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Tunisie – Dattes : une récolte record de 400 000 tonnes, des marchés saturés et des producteurs en détresse [Vidéo]

    Ce jeudi 27 novembre 2025, Mohamed Salah Belhaj, membre du conseil central de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP) à Tozeur, a confirmé à Tunisie Numérique que la production nationale de dattes atteindra cette année 400 000 tonnes, contre environ 300 000 tonnes au cours des précédentes saisons. Une augmentation significative qui confirme une abondance exceptionnelle de l’offre.

    Il a précisé que plusieurs zones, auparavant non productrices, sont devenues actives depuis deux ou trois ans, mais ne sont pas encore incluses officiellement dans les superficies classées comme oasis productrices. Cette dynamique renforce davantage les volumes disponibles sur le marché.

    Un écart important entre production et consommation nationale

    Selon Belhaj, la consommation tunisienne avoisine 70 000 tonnes, avec une particularité notable :
    le consommateur tunisien achète principalement des dattes de très haute qualité, ce qui accentue l’écart entre l’offre globale et la demande intérieure.

    Cet écart structurel crée une série de problèmes, notamment en matière de stockage, de commercialisation et d’écoulement des quantités excédentaires.

    Un marché dominé par 12 exportateurs et des débouchés traditionnels

    L’intervenant a souligné qu’environ 12 exportateurs principaux contrôlent la majeure partie du flux d’exportation. Parmi les marchés traditionnels, le Maroc absorbe à lui seul 30 000 tonnes de dattes tunisiennes chaque année.

    De manière générale, les exportations se situent entre 120 000 et 140 000 tonnes, ce qui fait de la filière des dattes – après l’huile d’olive – l’un des secteurs agricoles les plus importants en termes de rentrée de devises.

    Des prix multipliés par trois entre la production et la vente au détail

    Concernant les prix, Belhaj a précisé que les dattes de haute qualité se vendent entre 3500 et 4000 millimes dans les zones de production comme Kébili et Tozeur. Dans les autres régions du pays, elles sont proposées entre 9000 et 10 000 millimes, avant de grimper jusqu’à 16 000 millimes pendant le mois de Ramadan.

    Il impute cette flambée au monopole, à la spéculation et aux pratiques de certains intermédiaires et propriétaires de chambres froides.

    Des prix d’exportation faibles et une filière en manque d’encadrement

    Pour ce qui est des dattes destinées à l’exportation, les prix varient entre 2300 et 2400 millimes pour les variétés de qualité supérieure, et entre 1300 et 1400 millimes pour les dattes de qualité moyenne.

    Belhaj estime que la situation actuelle exige une intervention urgente de l’État afin d’améliorer les performances du secteur, surtout en raison de la faiblesse du rôle du Groupement interprofessionnel des dattes, qu’il accuse de n’avoir « apporté aucune aide significative » aux agriculteurs.

    Des difficultés qui risquent de s’aggraver en 2026

    Le responsable de l’UTAP a alerté sur le grand malaise que vivent actuellement les producteurs, un malaise qui, selon lui, ne concerne pas uniquement la saison en cours mais risque de se prolonger jusqu’à l’année prochaine.

    L’abondance de l’offre, la baisse des prix, le manque de débouchés et les difficultés à écouler les stocks menacent de provoquer des pertes importantes dans la filière.

    Baisse supplémentaire des prix des dattes rouges

    Belhaj a ajouté que même les dattes rouges destinées à l’Espagne, à l’Indonésie et à la Malaisie connaissent aujourd’hui une chute de prix : vendues auparavant entre 1200 et 1300 millimes, elles ne dépassent plus 1100 millimes.

    Il appelle l’État et le ministère de l’Agriculture à intervenir rapidement, à écouter les doléances des producteurs et à prendre des mesures urgentes pour préserver l’équilibre de la filière.

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