pays et qui durent parfois des mois dans certaines zones et l’absence de raccordement au réseau de l’eau potable de plusieurs régions deviennent des problèmes structurels.

Les principales causes sont multiples, d’ailleurs et à titre indicatif, le Ministère de l’Agriculture reconnaît que l’infrastructure de l’eau, dans son ensemble, souffre de diverses défaillances présentées dans un rapport édité en 2017 sous le titre «Rapport national sur le secteur de l’eau» et qui indique que plus du quart des canalisations sont vieillissantes, dépassant les 37 ans d’ancienneté.

Mieux encore, le Ministère précise qu’avec la lenteur du rythme de réhabilitation du réseau, il est difficile d’envisager que les pertes et casses occasionnées par des canalisations vétustes puissent être réduites même sur le long terme.

Sur un autre plan, il est certain que le chaos hydrique avec son lot de soif et de marginalisation va s’aggraver davantage durant les années prochaines au cas où des mesures efficientes ne seront pas prises notamment en ce qui concerne l’allocation de budgets conséquents pour réformer le système de gouvernance de l’eau en Tunisie.

Le Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES) n’a cessé de rappeler que le droit à l’eau en Tunisie n’est toujours pas garanti alors qu’il est une urgence vitale.

D’après le forum, l’absence de l’accès à l’eau est toujours une réalité de beaucoup de citoyens tunisiens et le besoin d’accès à l’eau est plus pressant que jamais.

Par ailleurs et selon le FTDES le problème d’accès à l’eau s’est aggravée, d’une manière exponentielle à partir de 2011, pour plusieurs raisons qui s’articulent essentiellement autour des difficultés d’assurer une maintenance adéquate du réseau faute de moyens matériels et humains et de la gestion catastrophique de cette ressource vitale par les autorités.

Cependant, d’autres manœuvres émanant des autorités inquiètent. Et pour cause, l’observatoire tunisien de l’économie (OTE) a publié un rapport au mois d’août dernier, intitulé « Politique de l’eau : le nouveau code des eaux saura-t-il répondre à la crise de l’eau en Tunisie ? » où il a appelé à ce que le projet du nouveau code des eaux – déjà adopté par un conseil ministériel fin septembre 2019 – doit disposer clairement que les services liés à l’eau ne sont pas susceptibles de faire l’objet de partenariats publics-privés (PPP) et que l’eau doit être considérée comme un bien public et non comme un service  ou une marchandise.

L’OTE a demandé la protection du droit de l’accès à l’eau à travers un article excluant le service de l’eau des contrats PPP qui sont loin, selon son rapport, de représenter un partenariat idéal et qui peuvent comporter un certain nombre de dangers, d’autant plus pour un bien aussi sensible que l’eau.

En effet, d’après l’observatoire, les PPP qui sont le plus souvent présentés comme une solution à l’endettement de l’Etat tout en permettant de développer des infrastructures, sont en fait considérés comme un endettement dissimulé. L’endettement est en réalité reporté sur le moyen et long terme, portant le poids budgétaire sur les générations à venir.

Pire, en Tunisie, l’OTE précise qu’avec l’ONAS et la SONEDE déjà lourdement endettés, les PPP risquent fortement d’alourdir l’ardoise. Dans le cas du dessalement, la facture peut revenir très chère pour le citoyen, mais particulièrement pour la SONEDE.

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