À l’horizon 2026, la Tunisie fait face à une équation énergétique complexe, marquée par la volatilité géopolitique internationale et par la nécessité de contenir les coûts budgétaires liés à la subvention des prix de l’énergie.
Dans ce contexte, la transition énergétique s’impose comme un levier stratégique pour réduire la dépendance aux importations tout en préservant le pouvoir d’achat et la compétitivité économique.
Un déficit énergétique structurel à résorber
Avec un déficit énergétique estimé à près de 60%, la Tunisie a engagé une réorientation structurelle de sa politique énergétique. La feuille de route nationale vise une réduction de la consommation d’énergie de 30% d’ici 2030 et une augmentation de la part des énergies renouvelables à 35% dans le mix électrique, contre des niveaux encore modestes aujourd’hui.
Selon le Directeur général de l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME), Nafaâ Bekkari, la Tunisie ambitionne de réduire son intensité carbone de 62% d’ici 2035 et de porter la production d’électricité issue des énergies renouvelables à 50% à la même échéance. Ces objectifs s’inscrivent dans une trajectoire de convergence avec les engagements climatiques internationaux.
Des performances reconnues
Les efforts engagés commencent à produire des résultats mesurables. D’après des données de la Banque mondiale, la Tunisie se classe 20ᵉ au niveau mondial en efficacité énergétique parmi 140 pays, et deuxième en Afrique dans l’indice de transition énergétique. Une performance attribuée à plus de quarante ans de politiques publiques pilotées par l’ANME.
Le secteur de l’énergie représente près de 70 % des émissions nationales de gaz à effet de serre. Le transport et le bâtiment concentrent à eux seuls environ 70% de la consommation finale d’énergie. Les politiques publiques ciblent en priorité l’isolation thermique, l’éclairage à haute efficacité énergétique et l’autoproduction d’électricité.
Le solaire comme moteur de l’investissement
Le programme Prosol Elec illustre cette dynamique. Il a permis l’installation de systèmes photovoltaïques dans près de 150 000 logements, pour une capacité cumulée d’environ 400 MW. Le dispositif repose sur un mix de subventions et de financements concessionnels, incluant les ménages à revenus modestes. Parallèlement, près de 200 entreprises ont investi dans l’autoproduction d’électricité à partir de sources renouvelables.
Pour les entreprises exportatrices, notamment vers l’Union européenne, la maîtrise de l’empreinte carbone devient un facteur de compétitivité. L’ANME renforce son accompagnement technique et financier via le Fonds de transition énergétique, doté de près de 100 millions de dinars, avec une enveloppe annuelle de 40 millions de dinars dédiée aux projets d’efficacité énergétique et de décarbonation.
Incitations et infrastructures
Dans le transport, l’État a mis en place des incitations fiscales et douanières en faveur des véhicules électriques et hybrides. Le dispositif inclut également le soutien à l’acquisition de taxis et de bus électriques, ainsi que l’extension progressive du réseau national de recharge, qui compte actuellement près de 200 points.
Les bâtiments publics constituent un autre axe d’intervention. Des projets pilotes d’éclairage efficient et de production solaire sont en cours, avec un objectif de capacité installée d’environ 40 MW d’ici fin 2026, soutenus par des financements internationaux.
Vers de nouveaux mécanismes de financement
Afin d’élargir la base d’investissement, la Tunisie travaille à la mise en place de mécanismes de financement participatif dédiés aux projets d’énergies renouvelables. Cette approche vise à mobiliser l’épargne citoyenne et l’implication des collectivités locales dans la transition énergétique.
La reconnaissance du positionnement tunisien s’est matérialisée par l’accueil de la phase fondatrice de l’Association africaine de l’énergie. Un signal fort, coïncidant avec le 40ᵉ anniversaire de l’ANME, qui confirme le rôle de la Tunisie comme acteur de référence en matière d’efficacité énergétique et de transition énergétique sur le continent.
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