Tunisie – Ghannouchi va se payer la tête de Fakhfakh ou prépare-t-il un autre jeu ?

Ennahdha a annoncé, hier samedi, suite à la réunion de son bureau exécutif, qu’elle a décidé de revoir sa position concernant le maintien d’Elyes Fakhfakh, à la Kasbah en rapport avec son éventuelle implication dans une affaire de conflit d’intérêt. Ennahdha qui avait, il y a à peine quelques jours, affirmé qu’elle allait accorder à Fakhfakh, le bénéfice du doute, en attendant les résultats des enquêtes administrative et judiciaire concernant son dossier, donne l’impression d’avoir changé d’avis et a laissé entendre qu’elle allait retirer la confiance à Elyes Fakhfakh.

Le parti a même avancé les raisons de son changement de cap. Ce qui est exceptionnel, au point que çà suscite des questionnements. Ennahdha a, en effet annoncé qu’elle en voulait à Fakhfakh de s’entêter à refuser l’accès de ses alliés 9alb Tounes et Al Karama au gouvernement et qu’elle ne pouvait plus souffrir de s’allier au bloc Démocrate qui a choisi de s’aligner derrière ses ennemis.

Or, le fait d’afficher aussi clairement ses objectifs et ses raisons ne ressemble pas trop au mode opératoire des islamistes, ce qui laisse planer des doutes quant à la vraie raison de cette annonce. Si on y ajoute le fait que, constitutionnellement parlant, ni Ennahdha ni personne d’autre ne pourra déloger Fakhfakh de La Kasbah, avant les six mois d’exercice à partir de la date de sa prise de fonction, ce qui n’est pas encore le cas, cela donne des raisons sérieuses de douter des vrais desseins d’Ennahdha derrière cette annonce en fanfare.

Il est vrai qu’Ennahdha sent l’urgence de mettre hors d’état de nuire ce gouvernement qui commence à avoir trop tendance à toucher à certains dossiers comme le financement des partis politiques remué par Mohammed Abbou, de même que la décision de la HAICA qui commence à inquiéter les médias qui travaillent pour le compte d’Ennahdha. Mais les raisons de cet ultimatum sont, certainement, plus importantes.

La réponse pourrait résider dans l’ordre du jour de la prochaine réunion du conseil de la Choura, au cours de laquelle Ghannouchi a appelé à déterminer la position à prendre envers le chef du gouvernement par trop indélicat.

En effet, à l’ordre du jour de la réunion de la Choura, figure, principalement, le débat de la question de la préparation du prochain congrès national du parti, prévu pour la fin de 2020 et que le Cheikh appréhende comme la peste au point qu’il donnerait n’importe quoi pour pouvoir le reporter jusqu’à 2021.

En inscrivant à l’ordre du jour la discussion de la décision à prendre concernant le du gouvernement, Ghannouchi aura trouvé le motif idéal pour reporter la discussion du sujet du congrès à une date ultérieure et personne ne saurait lui reprocher de faire prévaloir le plus urgent, qui concerne la situation critique et urgente en rapport avec la crise politique.

Au final, le Cheikh chercherait, au passage, à mettre la pression sur les épaules d’Elyes Fakhfakh en lui insinuant qu’il a jusqu’à ce vendredi pour entamer la réalisation des ordres d’Ennahdha, faute de quoi, il allait commencer à l’embêter. En même temps, il espère, essentiellement, empêcher la Choura de discuter du sujet qui fâche, celui du prochain congrès, en lui fournissant un autre sujet plus urgent et plus important.

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