Tunisie – Épidémie du coronavirus : Les aspects psychologiques

5ème partie : CONFLITS AU SEIN DU COUPLE LORS DU CONFINEMENT : QUELLES ASTUCES POUR S’EN SORTIR SAIN ET SAUF ?

Auteure : Donia Remili : Docteure et chercheure en psychologie à Université de Tunis et à inetop- cnam. Paris. Enseignante à l’ISSIT et membre actif de la société civile (psychologues du monde, Tunisie)

Cette période de confinement ne semble, malheureusement pas, jouer en faveur de certains couples. Surtout ceux qui étaient déjà en conflit ou ayant des  difficultés à s’entendre, des problèmes d’argent, ou encore de vieilles rancunes, qui n’attendaient qu’une étincelle pour exploser ! Le plus inquiétant, c’est la mauvaise tournure que peuvent prendre certaines altercations pour se transformer en violence, sous toutes ses formes (verbale, physique et psychologique). Ce constat n’émerge ni du néant ni d’une simple hypothèse, mais plutôt d’un fait réel et d’appels au secours lancés par plusieurs femmes, ces derniers jours. Il ne s’agit pas de cas isolés, puisque ça été déclaré dans plusieurs pays, en  chine, en France, mais aussi en Tunisie.

Cette tension n’est pas anodine, puisqu’en Chine, le premier pays à avoir expérimenté le confinement,  un taux élevé de divorces a été signalé après la levée du confinement, selon le bureau d’enregistrement de divorce  (Mark Ralston AFP). En Australie, le Premier ministre, Scott Morrison a affirmé, pour sa part, que les requêtes liées à des situations de violences au sein du foyer ont augmenté de 75% depuis les premières mesures prises par le gouvernement.

Quant à la France et d’après le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner a annoncé, le 26 Mars, que les violences conjugales ont augmenté d’un tiers durant le confinement. Ce qui l’a poussé à mettre en place un nouveau dispositif d’alerte.

Alors sommes-nous, en Tunisie, à l’abri de ce phénomène ?

On ne déroge certainement pas à la règle, puisque certaines associations et instances publiques en Tunisie, ont tiré un signal d’alarme par rapport à la détresse psychologique des femmes qui souffrent en silence !

Face à ce problème, il importe de présenter ci-après quelques stratégies, qui pourraient servir aussi bien à Monsieur qu’à Madame, afin de minimiser les dégâts et apaiser, un tant soit peu, les tensions, pour pouvoir vivre ne serait-ce qu’un semblant de paix, faire une trêve et prendre une décision bien réfléchie une fois cette rude épreuve dépassée.

Pour ce faire on va mettre à la disposition des femmes, mais aussi des hommes vivant cette situation, une « boite à outils », que chacun pourra utiliser selon son choix et selon la situation :

Outil N°1 : « Faire parfois la sourde oreille » :

En temps normal, lorsqu’un couple commence à discuter d’un sujet assez critique en rapport avec ; (l’argent, la jalousie, le sexe, les enfants, le rôle de chacun dans le ménage ….), cette discussion tourne souvent au vinaigre. Et, en dehors de cette période de confinement, un des conjoints bat, en général, en retraite et sort pour prendre un café avec ses potes, regarder un match de foot, jouer aux cartes, et d’autres choisissent d’autres options dans les quelles beaucoup de personnes se reconnaissent… Mais étant confiné et barricadé, entre quatre  murs, les alibis de fuite ne sont plus possibles. Du coup, les chances de tomber en proie aux rixes, sont très probables. Il est donc recommandé dans ce cas de battre en retraite, tout en restant sur place, en faisant « la sourde oreille », ou en essayant de prendre un peu de recul et se montrer plus compréhensif, même en ayant la conviction de n’avoir nullement tort, en attendant que la tempête passe.

Outil N°2 : « Garder le sang froid et gérer la situation en douceur !» :

Face à cette épidémie, on se sent tous «  impuissants », par conséquent, on a l’impression de perdre le contrôle en rapport avec nos problèmes quotidiens. En effet, certaines personnes et surtout celles qui avaient l’habitude de « gouverner » et ayant un caractère autoritaire avec une petite dose de nervosité, développent une réaction irrésistible de vouloir à tout prix « maîtriser » quelque chose, et c’est généralement ce qui se manifeste à travers un comportement intrusif, « en cherchant la petite bête », et « en fourrant le nez » dans toutes les affaires, essentiellement envers le partenaire, et accessoirement les enfants. Un comportement, qui fera monter la moutarde au nez de Monsieur ou de Madame et bonjour les dégâts ! Ce qui implique, dans ce cas, plus de sagesse de la part du partenaire, en gardant son sang froid et laissant passer l’orage !

