Politique

Tunisie : Ennahdha des signes de faiblesse qui ne trompent pas !

Le mouvement Ennahdha serait-il un géant au pied d’argile ? Est-ce un parti islamiste rattrapé par son passé, ses contradictions, la conjoncture dans le pays et dépassé par son temps ?

En tout cas les différents revers subis par ce parti politique qui était jusqu’en 2014 le premier parti politique du pays avant d’être détrôné de son piédestal par le parti Nidaa Tounes, en disent long sur sa vraie nature et surtout sa consistance.

Un lourd passé

Ses erreurs de gestion lors de la période la Troïka entre 2012 et 2014, lui ont coûté énormément en le montrant sur son vrai jour pour les Tunisiens.

Sans expérience de la pratique du pouvoir, le parti s’est livré à une gestion calamiteuse et ses choix douteux et contestables ont fait entrer le pays dans un engrenage indescriptible qui en paye à présent le prix.

Débats stériles sur l’identité, l’égalité homme/femme, primauté de la langue arabe et autres thèmes de discorde ont été mis en avant par le parti Ennadha en tentant d’imposer aux Tunisiens un nouveau mode de vie.

Animés de ressentiments pour les années de prison et les souffrances sous les régimes Ben Ali et avant lui Bourguiba, certains dirigeants nahdhaouis ont agi avec un esprit de vengeance et d’exclusion de l’autre.

Une situation qui a conduit à l’instauration d’un climat délétère dans le pays avec pour conséquence l’essor du terrorisme et les assassinats politiques.

Une alliance contre-nature 

Ayant placé leur confiance dans Ennahdha au lendemain de la révolution de 2011 en le faisant bénéficier de la présomption d’avoir les mains propres pour n’avoir pas été impliqué dans la gestion des affaires du pays, les Tunisiens se sont réveillés en 2014 en le désavouant lors des élections législatives.

Mais fort de sa base et de ses méthodes de mobilisation populaire qui mettent en avant le discours religieux, Ennahdha a réussi à limiter la casse en se plaçant second ce qui lui confère un pouvoir de blocage au sein de l’Assemblée des représentant du peuple (ARP).

Son alliance avec Béji Caïd Essebsi motivée par des considérations pratiques, Nidaa Tounes n’ayant pas obtenu la majorité absolu à l’ARP, va maintenir ce parti dans le giron du pouvoir lui qui avait déjà investi lors du règne de la Troïka tous les rouages du pouvoir.

Toutefois, l’expérience de Béji Caïd Essebsi qui en fait un politicien retors lui a permis au fur du temps à marginaliser Ennahdha, l’obligeant à maintes reprises à concéder des concessions en faisant passer son programme électoral sur la base duquel il a été élu.

Cette tendance s’est accélérée dernièrement avec la prise d’initiatives par le président de la République sur de nombreux sujets allant de l’égalité de l’héritage entre homme et femme, au mariage de la tunisienne avec un non musulman en passant par la loi de réconciliation administrative jusqu’au calendrier des élections municipales et du choix des membres de l’Instance supérieure indépendante des élections (ISIE).

Se sachant désavoué par les Tunisiens qui ont rejeté clairement le mode de vie proposé par le parti, Ennahdha n’a pas osé, à l’exception de quelques voix dissonantes, contester ouvertement les choix de Béji Caïd Essebsi.

Essebsi s’est même payé le luxe d’exprimer dans une interview dans le journal la Presse sa déception à l’égard d’Ennahdha qui n’a pas réussi à évoluer vers un parti civil. Une attaque frontale que les dirigeants au plus haut niveau au sein du mouvement ont encaissée en faisant profil bas.

Une attitude qui a dévoilé la grande faiblesse de ce parti qui commence à être miné par les divisions internes avec l’apparition de courants qui contestent ouvertement les choix et le leadership du Cheikh Rached Ghannouchi.

Son alliance contre-nature avec Nidaa Tounes a éloigné le parti Ennahdha de sa base qui ne se reconnaît plus dans les dirigeants actuels ni leurs choix. Une opportunité que ne manquera pas d’exploiter les faucons pour donner le coup de grâce à Rached Ghannouchi.

Effets de la conjoncture régionale et internationale 

Autre élément crucial dans le recul du mouvement Ennahdha, la conjoncture internationale et régionale qui n’est plus favorable aux partis islamistes dans le monde depuis l’arrivée du président américain Donald Trump.

Le nouveau locataire de la Maison Blanche a fait de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme islamiste notamment le financement des groupes djihadistes son cheval de bataille et la crise du Golfe qui déchire les frères des monarchies de pétrodollars en est une illustration parfaite.

Ce serait naïf de penser que l’Arabie a décidé de son propre chef de lutter contre le terrorisme en formant une alliance avec trois autres pays , les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte contre le Qatar accusé de financer le terrorisme et d’abriter des personnes recherchées dans des crimes terroristes.

C’est connu le Qatar est un allié inconditionnel du mouvement Ennahdha et on le soupçonne de l’avoir financé depuis 2012 ce que le parti de Rached Ghannouchi conteste.

Ainsi, il ne fait pas bon en ces jours qui courent de se proclamer islamiste eu égard à la stigmatisation dont sont victimes les courants et partis politiques islamistes en raison de la multiplication des attentats dans les pays européens qui observent actuellement une tolérance zéro face islamistes de tout bord.

A la lumière cette réalité de nombreux analystes pensent que ce qui arrive au Qatar qui est allié aux Frères musulmans en Egypte et au président déchu Mohamed Morsi, l’a été sous l’instigation du président Abdelfattah al-Sissi auquel le petit Emirat du Golfe voue une opposition acharnée.

Cette situation a affaibli Ennahdha qui craint de subir le même sort et qu’il ne soit mis au ban des partis politiques honnis par la communauté internationale.

Les événements de 2013 de l’ambassade américaine sous le règne de la Troïka dirigée par Ennahdha, ont terni l’image de ce mouvement politique en raison de sa responsabilité directe aux yeux des Américains et rien n’indique qu’ils aient pardonné ou oublié ces erreurs commises par les nahdhaouis à l’époque.

C’est ce qui explique que Ennahdha préfère faire profil bas en attendant des lendemains meilleurs qui risquent de s’éterniser!

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