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Tunisie : Humiliante victoire de Sihem Badi

Tunisie : Humiliante victoire de Sihem Badi

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Sihem Badi a certes gagné le bras de fer, mais d’une courte tête. L’ANC a rejeté la motion de confiance par 90 contre 70 voix, avec 14 abstentions et 43 sièges vides. Il s’agit d’un fort symbolique précédent dans la jeune démocratie tunisienne. La culture politique et la charge pédagogique d’un tel exercice sont de premier ordre. Au moins, il y a un mérite attribuable à Sihem Badi.

 Si l’on compte bien, Sihem Badi a accusé 84 voix  défavorables (70 voix pour la motion, ajoutées aux  avec 14 abstentions). Il est certain qu’une abstention est un vote négatif déguisé. En outre, Une petite majorité est toujours une majorité vulnérable, non représentative et non crédible. La victoire, arrachée par les cheveux, est donc lourdement entachée. En revanche, d’un point de vue strictement moral, la défaite est largement consommée. Il en est de même sur le plan politique.

 N’importe quel homme politique, disposant de suffisamment de sens de responsabilité, aurait démissionné, avant même de passer au vote. Ce n’était pas le cas, Sihem Badi était montée sur ses grands chevaux, multipliant les gestes de défi et les réactions de fuite en avant, pour résister  à tous appels de démission ou de destitution : Contestation médiatique, campagne de jet de godasses,….

 Le scrutin soulève les commentaires suivants:

– Pratiquement la moitié des absents  vient des députés d’Ennahdha, ce qui laisse peser des doutes sur leur légendaire discipline de groupe. A moins qu’il y ait d’autres motifs.

– Fait rare pour être occulté: Deux députés d’Ennahdha s’étaient abstenus. Ce qui est une première dans le vote à l’ANC, tordant le cou à certains lieux communs.

– 70 voix pour la motion de confiance, soit moins que le nombre de signatures requises à l’éligibilité  de la motion (soit 77).Ce qui montre qu’au sein de l’opposition, pourtant fer de lance de la motion de confiance, la défection a été préjudiciable.

– Si l’on juge par le nombre de députés de la Troïka, il en ressort que la majorité des absents vient de ses rang. Autrement dit, nombreux ont préféré la politique de la chaise vide que de se conformer à la discipline partisane et voter en faveur de Sihem Badi.

– Avec 70 voix contre le gouvernement, l’opposition a opéré une nette percée, d’autant que les députés concernés n’ont fait tomber la motion de confiance qu’à la dernière ligne droite. L’écart n’était pas aussi prononcé que d’aucuns en étaient persuadés.

       En tout état de cause, Sihem Badi est désormais dans une position très fragile, presque sur un siège éjectable. Quelle autorité pourrait-elle encore avoir dans son Département et sur ses collaborateurs. Quelle image au sein de son gouvernement ou son parti. Qu’elle ait gagné la bataille, ce n’est point le plus important, ce qui compte le plus c’est qu’elle ait été soumise à cette épreuve de force. Ceci a valeur de symbole et d’exemple. En tout état de cause, l’histoire retiendra que, dans la nouvelle Tunisie, Sihem Badi était le tout premier ministre à  faire l’objet d’une procédure de destitution.

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