Outil N°3 : « utiliser l’humour… Il rime avec amour !» :

Face à un conjoint sous l’emprise de la colère et pour ne pas se prendre des critiques vexantes de plein fouet, il ne faut pas hésiter à recourir à l’humour. C’est une stratégie très efficace pour ceux qui ont le talent de l’utiliser. L’humour, permet souvent de détendre l’atmosphère et d’apaiser la tension du conjoint ayant les nerfs à fleur de peau.

Dires des anecdotes, des blagues et surtout ne pas faire de farces qui risquent de donner des effets inverses.

Outil N°4 : « opter pour la banalisation, sans chercher la provocation !» :

Si un jour quelqu’un remarque que son conjoint est monté d’un cran, il faut utiliser ce qu’on appelle «  la synchronisation croisée ». Se la jouer cool et zen et se dire, que le sujet ne mérite pas tant de frustration. Donc banaliser la conversation. Mais attention à ne pas banaliser la personne elle même! Autrement, ça pourrait avoir un effet paradoxal.

Outil N°5 : « Faire de la cuisine un espace de partage et de plaisir !» :

Le psychologue, Américain Abraham Maslow, a souligné l’importance d’assouvir, en premier lieu, les besoins basiques de l’être humain (manger, boire, …). En effet, cette peur de ne pas pouvoir satisfaire ce besoin, on l’a bien constatée lors de cette épidémie, à travers les achats compulsifs des citoyens un peu partout dans le monde.

Il serait, donc, mieux non seulement de régaler le ventre, mais aussi, de le faire avec art, plaisir, et amour. Et çà serait encore mieux si c’est partagé par les membres de la famille. Ce qui fera une occupation et un moyen de renforcer les liens familiaux et, du coup, une stratégie d’évacuer les tensions et de minimiser les conflits !

Outil N° 6: « Créer chacun, son petit monde de détente !» :

Renforcer le lien familial au cours du confinement, n’empêche pas d’avoir une petite escapade dont tout un chacun a besoin. Attention çà ne doit pas être un long isolement ! C’est en quelque sorte un moyen de marquer son « territoire psychologique », pour travailler, écouter de la musique, se reposer, se remettre en question.

Le  respect de cette bulle psychologique, permet de se ressourcer, de réfléchir, et de savourer des moments de paix intérieure, mais aussi avec les autres.

Outil N°7 : « Faire sortir « l’enfant » enfoui en soi !» :

Tout le monde sait qu’il n’y a pas plus innocent et joyeux qu’un enfant. Il crée une ambiance ludique et de bonheur au sein de la famille. Même en étant adulte, se cache au fin fond de nous un enfant que l’on veut toujours cacher pour préserver l’image et le statut du « chef de famille », ou de la femme « forte » qui gère tout. Or, sortir, parfois, de ce cocon d’adulte et se laisser materner, jouer, rire comme un fou et faire le clown, comme un enfant, permet de briser pendant quelques temps les liens rigides entre les membres et évite de déclencher des esclandres, particulièrement, entre les couples.

Outil N°8 : « Se réfugier dans la spiritualité!» :

On a toujours évoqué le besoin de se sentir en sécurité et dans la sérénité, lorsqu’on croit à une force suprême « Dieu » auprès de qui on se réfugie, lorsqu’on n’a aucune maîtrise sur ce qui nous entoure, surtout dans les périodes de catastrophes, comme c’est le cas pour cette épidémie du coronavirus et comme çà a été, avant ça, avec la peste et les autres fléaux.

En observant les statuts publiés sur les murs des internautes, mais aussi dans des médias, voire les discours des sommités parmi les politiciens dans le monde, on constate qu’ils se sont inclinés devant cette force divine et cherchent miséricorde et pardon.

En fait, la spiritualité et le recours à la religion, sont une sorte d’éveil des consciences de l’humanité, vers la sagesse et l’amour (Philippe le Bé, journaliste suisse). Dans cette crise sanitaire, les musulmans espèrent à travers leur prière, leur « douâa », le partage et le rappel « de certains sourates du livre sacré le « Coran », redécouvrir et s’approcher plus de Dieu et déclarent se sentir plus rassurés et protégés. Alors, pour les croyants qui trouvent leur bonheur dans la spiritualité pour leur épargner les conflits, l’anxiété et la peur, qu’ils ne s’en privent pas !

Il convient de rappeler que ces recommandations ne sont pas destinées aux couples à « relations pathologiques », qui vivent d’emblée une vie infernale, une souffrance et dont la violence est la seule solution. Pour ces personnes, il existe une ligne verte mise à disposition au niveau du ministère de la Femme, qui travaille en coopération avec la société civile pour un accompagnement et une prise en charge personnalisée de chaque cas!

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