Politique

Tunisie – Communiqué de l’UGTT : Une simple initiative politique ou une déclaration d’hostilité ?

L’instance administrative de l’UGTT, vient de clore ses travaux qui se sont déroulés hier, le jeudi 4 mai, et en bouquet final, elle a publié une déclaration qu’elle présente comme une déclaration d’initiative politique de sortie de crise, mais qui ressemble, beaucoup plus, à la première lecture, à une déclaration d’hostilités adressée au gouvernement et à toute la classe politique du pays.

D’ailleurs, en revoyant les actualités de la centrale syndicale ces derniers jours, on voit bien que c’était une « décision » prévisible, vu qu’ils ont, même, pris le soin de choisir et de désigner leur « Lech Walesa » local, en la personne de l’ex-secrétaire général, Houcine Abassi.

En effet, et de prime abord, on ressent que l’UGTT a, à travers cette déclaration, tenu à dire à tout le monde, qu’elle annonce la fin de la récré, et qu’elle entend bien prendre les choses en mains. Forte qu’elle se sentait d’une supposée notoriété internationale suite à son Nobel, et ragaillardie par un vis-à-vis, décidément trop faible et trop hésitant, incapable de lui tenir tête.

Et à tous les niveaux, et dans tous les paragraphes de cette déclaration, on sent la volonté de l’UGTT de renverser « la table » et de prendre les commandes.

1er paragraphe : On perçoit un appel même pas voilé à la mobilisation de ses adhérents, en vue de quoi ? La réponse est sans équivoque : Pour améliorer le rayonnement de l’UGTT et son « effet », ou « pouvoir »

2ème paragraphe : L’appel est lancé aux bases pour accentuer le pression sur le gouvernement dans tous les départements pour « accélérer la mise en œuvre des accords déjà conclus, ou, en d’autres termes, pour mettre à genoux l’Etat, vu que cette mise en œuvre est dans l’état actuel des choses inenvisageable.

3ème paragraphe : L’UGTT accuse la classe politique d’être à l’origine des mouvements sociaux, et le gouvernement de les avoir trop mal géré, et c’est dans ce cadre que l’UGTT semble vouloir imposer sa « médiation », pour s’imposer comme seul maitre à bord.

4ème paragraphe : L’UGTT Prend le parti des protestataires et avertit le gouvernement de toute escalade (avec, toujours et encore l’esprit de vouloir s’imposer comme seul médiateur possible).

5ème paragraphe : L’UGTT fustige le flottement du Dinar et accuse l’Etat d’en être à l’origine, et le somme d’y remédier, de même qu’il l’appelle à maitriser le commerce parallèle, et le déficit de la balance commerciale. Donc, elle le met dos à dos avec la contrebande, et la corruption, et met Nidaa et Ennahdha dos à dos concernant le sort de Zied Laâdhari.

6ème paragraphe : L’UGTT met la pression sur l’UTICA et menace, implicitement, de bloquer le secteur privé, en cas de non respect des engagements du patronat.

7ème paragraphe : l’UGTT appelle à la régularisation de la situation des travailleurs « instables ». Ce qui demeure impossible vue la conjoncture, et ose nommer les régions où les hostilités à ce sujet risquent de se déclencher. Et là, çà devient grave, car l’UGTT a « désigné » Medenine, Jendouba, deux fronts, sur deux frontières chaudes et diamétralement opposées, de quoi donner le tournis à l’Etat. Mais aussi, les faubourgs de Tunis, et plus précisément, La Manouba avec essentiellement Douar Hicher, Ettadhamon…

8ème paragraphe : L’UGTT exprime sa volonté de s’emparer des dossiers chauds, comme la santé, l’éducation et la sécurité sociale… De quoi prendre l’Etat à la gorge.

9ème paragraphe : l’UGTT refuse les partenariats privé-public, et appelle à la mobilisation des salariés du public pour les contrer, en exigeant de revoir tous les accords et de les refaire signer sous son autorité.

10ème paragraphe : L’UGTT émet une fin de non recevoir à l’initiative de BCE concernant la réconciliation et redonne tous les pouvoirs à l’IVD de Sihem Ben Sedrine. Un grand camouflet à l’institution de la présidence de la République.

11ème et 12ème paragraphes : L’UGTT annonce, enfin, sa mainmise sur la politique extérieure de l’Etat.

Au total, force est de constater qu’il ne s’agit point d’une déclaration politique, mais qu’il s’agit, mais bel et bien, d’une déclaration ouverte d’hostilités.

Une première conséquence directe de la gestion par Youssef Chahed, du dossier du syndicat, et son abdication dans le dossier Neji Jalloul.

Mais, comme toute chose a son côté positif, il faut espérer qu’à la lumière de cette « déclaration », et vu son timing, Béji Caïed Essebsi, prendra la peine de moduler, en conséquence, son discours prévu pour la semaine prochaine, et annoncera ce que les tunisiens voudraient réellement, entendre.

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