Politique

Tunisie : La galaxie Afek Tounes, entre démission, gel, velléité d’hégémonie et risque d’implosion!

Le parti “Afek Tounes” et son président, Yassine Brahim, continuent de défrayer la chronique et de se donner en spectacle, généralement mauvais. Cette fois-ci le linge sale interne est mis sur la place publique et médiatique. Il s’agit peut-être de la plus grave crise que ledit parti traverse depuis sa création.

En effet, suite à la décision de quitter le gouvernement et le Pacte de Carthage que son conseil national a prise lors d’une réunion extraordinaire, tenue le 16 Décembre 2017, un vent de sédition et de scission a soufflé sur Afek Tounes. En effet, un groupe, constitué de Ministres et de Secrétaires d’Etat ainsi qu’un nombre de députés, des leaders du parti et non des moindres, ont publié un communiqué aux termes duquel ils fustigent la direction et la manœuvre de leur parti.

Dans ce texte, ils rejettent la décision en question, déplorent le comportent douteux de la direction au mépris de l’intérêt national et au profit d’ambitions individuelles, réitèrent leur soutien indéfectible au Pacte de Carthage et au gouvernement, appelant à corriger la trajectoire du parti et à renforcer la démocratie interne et faisant porter la responsabilité de la crise au président d’Afek Tounes, Yassine Brahim. Ces différents points laissent deviner que la décision de claquer la porte gouvernementale n’a pas été discutée, au préalable, dans les institutions hiérarchiques du parti avant d’en soumettre le projet de texte pour examen et décision finale, au conseil national. Alors que Yassine Brahim affirme que cette “décision a été votée par 75% des présents”. Allez savoir comment ? Les signataires dudit communiqué s’élèvent contre la méthode opaque et exclusive employée, les mettant devant le fait accompli sans les impliquer dans le processus de décision. En quelque sorte “un putsch”, mené de bout en bout par Yassine Brahim, pour d’obscurs motifs.

Hajer Ben Cheikh Ahmed, députée Afek Tounes à l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) n’en dit pas moins, signalant que “le parti est en train de dévier de sa trajectoire”, ajoutant en outre, que “le président du parti ne respectait pas les règles de la démocratie participative.” Se sentant désabusée sinon trahie, la députée n’a pas manqué de déplorer la volte-face de sa direction par rapport à la Loi de Finances 2018 s’interrogeant sur le timing et le mobile de la décision incriminée, prise quelques jours après son adoption à l’ARP. Au sujet de la réunion extraordinaire du conseil national, elle a relevé l’existence de “plusieurs infractions procédurales”, autrement dit, sa tenue serait en infraction au règlement intérieur d’Afek Tounes.

Soucieux de conserver une démarche homogène et une attitude crédible, les signataires rebelles ont présenté leur démission au Chef du gouvernement tout en gelant leur adhésion à leur parti. Youssef Chahed a refusé, le lundi 18 décembre 2017, la démission des membres de son gouvernement issus d’Afek Tounes et leur a demandé de poursuivre leur mission en tant qu’indépendants.

Après avoir bombardé le gouvernement de critiques parfois au vitriol, multipliant par moments les contradictions et les sorties de routes, Yassine Brahim, sur sa lancée, a cru donner le coup de grâce au gouvernement en contraignant les Ministres et Secrétaires d’Etat d’Afek  Tounes à démissionner du gouvernement qu’il a qualifié de “mafieux”, au service des barons de la corruption, non sans épingler la Loi de Finances qu’il considère comme : “une loi pour protéger le commerce parallèle.” Rien que ça ! Il est quand même inexplicable que Yassine Brahim, en même temps qu’il taclait dans le dos ses partenaires à la coalition gouvernementale assurait, il y a seulement un mois, que son parti ne comptait pas quitter le gouvernement! Schizophrénie politique sur fond de course au leadership ?

Aujourd’hui, Yassine Brahim change de veste et de discours. Quelle mouche l’a piqué pour s’obstruer d’un tel revirement ? Pourquoi a-t-il cherché à forcer la main de ses Ministres et Secrétaires d’Etat alors que le mois dernier il ne cessait d’annoncer leur maintien au gouvernement ? Pourquoi fait-il peser le risque d’implosion sur son parti ? Un manque de lucidité et de conséquences politiquement incorrects et moralement indéfendables.

Il n’est pas interdit de conclure que Yassine Brahim tente de faire prévaloir son propre agenda sur celui d’Afek Tounes. Un exercice de grand écart dont il est passé maitre. Pourquoi ce langage double, voire même multiple, de Yassine Brahim ? Quelques raisons pourraient être avancées à titre d’explication : Yassine Brahim qui fait cavalier seul et qui a un comportement hégémonique, n’a plus l’unanimité au sein de son parti. Il pratique la fuite en avant en guise d’approche politique. Sous le toit partisan, il n’admet ni la critique ni la différence qu’il considère comme des agressions personnelles. La démocratie interne n’est plus qu’un grossier euphémisme au sein d’Afek Tounes.

Yassine Brahim est devenu le problème et non la solution. La décision, plutôt unilatérale que collective, de quitter le gouvernement est une manœuvre pour marquer son périmètre, reprendre en main le contrôle d’Afek Tounes et montrer qu’il reste le maitre à bord. Il n’a pas admis le retour de l’Union Patriotique Libre (UPL) au Pacte de Carthage, vociférant que “l’UPL n’est pas un parti”, en lançant une dernière pique : “pourquoi a-t-il réintégré la coalition ?”. La constitution de la nouvelle Troïka a perturbé ses plans. A défaut de pouvoir y toucher, il a voulu se venger du gouvernement, lequel, le cas échéant, serait fragilisé et même éclaté.

En résumé, Yassine Brahim, qui n’a jamais brillé par son sens de la stratégie ni par la cohérence de sa communication, continue de se tirer une balle dans le pied croyant trouer la peau de ses adversaires. Ses échecs personnels dans les deux gouvernements desquels il a fait partie montrent le peu d’envergure de la personne. Il est en tout cas à l’image de la classe politique tunisienne, du moins une bonne partie, mue uniquement par le goût du butin, la course au leadership, la guerre des ego, les combats à coups bas ou tordus et les batailles d’arrière-garde.

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