Tunisie – Cet équilibre instable qui rend le pays ingouvernable

Rien ne va plus, en Tunisie. Rien ne va plus, car une poignée d’illuminés a eu, en 2011, l’idée saugrenue d’imposer à ce pauvre petit pays, un système politique qui leur a été susurré à l’oreille par des forces occultes, un système qui ne peut aucunement coller à la réalité du pays, ni à celle de la soi-disant classe politique qui prétendait le diriger. Un système parlementaire qui a livré la destinée du pays à une élite élue, qui à la faveur d’un vote de sanction, et qui à celle d’un vote « utile ». Une élite qui n’excelle, depuis qu’elle a commencé à siéger sous le dôme de l’ARP, que pour demander des comptes aux ministres qui osent vouloir travailler.

Ce système imposé et parachuté d’au-delà des mers, a fait de la Tunisie un pays ingouvernable. Car basé sur des équilibres instables et des équations improbables, mélangées à des alliances contre-nature.

La Tunisie est, en effet, devenue ingouvernable, au grand bonheur de quelques uns qui ne peuvent que très difficilement cacher leur jouissance de voir le chef du gouvernement se débattre envers et contre tous, y compris contre certains de ses propres ministres, qui, ayant compris les limites du système, ont commencé à agiter les étendards de la mutinerie.

Car il faut savoir que ces ministres se savent « indéboulonnables », grâce à ce fragile équilibre instable qui caractérise la scène politique de la Tunisie, imposé par la donne issue des urnes, suite aux dernières élections, qui ont imposé un paysage polymorphe et poussé à l’union, contre nature, de deux grands partis que, pourtant, tout opposait, et la mise en orbite de deux autres formations plus modestes, mais qui ne comptent pas, pour autant, se contenter d’un rôle de figurant, mais qui font tout pour empêcher le monde de tourner.

De ce fait, Habib Essid s’est retrouvé en train de gérer l’ingérable et de gouverner l’ingouvernable. Il ne peut que supporter les assauts de ses propres ministres, car il est dans l’incapacité de les « remercier », de peur de fâcher leurs amis à l’ARP, et de se retrouver privé d’une majorité fut-elle, que très relative.

Habib Essid se trouve, de ce fait, dans l’obligation de composer avec ces ministres qui frôlent l’insolence, car, pour passer ses lois et autres projets à l’ARP, ce qui est un mal nécessaire, selon les prédispositions du système politique choisi, il est obligé de compter sur toutes les voix qu’il peut engranger, car certaines des formations sensées lui être alliées se sont mises dans la tête de le faire tomber. Il se trouve obligé à chaque fois de suspendre son souffle pour attendre les résultats des votes, car rien ne lui est acquis. Il est sensé bénéficier d’une majorité faite des députés de Nidaa Tounes, d’Afak, de l’UPL et d’Ennahdha. Or pour ce qui est des élus de Nidaa Tounes, tout pris qu’ils sont par leurs querelles intestines, ils n’ont nullement la tête aux priorités de l’Etat, mais, par contre, ils ne supporteraient pas qu’on touche à l’un de leurs amis ministres turbulents au gouvernement. Alors que le bloc de l’UPL est en  train de rétrécir comme peau de chagrin, à la faveur des multiples démissions. Et pour ce qui est des députés d’Afek Tounes, il est devenu évident qu’ils roulent, désormais pour le compte de leur boss, qui s’est mis dans la tête de devenir « Calife à la place du Calife ». Reste, donc, le bloc d’Ennahdha qui se plait dans son rôle de faiseur de pluie et de beau temps, et qui se délecte de voir Habib Essid souffrir et angoisser, avant de le gracier en lui « offrant » une voix, la voix salvatrice, qui lui permet de passer son projet, comme çà a été le cas, lors du vote pour le texte de la BCT, histoire de lui rappeler qui sont les maitres des lieux, le maitres du pays, et ceux par qui il faut, absolument passer.

Quant  Habib Essid, il semble s’accrocher à son mandat, non pas par amour du pouvoir, loin de là. Il le fait juste par acquis de conscience, et pour éviter au pays de sombrer dans des aventures aux issues incertaines, car il a, lui au moins, retenu les leçons du passé, pas si lointain, quand un de ses illustres prédécesseurs, a craqué sous la pression d’une soi-disant opposition et sous le poids de ses slogans insultants, et a démissionné, en lâchant le pays aux mains immatures et incompétentes qui l’ont mené dans la situation dans laquelle il se morfond, encore, de nos jours.

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