Tunisie – Et si la boutade de « La Fatwa » de Habib Essid était un avertissement solennel ?

Habib Essid, Le chef du gouvernement sortant, a créé le buz, ce matin, en lançant une boutade au Cheikh Rached Ghannouchi assis au premier rang des dignitaires venus assister à la passation de pouvoirs entre les deux gouvernements. En abordant le sujet de la nécessité de laisser au nouveau gouvernement le temps de fonctionner et de mener à bien ses actions, Habib Essid a lancé à la volée, et en direct sur la majorité des chaines de télévision, une boutade adressée au Cheikh Rached Ghannouchi, en disant que lui n’a pas eu le temps pour mener à bien son programme, et qu’ « on » a procédé à une « initiative » pour l’en empêcher. Mais que cette fois-ci, il ne s’agirait pas de procéder par une « Fatwa de Sidi Echeikh », et qu’il faudrait laisser au gouvernement suffisamment de temps pour réaliser ses projets.
Toute l’assistance a ri de cette boutade. Il  y en a qui en ont rigolé franchement, d’autres, ont ri jaune, d’autres, encore, ont ri sous cape, probablement, de peur de froisser les sentiments du Cheikh… Tout le monde en a ri… sauf le Cheikh, lui-même, qui en a eu un rictus hideux qui lui a déformé la face.
Il est à parier que la réaction du Cheikh n’a rien à voir avec le fait qu’il n’ait pas trouvé la « blague » à son goût, mais, probablement, parce qu’il aura été parmi les rares, si ce n’était le seul, à avoir saisi le vrai sens de cette répartie.
En effet, et en y revenant, à froid, une fois l’effet hilare passé, on saisit la gravité de ce qu’a prononcé Habib Essid. Et qui ne pourrait être compris que comme un avertissement solennel adressé à Youssef Chahed, mais aussi au reste de la soi-disant classe politique venue en nombre et en grande pompe au palais de Carthage.
Habib Essid, n’aurait-il pas voulu avertir Youssef Chahed qu’apparemment, il y aurait comme de l’eau dans le gaz, entre les deux Cheikhs ? Et que si, lui, il venait de faire les frais de ce coup de frais, entre les deux vénérables hommes, en ayant été écarté à la faveur d’une initiative de BCE, qu’il avait prise, et annoncée, sans en référer à son « copain », le Cheikh… Lui, Youssef Chahed risquait de connaitre le même sort. Sauf que l’initiative viendrait, en ce qui le concerne, de la part du Cheikh, ce qui suscite la question de savoir qui commande, réellement, et qui décide en la matière, en Tunisie. Mais, plus grave encore, Habib Essid a utilisé le vocable de « Fatwa ». Or, il n’est pas du genre à dire n’importe quoi, et il est connu pour bien mâcher ses mots avant de les prononcer. Donc, en parlant de Fatwa, Essid ne voulait-il pas insinuer que cette « mesure » de destitution si chère aux islamistes pourrait revenir au gout du jour, en Tunisie ? ce qui laisserait entendre qu’il va, peut-être, y avoir un « putsch » mené par les islamistes, contre la constitution et contre la notion de l’Etat civil !!!
En tous cas, Chahed semble avoir reçu le message d’Essid « cinq sur cinq », rien qu’à voir sa réaction quand il a entendu cette « boutade », et le sourire « de circonstance » qu’il a été obligé de jeter du bout de la bouche au Cheikh dévasté par le speech d’Essid. Par contre le reste de l’assistance, s’est contenté de rire de la blague, et surtout, de son effet sur le Cheikh, sans en mesurer le vrai sens.
Au final, Habib Essid aura réussi sa sortie, en disant, tout haut, ce qu’il pense, même si çà s’est fait à mots codés, Et Youssef Chahed sait, désormais, à quoi s’en tenir avec les islamistes d’Ennahdha. D’ailleurs, drôle de coïncidence, au moment, même de son investiture, Chahed a connu son baptême du feu, en enregistrant la première attaque terroriste de son « règne ». Comme si les terroristes de Sammama avaient voulu donner raison à Hamadi Jebali qui, deux jours auparavant, prédisait la reprise des attaques terroristes. Et, presque, au même moment, du côté de Maknassy, les citoyens ont séquestré les camions  transportant le phosphate en provenance de Gafsa, comme pour répondre au Cheikh qui avait déclaré, deux jours auparavant, que chaque région de la Tunisie devrait pouvoir bénéficier des rentrées d’argents faites grâce à ses richesses. Et comme la richesse de Maknassy réside dans sa route, par laquelle transite le phosphate extrait de Gafsa, si l’on comprend le message des protestataires, ces derniers ont tenu à répondre de la sorte au discours du Cheikh.
Décidément, çà démarre fort, très fort, même, pour le tout jeune Chahed !

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