Tunisie : Ennahdha ancre son pouvoir au détriment de la rédaction de la constitution

Les retards accusés dans la rédaction de la Constitution au niveau de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) qui, six mois après son élection le 23 octobre 2011, n’a réussi à s’accorder que sur l’article 1, laissent perplexes la majorité de l’opinion publique nationale.

Ce report aux calendes grecques de l’élaboration de la Constitution est devenue ostentatoire dans le comportement des personnes qui tiennent provisoirement les rênes du pouvoir mis en place pour assurer la gestion de la transition dans le pays.

Aussi bien le président de la République que le premier ministre ou le président de l’Assemblée constituante n’inscrivent plus dans leurs priorités la rédaction de la constitution. Tous leurs faits et gestes attestent de leur volonté de s’installer dans la durée.

Une transition aux contours mal définis

Sans contours ni délais clairs, la transition en Tunisie risque de se prolonger au-delà d’une période raisonnable souhaitée.

Avant les élections, les partis avaient convenu tacitement de l’échéance d’un an pour la rédaction de la constitution qui serait suivie d’élections générales. On a parlé, dans un temps, après les élections du délai de 18 mois, puis de deux ans ensuite de trois ans.

Le président provisoire Moncef Marzouki  dont le parti politique est membre de la Troïka au Gouvernent a laissé entendre dans sa dernière sortie médiatique que pour réussir à faire ses preuves un Gouvernement a besoin de 3 ans.

Les querelles stériles, au sein de l’Assemblée constituante, les reports à répétition des travaux des commissions de rédaction de la constitution ainsi que les atermoiements de la Troïka majoritaire conduite par Ennahdha, retardent toute avancée et diffèrent chaque jour un peu plus l’échéance de doter le pays d’une constitution, dans des délais raisonnables.

Au Gouvernement, certains commencent à prendre leurs aises et à se projeter dans le long terme en envahissant l’appareil administratif de l’Etat à travers des nominations politiques.

La conquête de l’appareil administratif

Les nominations de personnalités du parti Ennahadha comme gouverneurs dénote d’une politique visant à contrôler les rouages de l’Etat afin d’assurer la pérennité du parti.

Le mouvement attendu au niveau du corps des ambassadeurs auquel on prépare l’opinion publique en distillant les informations sur la possibilité d’opérer des nominations politiques est également une preuve de cette nouvelle orientation du principal parti au pouvoir, Ennahdha.

Le Gouvernement a démontré son incapacité à régler les problèmes quotidiens auxquels sont confrontés les citoyens tunisiens, à savoir, instaurer la sécurité, améliorer le pouvoir d’achat, réduire les inégalités entre les régions, créer des emplois, attirer les investissements et en définitive créer de nouvelles richesses pour le pays.

Cet échec constaté du Gouvernement à réaliser les objectifs précités, a suscité un vaste mouvement social au sein du pays, faisant perdre aux politiciens d’Ennahdha de leur contenance et les acculant à s’en prendre aux petits partis de gauche et de l’opposition. Ils ont inventé des complots et s’en sont pris à la presse, considérée comme un bouc-émissaire pour ne pas être assez soumise et faire les louanges des nouveaux « maîtres du pays ».

Inexpérience et usure du pouvoir

Cette situation a créé le doute chez les partis de la majorité en particulier Ennahdha qui se sent menacée et n’est plus aussi sûre de sa popularité, ainsi les futurs résultats des urnes sont devenus une hantise pour les partis de la majorité.

Les divergences entre les partis de la Troïka apparaissent de temps à autre au grand jour, laissant entrevoir des alliances fragiles.

L’exercice du pouvoir au quotidien a miné ces partis, effritant le peu de crédibilité dont ils disposent, les éloignant de leurs bases en créant un large fossé.

Les divisions et départs dans les partis de la Troïka comme le CPR et Ettakatol en disent long sur l’affaiblissement de ces formations politiques usées par l’exercice du pouvoir et leur inexpérience.

Recours au populisme et au court terme

C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre la tentation du Gouvernement de Hamadi Jebali d’adopter une politique populiste ciblant le court terme.

La dernière tentative de Hamadi Jebali d’interférer dans la politique de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) en s’ingérant dans la politique monétaire démontre la volonté du Gouvernement de placer sous son joug l’Institut monétaire.

La mesure introduite par le Gouvernement dans son programme économique et sociale relative à l’adoption d’une politique monétaire expansionniste et de taux d’intérêt bas vise, en réalité, à faire tourner la planche à billets en favorisant l’inflation et par conséquent à conduire à un surendettement des ménages.

Des sources informées au ministère du Commerce et du Tourisme ont indiqué, d’un autre côté, qu’il a été décidé d’injecter 1.200 millions de dinars supplémentaires dans la Caisse de compensation, portant ainsi à 12.000 millions de dinars le budget.

Tous les signes montrent que la rédaction de la constitution a été remise au second plan et que l’on s’achemine vers l’installation dans la durée du Gouvernement et des autres pouvoirs.

Un risque non calculé

Mais là aussi, il faut reconnaître que ce serait un risque politique dangereux. Après la révolution du 14 janvier, plus rien ne fait reculer les Tunisiens qui sont prêts à tous les sacrifices pour défendre leur liberté.

De nombreux observateurs ont fait part de l’impatience des Tunisiens à la lumière des événements qu’ils ont vécu tout au long de ces derniers mois, de retourner le plus rapidement possible aux urnes pour faire le bon choix, celui susceptible de faire recouvrir au pays sa stabilité et y ancrer la démocratie et la liberté.

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