Politique

Tunisie – Dans une interview sur Diwan FM, Taher Belkhouja se lâche et met tout le monde devant ses responsabilités

Taher Belkhoudja, homme politique et ancien ministre de l’ère Bourguiba, était ce mercredi, l’invité de Diwan FM, pour donner son avis sur la crise inextricable que traverse le pays, sur ses causes et éventuellement, sur ses possibles solutions.

A la question de savoir si cette époque ne lui rappelaient pas les derniers jours du règne de Bourguiba, Taher Belkhouja, essuya le piège d’un habile revers de main, en annonçant qu’on ne peut pas comparer ce qui est incomparable.

Par rapport aux différentes lectures de la situation actuelle dans le pays, et celle à laquelle il adhère, il répondit, qu’au jour d’aujourd’hui, il y avait une seule lecture de la situation: elle est dangereuse et ne pourrait durer.

Il a expliqué qu’en politique on doit gagner la confiance des gens et que ce n’était, malheureusement pas, le cas actuellement.

Il a ajouté qu’on en est là pour payer la facture des erreurs de ce qui s’est passé après 2011 . Il s’est ressaisi en disant qu’il s’agissait d’essais malheureux de gens qui ne comprenaient pas et qu’il n’irait pas jusqu’à parler de « traîtrises ». Il a, par ailleurs, déploré qu’on n’ait, à ce jour, pas préparé la relève et on n’ait pas réussi à nous confronter la réalité. Dans ce cas, a-t-il ajouté, ceux qui sont à la barre, devraient mieux aller faire autre chose que de croire faire de la politique.

La dépréciation de l’autorité de l’etat, a-t-il ajouté, a conduit à l’absence de confiance, de même que la bassesse du discours des politiciens, a détruit l’Etat.

Qu’est ce qui empêcherait, alors, de corriger la situation puisque tout le monde est d’accord sur le diagnostic ? Belkhoudja répondit que tout le monde avait compris le fond du problème, depuis longtemps, mais, malheureusement, pas les premiers concernés en allusion aux  hommes politiques, qui continuent à nous mentir et à se mentir à eux-mêmes. Mais, les chiffres parlent et leur verdict est implacable, a-t-il ajouté.

Maintenant, pour être concrets, Belkhoudja préconise que le plus urgent est de regagner la confiance du tunisien, ce qui ne sera pas chose facile. Comme il est urgent d’améliorer l’image du politicien. Car Les gens sont à la fois excédés et  désespérés. Il a rappelé, qu’en plus des milliers de migrants clandestins il ne faudrait pas oublier la fuite catastrophique des cerveaux qui a vidé le pays de ses compétences.

Pour sortir de cette situation, Belkhoudja préconise qu’il faudrait, avant tout, que chacun reconnaisse ses responsabilités. Il ne faudra juger personne, c’est le rôle des historiens qui se feront un plaisir de le faire. L’histoire retiendra que les responsables depuis 2011 à ce jour, n’ont aucune expérience ni en politique ni en gestion. Même BCE, a-t-il ajouté, a peur de dire les vérités comme elles sont. Même si ses prérogatives sont limitées. Car il faudrait savoir que maintenant les gens sont inquiets et ne tolèrent plus rien. Et ça ne peut plus continuer ainsi.

En parlant de BCE, Belkhoudja a dit, que pour être Bourguiba, il ne suffit pas de mettre des lunettes ou des costumes comme les siens. Bourguiba est une autre pointure. D’ailleurs, a-t-il, fait remarquer, BCE a failli là ou Bourguiba a réussi.

Mais pour être dans le concret, il faut avouer que le système politique créé par la nouvelle constitution est inadapté. Car à cause de lui, personne ne peut, réellement gouverner. Ce système a créé un blocage de l’Etat.

Il n’est nullement question de continuer avec ce système jusqu’en 2025. Il faut le changer le plus tôt possible.

Dabord, il conseillerait à BCE, d’annoncer tout de suite qu’il ne va pas rempiler en 2019; Il faut reconnaitre qu’il ne pourra pas gouverner jusqu’à l’âge de 100 ans. Il doit penser, dès maintenant à assurer une bonne relève pour le pays et il est impératif de tout réparer et préparer avant 2019. Il faudra commencer par changer le système politique d’ici 2019, sinon, plus rien ne pourra sauver le pays.

Comment expliquer qu’un chef d’Etat ne puisse pas changer un ministre, ou pire encore, un chef du gouvernement qui se “mutine” contre le système qui l’a mis en place? Il est impossible d’avancer avec un chef d’Etat qui n’est pas en accord avec son chef du gouvernement. C’est inconcevable. Youssef Chahed se trompe, quant à ses ambitions, lui et ceux qui le conseillent.

Par ailleurs, Belkhoudja a annoncé qu’il trouvait aberrant qu’on fasse participer les organisations nationales aux décisions purement politiques du pays. Il a ajouté que BCE aurait dû sauter sur l’occasion qui lui avait été offerte par Samir Majoul quand il a pris la tête de l’UTICA, et quand il a déclaré qu’il ne voulait pas s’occuper de politique.

Nous devrions nous inspirer de l’exemple égyptien, a ajouté belkhodja. Pas dans la manière mais dans le fond, quand ils ont réuni une dizaine d’experts en droit constitutionnel, qui ont préparé une bonne constitution, en un mois. Une constitution qui permet, maintenant de gouverner le pays. C’est une question vitale, car on ne pourra jamais arriver en 2025 avec ce simulacre de système politique hybride qui bloque l’Etat.

Belkhoudja a conclu sur une autre réforme urgente à entamer: celle de la loi des partis. Il est absurde qu’un pays comme le notre ait 250 partis politiques, a-t-souligné.

Pour donner un exemple de l’absurdité de la loi actuelle, il a pris l’exemple du parti Nidaa Tounes qui est, à ses yeux, illégal. Trouvez-vous normal qu’un parti gouverne le pays depuis 5 ans sans avoir tenu son congrès constitutif ? C’est le rôle du ministère de l’Intérieur de mettre un peu d’ordre et de façon urgente.

Vidéo de l’intervention de T. Belkhouja sur Diwan FM

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